La pornographie 2.0 : cet accès Divin à la paix-intérieure.

Dans une même journée …

Je suis une princesse
Modeste !
Universelle du bled,
Je suis une Tour
Banc-li.s.euse-en-feux
Médiocre !
Je suis une ivresse
Aux fesses, vive et rondes
Belle jo.y.u.iss.euse !
Je suis tristesses et pleurs
Faisant le lit de mon fleuve
Heureusement nomade !

S.A

Ce texte représente une critique de la société contemporaine, en sa dimension de repli sur-soi. Pornographique ! En effet, la simplicité du langage, la formulation on ne peut plus basique du monde fait que les corps semblent être devenus sans langage. Élément que je percevais dés le début des années 1990.  Paupérisation du sens qui nous revoie en un sens au populisme fasciste des années 30. Or dans cet espace-temps : la vie … – en sa mouvance, son irrégularité ; où est-elle passée ? 

 

Espace-Temps-Vie …

2019. La communication est devenue parfaitement « disruptive ». Ce qui veut dire « folle », coupée, dissociée, sans logique apparente, sans logique d’apprentissage, de méthode préalable. Ce temps est aussi difficile à lire que du Igor Stravinski. Dans ce contexte de crise, l’être humain est mû par la peur. Donc le langage écrit (Messanger, Facebook, ou sms, les commentaires des réseaux sociaux, les opinions réflexes et non réfléchies, toute simplification est bonne pour pouvoir faire tourner la grande machine-capitaliste. Nous sommes devenus des robots sans âmes, aux corps aliénés dépendants de leurs shoots de datas. Le temps est devenu bref ! Enclin à la rapine idéologique, on vole des idées de-ci de là. Mais surtout ce temps contemporain a un avantage, il condense d’une manière inédite – à l’instar d’un « tweet » la complexité de 5000 ans d’histoire de la pensée avec une simplicité tout à fait abyssale. Les 140 signes en sont devenus presque instructifs. L’espace se voit rétréci à la distance entre l’écran et le corps. Le terrier labyrinthique de l’homme est à présent son écran, sa toile, mon miroir instantané. La crise écologique rempli les esprits au point où l’on pourrait presque en oublier de se nourrir. Ne sachant plus comment manger, tant le consumérisme est toxique. Cette dimension simpliste, médiocre et parfois vulgaire de notre époque a du bon. En cela qu’elle peut nous rappeler une chose : vivre le présent. Ici et maintenant reste l’unique secours, la part de l’instinct de conservation. Face aux diverses urgences ; soyons lucides : il est nécessaire de se protéger, physiquement. Or, cet imprimitif a du positif. Ceci nous revoie primitivement d’une manière archaïque à la source intuitive de la vie. L’instinct semble devenu une sorte d’éthique à tenir. Chez chaque être humain, la vie émerge mystérieusement, avant il n’y a rien, après le « flux-filmique » de la conscience se déroule, ensuite et finalement : nous revenons à la source comme si nous repliions ou repartons … nous acheminant dans un tunnel, comme si nous disons au-revoir à ce flux, pour revenir au néant. Originellement. Recouvrant la poussière. Vide … 

Apprendre à apprendre, la chose procède d’un accès aux connaissances pour consister un savoir en progression (celui du garagiste, du professeur, du médecin, de l’artisan etc.) – de nos jours tout repère pas staptio-temporel, historique et géographique est perdu. Nous nageons dans le brouillard et la liquidité d’un monde social, schizophrénique. Exactement dédoublé entre : le corps et l’esprit – à l’inverse d’une démarche de changement de genre et de sexe qui, justement unit l’âme du corps-sexuel. Là où l’hypocrisie bourgeoise nie, par culture, l’unité du corps et de l’esprit, car cette dernière fait prévaloir l’esprit sur le corps. L’inverse est aussi vrai chez les prolétaires, qui font prévaloir le corps sur l’esprit. La classe moyenne, souvent, n’accorde aucun privilège à l’on ou à l’autre, elle reste. Molle. Trivialement parlant, la moyenne ne sait faire qu’une chose : préserver un espace et un temps sans aucune densité. La densité de la misère est aiguë car elle porte à fureter tout azimut pour trouver à manger. Celle de bourgeoise tend à chercher toujours plus d’élévation l’âme. Le temps est long chez les pauvres. Court chez les riches. Va de soi, glisse chez les gens médiocres ; la vulgarité de notre contemporanéité est tissée en un pauvre vêtement, dépourvu de toutes racines comme un train aveugle sans station de départ ni terminus, sans origines ni fondements spatiaux et temporels.

Le pas au-delà : la parole publique …

Depuis des millénaires des peuples cherchent à se nourrir, cherchent un lieu où ils ne seraient pas rejetées, chassés. Ainsi donc le génie des « datas » de notre temps se situe en une compression du message, agrégations communicationnelles, synthèse du fond et de la forme. Immédiatement, cela peut faire bondir. Mais non, car en définitive nous sommes tous des sortes de poèmes du capitalisme, uniques, jetables et magnifiquement vivants, mystiques et éphémères objets de consommation courante. Cet ultra présentéisme est en son climat un effacement du sujet, du moi. L’individu venu des Lumières est donc mort avec le principe d’Humanisme. Peut-être est-‘il devenu un objet-sacré – une marque- Divine ? Comme dans les années 1960 la Citroën DS ou le catch étaient des sortes de Mythologies modernes. Nous sommes devenus des objets à jeter, tour autant que des médiateurs spirituels d’une transmission humaine. Mais que laissons-nous à nos enfants ? Si la voix humaine a disparu, au sein « du désert du réel », cela est aussi lié aux angoisses de perte de l’objet, peurs d’être impuissants, d’être « sans son doudou ». Ne pas oublier ce que disait en substance le maître de Nietzsche : Toute vérité franchit trois étapes ; temporelle, spatiale et biologique. D’abord elle est ridiculisée par sa platitude, sa petitesse spirituelle. Ensuite, elle subit une forte opposition face à nos pulsions, puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence, une vérité pour le sujet. Au reste, face à la vie des nomades, l’on ne peut agir qu’un en insecte fonçant en direction de la lumière …  – qui écrit, décrit, inscrit, cette coupure-avec-soi : notre prostitution !

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Photographie, par Sara-Aviva : « Composition sous forme d’écrans du réel contemporain ».

Entretien biographique avec Jean-Marc Muller président fondateur de l’association Poésie en Liberté.

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Jean-Marc Muller

Nous nous sommes sommes rencontrés sur Facebook. Pour vous Jean-Marc qui avez été dans votre vie : artisan, père de famille, commerçant, enseignant, littérateur, proviseur d’établissement etc. la poésie est une sorte d’enjeu citoyen International. il est question, de fait, de l’association et de la création il y a 20 ans du concours de poésie  cf : https://www.poesie-en-liberte.fr . Si je vous convie pour une entretien ici, c’est parce que le signifiant : « Liberté » me semble nous réunir ! Réunir des êtres, sur des territoires, pourtant en apparence  différents. Mais au fond, au-delà de la liberté il y a comme aurait dit Roland Barthes : « l’érotique, celle de la langue ».  

-Serait-il que vous nous parliez de ce désir d’échanger à travers une certaine « poétisation du monde » propre au métier de pédagogue? Ainsi, pourriez-vous m’expliquer cet élan poétique dont vous êtes à l’origine ?

Je n’avais alors pas loin de dix ans. Ma mère, femme pieuse, me conduisait tous les matins à six heures servir la messe dans un couvent franciscain, petit bijou gothique à l’écart du village. La moitié de l’année il faisait nuit, pour moi toujours d’un noir profond pour que ma mère ne m’y envoie pas seul.

Nous longions le village. Ma petite main serrait celle de maman bien fort. Tous les sens aux aguets : pour moi, chaque aboiement au loin était un loup, chaque bruissement du vent dans les branches, des esprits !

Je connaissais le moindre détail du sentier. Les ombres silencieuses des maisons tassées formaient comme un amas étrange et plein de frissons.

J’entendais l’eau bondissante de mon ruisselet familier. Je savais que nous n’étions plus très loin. Le sentier n’allait pas tarder à déboucher sur une méchante route mal goudronnée, mais sans trous ni ornières inattendus.

Au croisement, d’immenses sapins sertissaient le calvaire qui, avec son crucifié, achevait de faire trembler mon enfance.

C’est pourtant là qu’arrivait la délivrance. Maman se penchait et d’une voix douce m’indiquait au loin la petite chapelle : «Tu vois la lumière là-bas ? Va, cours maintenant ! »

Et depuis je n’ai plus  cessé de courir vers la lumière !

Jean-Marc, dans le cadre de l’association tu agis de manière politique et citoyenne, penses-tu que la poésie peut sauver le Monde comme dirait notre collègue-de-lettres Jean-Pierre Siméon ?

La poésie va plus loin encore.

La poésie se distingue peu, par la forme, de la prose. La poésie a conquis de nouveaux territoires de l’écrit par sa vertu propre. Elle est d’abord une manière d’écrit qui dit l’indicible, traverse les frontières des sujets, des formes, des contenus aussi.

La poésie est rencontre. Fortuite et singulière. Elle est confrontée certes aux lois ordinaires, au « maître extérieur », au langage partagé et compris du grand nombre. C’est le maître d’école qui tente de définir la métrique, les caractères de la poésie, de définir l’indéfinissable. Le maître qui apprend la langue commune.

Mais elle est aussi rencontre singulière entre un auteur, son univers, et l’autre que l’on ne connaît pas. Dans cette rencontre, c’est le « maître intérieur », qui est aussi avertisseur, qui parle, ouvre des chemins de liberté. C’est à cet endroit précis où la liberté s’exerce que la rencontre s’offre des surprises, libère les champs du possible.

Le texte s’en va circuler de lui-même par le vaste monde, parler un langage propre à chaque oreille attentive. Les horizons se heurtent, se complètent, se découvrent. Poésie est avant tout liberté, comme tout geste de tout artiste. Elle est sous le marteau du maçon des cathédrales ou du sculpteur, dans le pinceau muet du peintre, dans la musique des instruments, dans la vocalise du baryton.

Elle porte un « je ne sais quoi » qui me convainc à la seconde que c’est elle, la poésie. En prose ou en vers. Peu importe au fond.

– Pour vous quelle furent les aventures de vie, si singulières (biographiques) qui vous ont mené à vous ouvrir à la diversité, aux jeunes et à l’enseignement ? 

Est-ce une sorte de mission Éthique ? (en partance)

Tu n’as pas choisi une gare ou un aéroport. Mais tu es en partance. Tu veux quitter ton monde aride et triste.

Tu te joins au flot immense des humains qui s’assied au bord de l’océan, sur l’immensité sableuse.

Tu es installée sur ta rudimentaire chaise, avec ta modeste valise, juste avec une robe pauvre et ta seule richesse : la vie.

Tu regardes l’horizon vaporeux qui ne laisse rien deviner de l’ailleurs, du monde qui se trouve de l’autre côté.

Tu sens à ce moment ta fragilité essentielle, ta vie exposée, l’incertitude du futur, la faiblesse qui te fait cortège depuis l’origine du monde jusqu’à la fin des temps.

Sur l’immense plage, tu es perdue dans ta solitude, livrée à l’incertitude, dépouillée de toutes les défenses ordinaires des nations ordinaires.

Il n’y a plus de société organisée, de loi respectée, de règles certaines, de familles unies, de solidarité de clan.

Le cauchemar a débuté : on n’en connaît pas la fin.

Ta valise est une trace de toi-même. D’autres l’ont perdue. Ils s’en souviennent. Des regards te suivent, te parlent en langues étrangères et avec des sourires familiers. Le voile de brume un jour se déchirera.

Des routes apparaîtront. Des villes grouilleront. Des mains se tendront. Tu pourras en saisir en marchant et trouver ta propre voie.

Il est toujours des âmes bienveillantes qui jurent fidélité et soutien et qui s’engagent.

Elles n’ont aucun autre intérêt à défendre que de conserver leur propre humanité.

Enjeu essentiel, combat décisif qui préservera leur propre voyage sur cette terre.

La loi première, la loi sacrée est d’accueillir sans poser de questions, de préparer une place à la table commune et de laisser un endroit où reposer les têtes fatiguées, blottir les petits, les plus fragiles.

Comme l’on traite l’inconnu qui supplie, l’on sera un jour traité soi-même.

Sans condition, sans exigence préalable. Sans loi autre que celle de la réciprocité de l’hospitalité.

L’hôte est à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli.

– Jean- Marc, quels sont les enjeux institutionnels de l’association ? Pensez-vous qu’il faudrait également intervenir de manière plus directement thérapeutique, à l’instar d’ateliers d’écriture en milieux hospitaliers ou judiciaires ?-Enfin, pensez-vous que nous soyons plus seuls que dans un collectif de gens qui écrivent,  milite pour l’Humanisme ? Que penser du concept « d’universel-singulier » (les mots comme partage universel  et comme pansement de l’âme pour tout enfant, adolescent, adulte, et veille personne ..) mot (et lot) de Jean-Paul Sartre, la seule liberté réelle que nous n’ayons jamais eu (…) ne relève t’elle pas du langage et de sa poétisation ? (l’enracinement)

Dans un monde globalisé, l’enracinement des sociétés et des cultures se construit à frais nouveaux. Il puise dans les trésors du passé et élabore ses pressentiments pour l’avenir. Chacun tient son rôle dans la transmission des langues et des cultures. La jeunesse en est l’élément pivot : à l’étude auprès de ses maîtres et en promesse du monde de demain.

Dans ce mouvement historique, le choix posé modestement ici est de rabattre la création poétique dans la culture littéraire commune, largement dominée par le roman. La poésie peut sortir de son cadre souvent confidentiel et reconquérir la faveur du grand public.

Elle exercera ainsi sa force prophétique d’antan et saura à nouveau inspirer la création artistique. Sa souplesse et sa facilité d’adaptation, par son format, aux nouveaux systèmes de publication, d’édition et de diffusion lui promettent une indiscutable jeunesse. Ces perspectives se vérifient par la vitalité de la poésie sur internet.

Le concours international « Poésie en liberté » tient chaque année sa place dans ce large mouvement avec ses cinq mille poèmes de quatre-vingt pays différents. Il est ouvert aux jeunes de 15 à 25 ans : il rassemble en une grande compétition les amoureux de la langue française et donne l’occasion d’une belle rencontre à Paris entre tous ces talents. En y rencontrant des écrivains reconnus, une toile de passion se tisse d’année en année formant une source abondante où chacun peut trouver de nouvelles ressources.

Propos recueillis par Sara-Aviva.

 

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Jean-Marc Muller

« Zéro Patron » – ça vous réussi : avec l’artiste Martine Plaucheur sur ce que veut dire : réussir sa vie.

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Hier soir, en recevant cet entretien proposé à Martine Plaucheur, mon amie comédienne et écrivaine, je fus bouleversée. Pleurant. Triste par vérité. Joyeuse par lucidité. Elle est une femme heureuse. Par un débordement de courage, de sincérité de mots authentiques concernant sa vie d’artiste. Lire Martine Plaucheur, l’écouter, la regarder est un peu se payer un voyage au pays des gens heureux. Martine qui vit et travaille à Marseille est une « Patronne de sa vie ». En cela, elle nous guide vers l’essentiel : être notre propre- guide-intérieur-autonome et, avoir le GPS de l’âme bien axé sur notre existence singulière ; ainsi donc : mener de notre vie avec passion, vitalité, santé et panache ! A défaut de nous laisser ternir par la morosité du paysage désenchanté tout autant que servile, contemporain.

-Martine tu es écrivaine, comédienne, performeuse-vidéo ; d’après-toi,  qu’est-ce qui t’a amenée là ?

Cette question « m’amène » à me demander : y-a-t-il eu une impulsion de départ, une motivation identifiable à l’origine du parcours qui a été le mien jusqu’ici ? La pensée et le ressenti qui me viennent constituent un paradoxe : tout était déjà là, et en même temps, il y a fallu un long processus, une série d’étapes, d’expériences et de transformations, pour l’atteindre. Ou plutôt – car je n’aime pas le caractère définitif du verbe « atteindre » – pour le révéler. L’autoriser à exister d’abord, puis à s’exprimer, avec une confiance et une liberté de plus en plus grandes. Et je les veux de plus en plus grandes. Tout ce que je fais aujourd’hui, que ce soit l’écriture, le théâtre, les vidéos… (et je n’exclus aucune autre forme nouvelle à laquelle mon inspiration pourrait avoir envie de goûter), procède d’un même mouvement, d’un même élan : laisser jaillir une expression de moi la plus authentique possible, non dénaturée ni par les « techniques » de l’écriture et de la comédie (celles-ci étant juste des « outils » au service de mon expression), ni par les codes et les conventions qui, à mon sens, déforment et étouffent toutes les créations, si le créateur en reste prisonnier.

Cette authenticité suppose un état de présence et de disponibilité maximal, un « être-là » qui se nourrit de l’instant, et accueille l’inconnu, l’imprévu – d’où mon intérêt grandissant pour l’impro, et l’interaction avec le public, au théâtre.

Je me dépêche de préciser que quand je dis « expression de moi », j’entends : expression de soi, de Soi, en puisant dans un réservoir commun, là depuis la nuit des temps, de réflexions, émotions, sentiments, songeries… humains. Pas « trop » humains, mais « si » humains. Non rattachées à ce fonds d’humanité qui – j’en ai la sensation et la conviction profondes- nous relie toutes et tous, les opinions et les humeurs de ma « petite » personne ne présentent aucun intérêt.

Et pour revenir au « qu’est-ce qui m’a amenée là », je ne puis que répondre : une évidence. Un tempérament. Ma nature. Je veux raconter des histoires, jouer, me déguiser… depuis toujours.

Nos rêves d’enfant sont vrais, simples, limpides. Ce sont les obstacles, que le « système », les conditions matérielles, les phrases décourageantes, nos propres peurs… placent sur notre route, qui nous les fait croire, et parfois les rend vraiment, impossibles à atteindre. Il faut alors, il me semble, comprendre et accepter ceci : si l’on s’obstine, nos rêves vont se réaliser, mais autrement. Par des voies que nous ne soupçonnions pas, et transformés par l’expérience du réel. Ils en ressortent… plus forts, plus vrais, plus beaux, enrichis par la patine inimitable et précieuse de notre vécu.

Je rêvais d’obtenir la reconnaissance du « monde des lettres », et j’ai été recalée 2 fois à l’Agrégation. Je rêvais d’écrire, et je n’ai jamais eu, et n’aurai jamais, le Goncourt. Qu’importe ? Et même : tant mieux ! Parce que mon rêve s’est frayé un chemin buissonnier qui me convient bien mieux, a pris des formes que je n’aurais jamais imaginées, qui sont miennes, et me rendent heureuses.

– Quel livre t’a poussée à écrire initialement, une écrivaine un écrivain ?

Tous les livres ! les livres constituaient pour moi…un monde. Avant même de savoir lire, ils me fascinaient. M’offraient un refuge à la fois intime, secret, et immense, infini…

Les livres ne m’ont pas poussée à écrire : écrire découlait « naturellement » de ma familiarité avec eux.

La grande chance de ma vie fut d’avoir les livres de mon grand-père à la maison. Mon grand-père était de cette génération d’ouvriers pour qui se cultiver était aussi vital que gagner son pain. Dans la bibliothèque qu’il s’est patiemment constituée, il y avait tout Balzac et tout Zola, Stendhal, Flaubert, Gogol, Choderlos de Laclos, Dickens, London… Aujourd’hui, ils sont chez moi. Dans un milieu social « modeste », où je suis la première et la seule à être allée à l’Université, j’ai reçu, quelle chance ! je le redis, mon héritage culturel.

Tout a donc commencé pour moi par et dans les livres. Mon premier regard sur la vie, mes premières perceptions intellectuelles et sensorielles, se sont faites à travers les livres, la « chose écrite », les mots, les lettres, les signes. Je réalise en ce moment, en lisant « le Kabbaliste » de Patrick Levy, que cette puissance des signes, que j’ai éprouvée instinctivement enfant, rejoint ce grand principe posé dans la Kabbale : « Les lettres sont les signes, la prophétie de ce qui vient », « le monde est un livre, Dieu est écrivain ».

Etrangement, ou plutôt logiquement, vu le pouvoir puissant, l’attrait « ensorcelant » qu’exerçait sur moi l’écrit avant que je le déchiffre, j’ai eu des difficultés pour apprendre à lire. Mais dès que j’ai eu le sésame pour accéder à ce continent immense et inconnu… non seulement ce ne fut pas décevant, mais au-delà de mes espérances, magique ! La sensation de pouvoir tout déchiffrer, et donc, tout connaître, tout découvrir, tout savoir !…

L’été de mes 15 ans, je suis restée enfermée à lire. Une boulimie d’auteurs, classiques, contemporains, Français, Russes, Américains… Montaigne, Rousseau, Voltaire, Sade, Céline, Dostoïevski, Miller… Plus tard, mes goûts se précisèrent et s’affinèrent, je pus commencer à citer les auteurs que j’aimais : Proust (découvert grâce à une prof de français remplaçante en première, elle en a ma gratitude éternelle), Stendhal, Colette… Colette, qui reste pour moi l’une des plus belles écritures, précise, intelligente, charnelle, gourmande, tendre et drôle.

Aujourd’hui, je lis davantage d’essais, journaux, témoignages, correspondances… que de romans. Ou alors, il faut que ce soit des romans amples, aux espaces et à la prose généreux, comme ceux des auteurs américains (Miller, Bukowski, Jim Harrison…), ou d’un Garcia Marquez ou d’un Jorge Amado (que je découvre en ce moment). J’aime aussi l’ambiance et la langue (même si je n’y ai accès qu’en traduction) des auteurs Japonais : Kawabata, Mishima, Murakami.

Je n’arrive plus à lire les proses boursouflées, le « beau style » fait exprès, forcé, les « faiseurs » au verbe artificiel et faux. La dernière lecture qui m’a le plus touchée : les lettres de Calamity Jane à sa fille. Des mots simples, justes, profonds.

En littérature comme au théâtre, et dans tous les autres arts, les artistes qui soulignent leur virtuosité, et veulent nous dire, à chaque phrase, chaque tirade, chaque coup de pinceau : « regardez comme je suis génial ! », ne m’intéressent pas. Je considère la générosité comme une qualité essentielle, indispensable, pour un artiste.

-Ta rencontre avec le travail de Jean Genet s’est faite comment ? Nous avons parlé d’un ami cher – à ce jour disparu- qui a écrit sur Genet, est-ce que tu te considères comme une passeuse en matière de « littératures mineures » ?

« Passeuse », je ne sais pas, me prévaloir de cette fonction me semblerait orgueilleux. Mais « donner à voir et à entendre », permettre la découverte des littératures « bannies », auxquelles le monde des lettres refuse d’accorder la place et la reconnaissance qu’elles méritent pourtant largement… oui.

Le milieu social d’où je viens, les voies alternatives que j’ai dû et dois continuer à prendre – et à inventer sans cesse – pour pratiquer l’écriture et la comédie, mon rapport à la culture : un lien « personnel » intime, authentique, qui n’a rien à voir avec les conventions, les diktats du « bon goût », et se vit en dehors des circuits de la culture « officielle »… tout cela me place de plain-pied avec les créations que l’on qualifie à tort, et selon des critères purement sociaux qui ne sont pas les miens, de « mineures ».

J’ai rencontré Jean Genet sur un de ces chemins de traverse, au cours de mes lectures vagabondes et frondeuses, qui me firent aussi croiser Cendrars, Léautaud, ou des « auteurs anonymes » dont la plume est injustement restée inconnue – comme les « lettres de poilus », éditées il y a déjà plusieurs années… et tant de beaux textes impubliés, que nous ne connaitrons jamais.

L’écriture de Genet est belle à couper le souffle. Au cours de ma lecture éblouie du « Journal du Voleur », j’avais noté ceci : « Genet défie la langue et la police avec un tube de vaseline, ustensile de sa pédérastie haineusement brandi par ses geôliers qu’il parvient à transfigurer, avec ses mots flamboyants, en symbole de grâce et de fierté ». Mon admiration et ma tendresse vont aux écrivains comme Genet, parce qu’il se passera longtemps avant qu’un écrivain qui trône sous les lambris de l’Académie réussisse à nous émouvoir avec un tube de vaseline !

Quand on s’est rencontrés à Marseille, nous avons parlé de Genet, je me souviens, parce que je jouais alors « 26 sur 9 » (26 ans dans 9 m2), notre adaptation avec David Zaw, mon compagnon, des « Lettres de Prison » de Roger Knobelspiess. Là encore, une écriture née loin de l’Université et des Salons, à la force et à la beauté unique, parce qu’il faut inventer une autre beauté, insoutenable, pour dire l’horreur carcérale.

Pour en revenir au spectacle, rire pour toi est essentiel, je sais. Nous nous sommes rencontrées par internet, à partir de Facebook, cela doit faire à présent au moins 7 ou 8 ans, est-ce que tu penses que internet peut impulser un nouveau printemps, une nouvelle révolution en matière d’arts, est-ce que cette subversion peut donc passer …., par le rire ?

Internet est, comme tous les outils à notre disposition, ce que nous en faisons. Internet offre, comme tous les nouveaux outils soudainement à notre disposition, un champ neuf à explorer. Librement d’abord, mais il faut se dépêcher de profiter de cette liberté car, au fur et à mesure, elle se restreint sous le coup des récupérations de tous ordres : fric, monopole des grands groupes, surveillance des états, censure… et la bêtise, qu’il faudra toujours se coltiner dès lors que toutes les opinions s’expriment librement. Quand ce champ de nouveauté sera clôturé, un autre se recréera, et puis encore un autre, etc etc… c’est un éternel recommencement : la liberté se réinvente et se reprend chaque jour.

Au stade où nous en sommes, l’utopie de libre partage dont rêvaient les pionniers d’Internet : le « peer to peer » (modèle d’échange où chaque membre du réseau est à la fois client et serveur, contrairement au modèle client-serveur), a déjà été bien entamée. Mais il reste encore heureusement, à qui sait se les créer, des espaces de respiration, d’échange et de diffusion libres.

Je les utilise autant que je peux ! Par nécessité, et aussi parce que c’est comme un jeu, pour moi, ces nouvelles technologies, un « joujou extra » qui te permet d’interagir, poster des textes, photos et vidéos quand ça te chante… il faut me voir avec mon nouvel I Phone, une gamine à qui on a mis un nouveau jeu entre les mains !

Mais, disais-je, c’est d’abord par nécessité que je suis une grande utilisatrice d’Internet et des réseaux sociaux. Tant mieux pour ceux qui peuvent se permettre de les dédaigner (ou tant pis, pour les découvertes qu’ils y ratent) moi, je ne peux pas m’offrir ce luxe : en tant qu’artiste indépendante, hors des « circuits de diffusion » officiels, de plus en plus fermés et « excluants », Internet est la seule plateforme où je peux diffuser mes œuvres, telles que je les imagine et les conçois, et faire ma com, gratuitement et « à ma manière ».

Je connais et je regrette, comme nous tous, les mauvais côtés du Net – on a même été obligés de leur trouver une appellation spécifique, tant ils sont nombreux : le « dark net ». Mais ses « bons côtés » m’ont réellement aidée : depuis mon 1er blog (« le blog de Plauch », dans les années 2000, qui m’a apporté mon premier lectorat), jusqu’à mon compte Facebook aujourd’hui, j’ai pu me constituer un réseau de lecteurs et de spectateurs, un noyau fidèle, sans lequel mes textes, mes pièces, mes vidéos, n’auraient jamais rencontré un public, et donc, n’auraient jamais existé.

Avec Zéro Patron, le label de production indépendant et troupe de théâtre qu’on a créé avec David Zaw, nous avons rempli des salles rien qu’avec la communication sur Facebook.

Et puisqu’on parle de Zéro Patron, dont la devise parfaitement assumée est : « Les productions qui n’ont pas peur d’être cons », revenons-en à ta question de la subversion par le rire. J’en ai d’abord été convaincue théoriquement, lorsque j’ai lu « Le gai savoir de l’acteur », de Dario Fo, belle démonstration de la force redoutable et salutaire du rire « L’éclat de rire révèle le sens critique, la fantaisie, l’intelligence, le refus de tout fanatisme (…) C’est notre devoir, ou si vous préférez notre tâche professionnelle d’auteurs, metteurs en scène, gens de théâtre, de parler de la réalité en brisant les schémas attendus, par l’imagination, l’ironie, le cynisme de la raison ». J’en suis aujourd’hui convaincue intimement, concrètement. Et c’est là, attention ! que j’attaque mon plaidoyer pour le rire  : La subversion par le rire est nécessaire, parce que là où la lutte obstinée s’épuise et n’obtient rien, le rire réussit à dissoudre les pires résistances, à amollir les pires dictatures (sur ce sujet, je recommande vivement le formidable documentaire « la comédie aux 4 coins du monde », de Larry Charles). La subversion par le rire est la seule qui vaille, parce que, aux critiques virulentes et revanchardes, aux leçons de morale assénées d’un ton supérieur, je préfère la mise en lumière par la finesse, la fantaisie, et la noblesse d’un éclat de rire : il y a de la noblesse chez celui qui oublie ses propres soucis et souffrances, pour te faire oublier les tiens dans le rire, l’espace d’un moment salvateur et précieux. Enfin, la subversion par le rire est la plus « adéquate » avec notre condition humaine, parce que, quand on voit mourir un être cher, on éprouve dans sa chair la fragilité précieuse et fugace de la vie, et on voit bien qu’au fond, rien de tout cela n’est sérieux, n’est-ce-pas ? Alors, je choisis la légèreté. L’élégance, la grâce et la force de la légèreté. Alors, je prends le parti d’en rire. Le parti joyeux, bienfaisant, rassembleur et lumineux d’en rire.

Un dernier mot, pour définir l’esprit Zéro Patron, et réhabiliter un genre cher à nos yeux, plein de poésie et de fraîcheur subversives, le Burlesque :

« S’il faut absolument appartenir à une famille artistique, les Zéro Patron se réclament du burlesque, ce ton comique et léger pour traiter de sujets « graves » et sérieux, ce style d’humour extraverti, frais, à la fois féroce et bon enfant, cette manière de faire « comme les sales gosses », pour faire éclater le ridicule des comportements humains ».

Comment penses-tu qu’il serait possible de rendre pédagogique, didactique l’idée suivante: nous ne choisissons pas de faire de l’art, c’est l’art qui nous choisit et nous savons que nous ne sommes pas libres, donc nous jouons du petit degré de liberté qui nous est accordé : en remontrant d’une manière esthétique cette absence de liberté, est-t-il possible selon-toi de communiquer simplement sur cette idée ?

Il me semble que l’authenticité, la sincérité, le cœur que nous mettons à faire ce que nous faisons, quelle que soit l’activité que l’on choisit, ou comme tu le dis justement, qui « nous choisit », sont la clé, à la fois de notre pratique et de la façon dont nous la transmettons.

Dans ce « qui nous choisit », je ne vois pas une absence de liberté, mais une cohérence, une correspondance évidente et harmonieuse entre nos aspirations véritables, notre vraie nature, et leur prolongement dans nos activités, notre métier, la vie que nous menons.

Pour ramener cette idée à une « pédagogie » on ne peut plus simple, je dirais : qu’est-ce-qui te rend heureux lorsque tu le fais ? Qu’est-ce-qui, indépendamment des difficultés matérielles qui pourraient y faire obstacle, te donne envie de te lever et de te jeter dans la vie chaque matin ? Va vers cela. Quoiqu’il arrive et qu’on te dise, va vers cela. Ca rejoint la phrase de Bukowski : « Find what you love and let it kill you », mais sans son côté mortifère, ce qui donne, version Martine Plaucheur  « Find what you love and let it birth you, and let it make you live ! » (Trouve ce que tu aimes et laisse-le t’enfanter, te faire vivre !)

– Que penses-tu du statut, de la confédération accordée, de l’argent non donné aux artistes à présent en France ? Finalement, est- ce que les activités artistiques ne sont pas là pour donner « bonne-conscience » à l’Etat ?

Il faut d’abord s’entendre sur le mot « artiste », qui recoupe plusieurs catégories, au statut et aux pratiques très différents. Mais en gros, pour le dire vite, il y a deux grandes catégories d’artistes :

– La 1ère : les artistes « reconnus » par le système

Dans cette catégorie, on trouve :

Les artistes subventionnés (plus ou moins grassement selon leur degré d’affinités et de « docilité » avec le système et ses Institutions), les artistes « officiels » (auxquels l’état passe commande d’œuvres répondant à un cahier des charges précis, ou qu’il achète après-coup, au prix fort si l’artiste s’est fait un nom : Jeff Koons, par exemple), et les artistes « célèbres », stars de l’édition, du cinéma, du théâtre, de la musique… connus du grand public, et bénéficiant d’une « frappe » marketing extrêmement puissante : qu’on s’intéresse à eux ou non, leur promo est placardée dans tous les métros, magazines, sur le Net…. Impossible d’y échapper, nous sommes cernés.

Le mot « artiste » est, la plupart du temps, associé à cette figure de l’artiste officiel. Elle est tellement socialement connotée, « mythifiée », et ne me correspond tellement pas, que j’ai longtemps préféré et revendiqué le mot « artisane ». Il me satisfait encore, mais aujourd’hui, les définitions, les fonctions, les étiquettes, ne m’importent plus.

– La 2ème : les artistes « non reconnus » par le système

Dans cette catégorie, on trouve essentiellement les artistes « indépendants ». Une indépendance qu’ils payent cher : ils ne sont relayés par aucun « grand média » ; leur com – malgré les trésors d’inventivité qu’ils peuvent déployer pour promotionner leur travail – a un impact extrêmement restreint, à côté des moyens énormes dont disposent les « grands trusts » culturels ; aucun budget, aucune aide, ni en terme d’argent, ni en terme de lieux d’accueil, ne leur est accordée.

Si tu savais les obstacles et refus auxquels nous nous heurtons, du côté des programmateurs, parce que nous ne sommes pas « dans le circuit des artistes reconnus », alors même que notre pièce « plait » au public que nous avons, malgré tout, réussi à toucher !

Déjà difficile avant, la condition des artistes indés est aujourd’hui écrasée, impossible à tenir. Il faut un amour immodéré pour ce que l’on fait et, comme on le disait plus haut, la conscience que « c’est l’art qui nous choisit », et qu’il ne nous est donc pas possible de faire autre chose, pour pouvoir continuer à le faire. Il faut aussi un art de la débrouille et du système D bien aguerri. Et une sensation de joie et de liberté qui surpasse toutes les difficultés… J’ai écrit un texte là-dessus, qui commence ainsi : « C’est pas la vie d’artiste. C’est une drôle et dure et chouette vie, bien réelle, quotidienne, c’est ta vie ». En dépit de ma lucidité sur la condition de l’artiste indé, je suis une saltimbanque heureuse.

Mais, oui, je le pense comme toi : la 1ère catégorie d’artistes que j’ai cités donne bonne conscience à l’Etat. Les autres, au mieux le perturbent, au pire, l’indiffèrent.

-Je ne sais, nous n’avons jamais parlé de cela : quel rapport entretiens-tu à la psychanalyse ?

Elle m’a sauvée à 20 ans. Effondrement après une rupture. Mais bien sûr la cause de la douleur était plus profonde. Je suis allée chez une psy, suite à un rendez-vous décommandé par ma sœur, en pleine souffrance morale, comme on va chez le dentiste en pleine rage de dent. Coup de bol, j’ai trouvé une voix et une écoute justes, sans jugement moral ni injonction. Ferme quand il le fallait, me repêchant quand je glissais… L’absence de regard moral a débloqué des nœuds importants, des fausses croyances, et un jour la psy m’a dit : « vous avez choisi la vie ».

J’ai repris une thérapie un peu plus de 20 ans plus tard, avec un objectif précis : être accompagnée dans la fin de vie de mon père. Elle a duré quelques mois, et j’ai identifié très clairement le moment où je devais/voulais l’arrêter. Pour « marquer » cet au revoir à l’analyse, j’ai écrit un texte : « Dernière séance chez la psy » :

« J’ai décidé d’arrêter. Pas parce que tout va bien dans ma vie, c’est pas le cas, et de toute façon, une thérapie, c’est pas un passeport pour Disneyland, plutôt un chemin rude vers sa propre vérité. Non j’arrête parce que j’ai maintenant suffisamment d’outils de compréhension et de connaissance de moi, et parce que je me fais confiance. Non que je me croie bêtement super forte, mais je sais que quand je me trompe, je suis maintenant capable de le voir et rectifier le tir. J’arrête parce que je peux marcher seule, comme une grande fille, mais aussi parce que j’aurai pas peur ni honte de demander de l’aide, de revenir sur ce divan si j’en ai besoin. J’arrête parce que je suis un être autonome – la preuve, je n’attends pas votre caution pour prendre ma décision – mon propre parent, lucide et protectrice envers moi-même ».

– Si tu n’avais plus que quelques heures à vivre (ce que je ne souhaite pas, bien entendu …!), que ferais-tu ? 

(Un massage de l’âme, en tête ?)

Ces dernières heures arriveront, tôt ou, je l’espère, tard, mais elles arriveront. Voyons, si j’essaie de me projeter et d’imaginer la scène de fin… il vient à mon esprit des choses ni spectaculaires ni originales, au contraire simples et remplies d’amour. Un cercle protecteur et bienveillant formé par des mains chaudes qui soutiennent la mienne, par les plus beaux souvenirs de ma vie, par mes fous rire et mes orgasmes, il y a aussi le miel, le chocolat, les framboises, et les sourires des êtres venus me dire au revoir, ou de ceux qui, déjà partis, attendent que je les rejoigne. Très peu de mots, moi qui aurais pourtant passé ma vie avec eux : au moment ultime, une autre forme de communication les rendra beaucoup moins importants et nécessaires.

Ma vision et mon approche de la mort ont été bouleversées, il y a quelques années, par mon expérience personnelle. Puis par l’écoute de ceux qui accompagne les mourants. M’a marquée aussi, le livre d’Elisabeth Kubler-Ross, la première à avoir mis l’accompagnement des mourants au centre la médecine : « Mémoires de vie mémoire d’éternité ».

Aujourd’hui, je vois la mort comme le passage de notre vie le plus important, avec la naissance, et comme une naissance à l’envers. Je crois que le dernier soupir peut se faire dans un lâcher-prise d’une délivrance et d’une douceur infinies. Et j’espère que c’est ainsi que se fera le mien.

Propos recueils par Sara-Aviva Gerbaud

Ficher son Evelyne – Raccourci

https://www.facebook.com/martine.plaucheur

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Entretien avec Sara Oudin – sur poésie, mystique et tradition … Un Ailleurs !

« Le soir
a maquillé la lande
de mauve et de sang
la terre étreinte
entre ronces et racines
feule
et flambe par endroits
bruissement rauque sous nos pas
bûcher couvant sous la cendre
et cette douceur dans ton regard
est un lent poison
nos élans s’enfoncent doucement dans la saison
il commence à faire froid dehors
mais au dedans de nous
un petit feu brûle encore
un peu nous pourrons y réchauffer nos mains
et nos corps fatigués.Rentrons veux-tu. » S.O

 

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Sara Oudin est traductrice. La poésie est une langue étrangère qu’elle a entendue dans les failles de l’écriture romanesque. Nous sous sommes rencontrées par l’entremise de la psychanalyste Sarah Chiche, sur Facebook.  Du reste, la première partie de mon prénom Sara est directement inspirée du travail de la poète.esse. Son travail est confidentiel, simple et mystérieux. Parfois il est lu comme étant hermétique. Mais en réalité il s’agit d’une oeuvre de traduction de l’éternité qui réside en chaque être humain. Lucides. Sara O. est une passeuse de mots, éloignée des gardiens …

Pour vous, est-ce que la pratique du langage poétique relève d’une hygiène mentale quotidienne ?  

Je dirais plutôt une forme de méditation. Mon rapport à la poésie est en effet de l’ordre de la pratique, quotidienne et matinale. J’appartiens à une culture (et à une famille) de tradition orale. Longtemps, j’ai parlé pour ne pas écrire. Depuis quelques années, j’écris pour ne plus parler.

Par ailleurs, comment en êtes-vous finalement arrivée à la pratique de la traduction, à la poésie … mais en même temps est-ce que rester fidèle à une tradition spirituelle axée du les signes, les symboles, les morts est-il pour vous une gageure de reproduction de siècles en siècles ou au contraire d’émaciation individuelle, celle de la femme ?

Je crois que cette forme d’écriture est pour moi un retour aux sources, presque une régression, plutôt qu’une émancipation individuelle. Curieusement, je n’avais jamais écrit de poèmes – pas même à quinze ans comme beaucoup – jusqu’à la disparition récente de ma mère, qui était pratiquement autiste à la fin de sa vie. C’est alors que j’ai pris conscience que ce que j’avais toujours considéré comme « une langue étrangère », au même titre que celles que je m’appliquais à traduire jusqu’alors, était en fait à mes yeux une langue initiale. Une langue maternelle. On ne choisit pas sa langue maternelle, n’est-ce-pas ? On ne l’apprend pas, elle vous est transmise, on la reçoit, on la découvre, on l’explore. Il arrive même qu’on n’en comprenne pas tous les mots.

Le rapport au textes mystiques était toujours capital pour chaque être spirituellement impliqué, êtes vous lectrice ou auditrice du Talmud, du Zohar, de la Thorah ou est-ce que le message de la vie avant toute chose est, selon vous un acte de résistance face au pessimisme contemporain ? 

Vous avez très justement mis le doigt sur le lien entre traduction et tradition. Il se trouve que j’appartiens à une longue lignée de talmudistes, kabbalistes, thaumaturges… En tant que femme, je n’ai eu qu’une approche très superficielle des textes dont vous parlez, mais ils font partie de mon héritage spirituel. Et bien sûr ils nourrissent mon écriture, peut-être même malgré moi. Vous savez sans doute qu’en hébreu le mot « vie » n’existe pas au singulier. La poésie n’est pas une manière d’enjoliver le monde mais au contraire une façon lucide d’être au monde, de vivre toutes les vies, de la molécule la plus élémentaire à l’organisme le plus complexe. C’est pourquoi je revendique, comme en littérature, le droit à la fiction. Un acte de résistance ? Oui, en forme de célébration.

Au-fond, l’oralité contemporaine (celle du forum Athénien), ce retour aux origines ne pourrait’il être par les réseaux sociaux, internet etc. une bonne chose ?

Le choix de FB comme support est essentiellement lié à mon refus de dépendre entièrement du désir d’un autre, d’un éditeur en l’occurrence. J’ai besoin de cette liberté d’écriture et de partage. Je m’interroge bien sûr sur la nécessaire préservation du principe de propriété intellectuelle, mais cela ne me semble pas justifier une diffusion plus confidentielle. S’il y a quelques aspects hermétiques ou strictement intimes dans ma poésie, ils seront préservés par leur caractère même.

Auriez-vous une madeleine de Proust à évoquer qui serait pour vous fondatrice d’une odeur, d’une forme, d’un paysage qui vous anime dans l’écriture et le rapport à la langue ?

Un grain d’orge bouilli dans de l’eau salée. Je sais, cela peut paraître étrange, mais c’est mon tout premier souvenir gustatif. Et c’est exactement la saveur un peu amère et la texture ferme et épurée de chaque mot roulé dans ma bouche avant que d’être écrit ou prononcé.


Bibliographie :

Stay hungry, Revue les Episodes, 06.1998 

Retournement, pour l’exposition et le livre « Je déménage » de Carole Ivoy, 2004 

 Passagère clandestine, revue Intranqu’illités, n°1, réédité chez Zulma, 2015.

« Quarante. et Un » (chez Bruno Guattari Editeur – 2018)

« Agir, désobéir, faire vivre la solidarité ». Entretien avec la militante anarchiste Évelyne Pérrin : désobéir pour rester solidaires !

 

Evelyne.

Évelyne Perrin a une formation en sciences politiques, elle est titulaire d’un DESS d’économie, également membre des collectifs désobéissants « Agir ensemble contre le chômage et Stop précarité ». Elle a notamment publié « Identité nationale. Amer ministère ». «Ce qu’en disent les jeunes Franciliens ». (L’Harmattan, 2010). Elle a co-écrit aux éditions le passager clandestin l’ouvrage « Désobéir à la précarité « (collection Désobéir, 2011), ouvrage qui bénéficie aussi de la collaboration des membres du réseau l’Appel et la Pioche. Évelyne, femme militante née en 1940 d’une rare élégance  est concrètement impliquée dans la Cité…, je l’aie connue par l’entremise de mon ami proche Claude Derhan qui est notre ami commun. Depuis fort longtemps il me parle de tes tribulations militantes libertaires. Pour ma part, je faisais partie du Cercle D’étude Willem Reich avec pour formateur Jaques Lesage de la Haye qui est très connu dans le milieu anarchiste pour ses engagements en matière de prisons. J’allais à ce moment là de formation à la libraire « Publico » de Montreuil et suite à du temps passé en squats entre 2000 et 2007 la sensibilité libertaire reste intacte en moi. Cet élan est pour moi fondateur d’une manière d’envisager la vie que nous partageons en tant que femmes diversifiées. Il est clair qu’en matière d’écriture et de militance Évelyne su montrer pendant des années de trajet de vie ton goût pour la liberté, l’émancipation et l’autonomisation du sujet.

Fichier audio de l’entretien (35 minutes) : https://www.dropbox.com/s/ftld9vz0vs34yqh/AUDIO%20SARA.mp3?dl=0&fbclid=IwAR1WZjliM_697j_8m0ln7k7TB9ievH_tYLaN-qWR0PVmqEMCs2A2pxAYfrw 

L’image contient peut-être : 2 personnes, dont Sara-Aviva Gerbaud, personnes souriantes, lunettes, gros plan et intérieur
Evelyne et Sara-Aviva
Photo Désert du Maroc, par Delphine Burguet
Photographie du désert Marocain, par Delphine Burguet.

Pour nous être opposés à la loi travail et à son monde, en 2017

il est temps de renouveler notre logiciel de lutte contre ce système

par Evelyne Perrin (evelyne.perrin6@orange.fr)

Au sortir d’une mobilisation sociale et populaire aussi exceptionnelle dans sa durée, sa créativité si impossible à cerner, et sa détermination que celle qu’a connu la France de février à septembre 2016 contre la Loi Travail et son monde, il faut analyser à la fois les forces et les faiblesses de ce mouvement ; peut-on dire qu’il a « échoué » sous prétexte qu’il n’a pu empêcher – par une « loi » sans vote – une régression sans précédent de nos droits de salariés, avec ou sans emploi… ? Qu’a-t-il découvert, expérimenté, créé , exprimé…? Qu’en reste-t-il, sur quoi il nous faut rebondir … ?

J’avancerai plusieurs raisons  de l’imposition sans vote parlementaire de la fameuse « loi » travail, et donc d’un passage en force du gouvernement de Manuel Valls et François Hollande:

1. L’introuvable prolétariat : Difficulté de la « grève générale »

Contrairement à Mai 68 ou à 36, il est devenu très difficile de lancer et tenir une grève générale, aussi beau que reste cet objectif : on l’a bien vu pendant le mouvement, on le voit chaque fois qu’une usine importante fait grè_ve contre sa liquidation, ou qu’un secteur professionnel en pleine « restrturation » capitaliste – Poste, Hôpital, Université… – tient une grève longue : qui peut faire grève illimitée aujourd’hui sauf dans les derniers bouts du monde du travail qui sont sûrs de conserver leur poste ? Ce n’est pas le cas des salariés précarisés – CDD ou intérim – ou oscillant entre chômage et contrats courts. Même des salariés en CDI peuvent ne pas pouvoir se permettre de faire une grève illimitée par manque de revenu ou endettement…1

Il reste donc une seule possibilité : démarrer des grèves dans des secteurs encore d’emploi stable et les soutenir par des caisses de grève, des blocages, des soutiens extérieurs (la grève par procuration), ou faire des grèves tournantes, perlées, du zèle..

  1. Crise et divisions du syndicalisme

La terrible division syndicale qui caractérise la France, conjuguée au passage du côté du capital et de ses recettes de grosses structures syndicales comme la CFDT, après la petite CFTC, ou parfois Force Ouvrière et l’UNSA, est l’un des principaux obstacles à l’élargissement des luttes. Les compromissions de certains syndicats entraînent chez les jeunes une désaffection vis-à-vis des syndicats en général et de l’action syndicale. A cela s’ajoute la sclérose de certaines structures syndicales, le décalage entre une base combative et une hiérarchie soucieuse de garder son rôle dans le fameux « dialogue social » qui fait le lit de tous les reculs.

Le second obstacle est la crise profonde et durable que traverse le syndicalisme, qui peine à se renouveler pour tenir compte de la montée de la précarité sous ses multiples formes ( des CDD qui représentent 80 % des embauches, de l’intérim, des emplois saisonniers au phénomène massif des sans papiers, et à celui nouveau des auto-entrepreneurs imposés et des « ubérisés ») et de la destruction progressive de la majeure partie des droits du travail. Les organisations syndicales peinent à aller soutenir les travailleurs là où ils sont, dans des chantiers de sans papiers, dans des PME et TPE, où la répression antisyndicale est féroce.

Un troisième obstacle a pesé sur la mobilisation contre la Loi Travail ET son monde :en raison de la spontanéité, de l’explosion créative et de la propagation fulgurantes du mouvement hors de tout cadre ou de tout schéma préétablis, il s’avéra très difficile d’organiser une réelle convergence et coagulation des luttes ; il y eut plus de 30 commissions de travail lancées dans le cadre de Nuit Debout ! à Paris et dans plusieurs villes, une coordination intersyndicale « On bloque tout ! », outre les rencontres régulières entre les sept organisations syndicales prétendant animer la lutte, des actions de blocage décidées à la base ou au niveau d’unions départementales ou de branches…

3. Un système représentatif élitiste et sans contrôle citoyen

Enfin, le pseudo système représentatif sur lequel se fonde encore, malgré son caractère profondément autoritaire, la Vème République imposée par de Gaulle suite à la réaction conservatrice qui le porta au pouvoir après Mai 68 souffre de carences graves et est également profondément sclérosé et dépassé, car hérité de la conception élitiste de la démocratie du XIXème siècle, et fondé sur la délégation de pouvoir sans mandat impératif ni contrôle, et sur le système des partis politiques, devenus de simples outils d’accession au pouvoir que plus rien ne différencie sur le fond. Les formes de résistance prévues par notre système politique basé sur une prétendue démocratie représentative sont périmées car elles ne fonctionnent plus :

  1. Les lois n’ont plus besoin d’être votées, un article 49.3 contraire au contenu tant de la Déclaration des Droits de l’Homme que de notre Constitution de la Vème République s’y substitue. La priorité devrait être premièrement de l’abolir et de réécrire éventuellement une autre Constitution fidèle à la Déclaration des Droits de l’Homme, mais plus encore d’imposer son respect par le recours à des modes de gestion de la société préservant le contrôle direct des citoyens par mandats impératifs sur des mandataires révocables à tout moment. Il en est de même avec le recours aux ordonnances en lieu et place de débat et de vote parlementaire que va imposer Emmanuel Macron imbu de sa victoire par défaut, qui l’a transformé en une sorte de Napoléon moderne érigé sur un champ de ruines du système représentatif …

  2. Le mode électoral ne laisse place qu’aux tenants – sous des formes très proches sur le fond – de l’ordre établi, qui est celui du capital mondialisé, financiarisé, et de l’austérité pour les couches populaires mais de l’illimité enrichissement pour les agents de ce capital. La succession d’un gouvernement de droite à un gouvernement se prétendant de gauche mais appliquant la même doctrine entraîne en France comme dans le reste des démocraties de même type un recul significatif du vote – abstention massive des jeunes – et un détournement de la colère du peuple vers les recettes de l’extrême droite : haine de l’ « autre », désignation de boucs émissaires et chasse à l’homme, passage à la violence.

  3. Avec la prolongation sine die de l’état d’urgence, et son incorporation annoncée dans la Constitution, les libertés publiques, que ce soit celle de manifester ou d’exprimer une opinion, ou la liberté de la presse, n’existent plus. Quand police et justice deviennent de purs instruments de répression de toute contestation – ou tentative tout simplement de survie de la part des couches populaires les plus appauvries – , la question de réformer ou de supprimer ces deux institutions se pose en même temps que se pose bien évidemment la question de la légitimité de l’Etat et du besoin de le conserver. Pourquoi et au nom de quel bien collectif continuer à être ainsi « gouvernés » ? Avons-nous besoin d’un Etat devenu le bras armé du capital mondialisé et destructeur de tous nos droits et de notre probabilité même de survie en tant qu’espèce ? ( Lire à cet égard « La société contre l’Etat » de Pierre Clastres, ethnologue, décrivant nombre de sociétés ou de communautés ayant vécu sans Etat dans l’histoire – ou vivant encore ainsi, comme le Chiapas, ou d’autres enclaves )

4. Obsolescence de notre registre d’expression et action

Pour avoir participé à toutes les formes qu’a pu prendre la mobilisation contre la Loi Travail ( manifestations, blocages, occupations, soutien aux grèves…), il me semble que le mouvement a perdu du temps mais aussi pris des coups inutiles en terme de répression durant les deux premiers mois où il s’est largement cantonné dans des formes d’action classiques et devenues relativement inefficaces, telles que les manifestations de rue à l’appel de l’intersyndicale regroupant sept organisations de salariés, étudiants et lycéens.

Il a fallu en effet attendre la fin du mois de mars 2016 pour que, sous la pression de la base, la principale organisation de l’intersyndicale, la CGT dirigée par Martinez, en vienne à des modes d’action plus offensifs et capables de porter atteinte aux lieux et modes de production et de circulation des flux du capital par des blocages, des occupations comme celles des raffineries ou de centres de traitement des déchets… A cet égard le regroupement sous l’égide de « On bloque tout ! » de nombreux syndicalistes de la base militante la plus enragée et lucide joua certainement un rôle important, en esquissant cette si difficile « convergence des luttes » déjà tentée par le passé et non aboutie durablement… Si, parallèlement à ce passage à l’acte des syndicalistes et salariés les plus engagés sur le terrain, fut lancé le 31 mars le mouvement citoyen Nuit Debout !– caractérisé par une grande diversité de composantes et une distance vis-à-vis des organisations syndicales et politiciennes – , la liaison entre les deux ne se fit pas aisément et ce fut là sans doute l’une des faiblesses du mouvement contre la Loi Travail.

Obsolescence et effet boomerang de la manifestation traditionnelle de rue

Il nous faut aussi tirer les leçons du changement radical de stratégie en matière de répression et de libertés d’expression de la part de l’Etat en régime capitaliste débridé, où il est clair qu’il n’assume plus la fiction d’un Etat-Providence, mais devient le simple bras armé du capital, en France comme à l’étranger.

Ce changement de régime de répression, avec le passage à des modes d’intervention policière et armée à la fois brutaux, violents, et producteurs de blessures et mutilations et de mort (Rémi Fraisse à Sivens) a été largement documenté et analysé par des chercheurs comme par des journalistes indépendants. Cf. l’enquête de Reporterre, ou le livre de Pierre Douillard-Lefevre, énucléé, « L’arme à l’oeil. Violences d’Etat et militarisation de la police », Le Bord de l’Eau 2016), est nouveau en soit-disante démocratie. Parmi ces techniques, on a vu apparaître la technique de la nasse, consistant à enfermer une portion de cortège syndical entre des policiers en interdisant toute entrée ou sortie, à la laisser piétiner, puis à charger. Une autre consiste à viser systématiquement par tir de flashball ou grenade dite de « désencerclement » le visage ou la poitrine du manifestant. Tout est fait également poiur empêcher les journalistes ou les manifestants de photographier ou filmer les exactions policières.

Le nombre de blessés du côté des simples manifestants a été considérable, un mort ayant été évité de peu, et de simples lycéens ont pu se faire fracturer la mâchoire devant leur lycée occupé à Paris 20è dès le mois de février 2016. Des policiers, ou le secrétaire de la CGT-Police, ont fait état des ordres très confus et contestables pour les libertés publiques et pour la sécurité des manifestants qui leur étaient donnés.

Or l’organisation intersyndicale traditionnelle des manifestations n’a pas été en mesure d’assurer la protection des manifestants car elle a tardé à prendre la mesure du danger (45 personnes ont été énuclées par des tirs de flashball de la police lors des affrontements de ces derniers mois). Le but recherché par le pouvoir fut clairement de semer la terreur, notamment à l’intention des familles ou des citoyens peu organisés désirant participer aux manifestations pourtant usuelles du 1er mai par exemple.

La négation la plus poussée du droit d’expression reconnu en République, et la dénaturation la plus manifeste de la forme traditionnelle de cette expression qu’est la manifestation publique autorisée ont été expérimentées par ce pouvoir soit-disant «  socialiste », mais en réalité profondément autoritaire et anti-démocratique, le 23 juin 2016, lorsqu’à la demande de l’intersyndicale d’organiser une énième manifestation de la Place de République à Nation, il opposa et imposa cette fameuse « manifestation / tour de manèges » autour du bassin de la Bastille, avec des milliers de policiers filtrant et fouillant au corps les personnes désirant s’y rendre, humiliation et dérision que n’auraient jamais du accepter les organisateurs syndicaux… En effet, elle fut l’aboutissement d’une dérive déjà très mal appréciée de la part des services d’ordre syndicaux lorsque ceux-ci livrèrent à la police des membres des cortèges de tête qu’ils ne maîtrisaient pas, se faisant ainsi explicitement des collaborateurs de la police lors de précedentes manifestations.

Ainsi la manifestation – qui déjà selon les dires de Nicolas sarkozy lui-même pendant le mouvement des retraites, ne servait plus à rien – est-elle devenue un outil aux mains du pouvoir, et se retourne contre nous : elle entraîne quelles que soient ses formes, des plus pacifiques aux plus autonomes et exacerbées – cortège de tête – , des blessures et mutilations graves, mais aussi, outre un fichage généralisé ( par drônes, photos..), une judiciarisation avec des procès, des amendes colossales et des peines de prison y compris ferme pour simple expression publique de désaccord.

6. Criminalisation de toute résistance y compris syndicale

A cette répression policière presque sans précédent, s’est ajoutée la criminalisation des manifestants, des syndicalistes, de tout contestataire et opposant quel qu’il soit.

Le nombre de procédures judiciaires a atteint des sommets : plus de 800 procès intentés2 contre tous et n’importe qui, aux prétextes les plus divers, du simple collage sur un siège de parti ou de centrale syndicale au blocage quelques heures d’une rue, en passant par l’attribution aux manifestants d’exactions commises par des casseurs souvent instrumentalisés par la police ou issus de ses rangs. Encore aujourd’hui se déroulent un ou deux procès par jour en TGI de syndicalistes , manifestants, simples passants, avec un durcissement là aussi sans précédent des peines pronocées : peines de prison y compris ferme, pour les syndicalistes de Goodyear ayant voulu garder et défendre leur usine de pneus par exemple, mais pour bien d’autres manifestants, sous des prétextes absolument insignifiants, ou sans preuve formelle autre que les fameuses et systématiques accusations de policiers d’ «outrage et rébellion » à leur encontre dès l’instant où ils outrepassent leurs droits.

Cela constitue une violation manifeste et répétée de nos droits fondamentaux. Elle s’accompagne d’une dérive de la justice, qui perd son indépendance vis-à-vis de l’éxécutif et est plus en plus aux ordres du pouvoir, tandis que les nouvelles lois votées organisent un déssaisissement de la justice civile et pénale vers la justice administrative, composée de fonctionnaires totalement dépendants de l’exécutif. La disproportion manifeste des peines de prison ferme prononcées à l’encontre de syndicalistes et salariés ayant voulu défendre leur usine de manière assez classique dans l’histoire ouvrière récente est une première. Les syndicalistes voulant sauver leur emploi se voient publiquement traiter de « voyous » par ceux-là même qu’ils ont portés au pouvoir pour sauver ce qui reste de notre industrie…

Il en est résulté un premier effet de « sidération » et de repli sur la défense lutte par lutte, ou accusé par accusé. Nous avons passé la moitié de l’année 2016 à courir dans les tribunaux soutenir les copains mis en examen et condamnés, à les accompagner dans leur défense en justice puis en appel, à collecter des fonds de soutien à signer des pétitions et appels pour leur remlaxe, tout cela en vain. Seule Christine Lagarde, pourtant condamnée, est sortie la tête haute de la Cour de justice de la République dont elle ne craignait apparrement aucune sanction de fait…. On ne garde pas la finance internationale pour risque quoi que ce soit de la part d’une vulgaire cour nationale, d’ailleurs jusque là peu sollicitée te connue pour sa mansuétude.

En ce début d’année 2017, des voix s’élèvent, appelant à faire de l’année 2017 l’année de la contre-attaque… il serait temps !

Mais pour cela, il nous faut impérativement prendre en compte les obstacles majeurs qui se sont dressés en 2016 plus encore que lors du mouvement contre la réforme des retraites de 2010 sur la voie de la convergence des luttes et d’un réel affrontement au capital, d’une part ; et renouveler en profondeur notre logiciel de pensée et d’agir pour l’adapter au changement de la donne capitaliste.

Nous nous devons d’être aussi inventifs que l’est le pouvoir que nous affrontons.

II – Changer notre logiciel de pensée et d’agir

Face à une telle dérive, il nous faut donc réagir par deux voies :

  • 1. Imaginer d’autres modes d’action.

  • où nous devenions non prévisibles, non repérables, invisibles.. Vu l’ampleur croissante des modes et outils de notre surveillance, la question commence à se poser : comment recourir à des modes d’organisation protégés ? Ne faut-il pas envisager, comme dans toute expérience de résistance à des systèmes et régimes de domination totale, le recours à des liens ou à des actions tenus secrets ? .Le secret de l’action et la clandestinité à l’ordre du jour ?

nouvelles formes de contrôle biopolitique et sécurisation de nos échangesvoir l’en-tête complet Une question cruciale va concerner la sécurisation de nos échanges et prévisions d’action, car nous entrons dans l’ère du capitalisme geek moderne et souriant, qui veut exercer jusqu’au bout le contrôle bio-politique ( dénoncé il y a des lustres par Foucauld, Pasolini, Lazzarrato…) et nous pucera, nous bracettera électroniquement…

J’appelle aussi cela une OCCUPATION, certes pas comme celle des Allemands en 40-45, c. à d. militaire – sauf par meurtres policiers – encore du moins dans les dites « démocraties occidentales », mais sur tous les aspects de notre survie et par usage et invention de tous les moyens technologiques. Face à cette Occupation par un capital s’appuyant sur des nouvelles élites dirigeantes rajeunies et intelligentes

directement aux manettes, n’ayant plus besoin de passer par des politic(h)iens pourris , ringards et cumulards,et haïs par de plus en plus de citoyens , les seules issues sont sans doute :

la fuite, l’exil, le marronnage, les occupations temporaires de lieux de notre mode de vie (ZADs), ou la lutte…  mais à réinventer car elle ne peut plus  frontale – ils sont trop forts, + permis de tuer -, elle doit à mon avis devenir de + en + clandestine ou rusée. La Résistance peut nous inspirer..

La surveillance généralisée s’accompagne maintenant d’immobilisation par assignation ou emprisonnement. Cf. l’article du Canard Enchaîné de ce 14 juin: « La DGSE fait la sortie des écoles »

« La DGSE et sa direction technique, sorte de petite NSA à la française, fait le tour des facs et écoles d’ingénieurs et leur propose des stages de fin d’études, notamment aux étudiants bac +5 en électronique, cryptologie et informatique; le but est de former des futurs hackers pour pirater et mener des « luttes informatiques offensives », c. à d. texto  » mettre au point de nouvelles méthodes d’attaque, calculer les mots de passe les + probables, rechercher des vulnérabilités permettant de contourner les protections, ou enfin, corrompre le fonctionnement des composants électroniques sécurisés »… les stagiaires doivent apprendre par ex à « injecter les logiciels malveillants » et se camoufler pour agir le + longtemps possible sur l’ordi de sa victime…

Et nous…. Qu’est-ce qu’on attend…???? et où sont nos hackers…???

  • Quand police et justice deviennent de purs instruments de répression de toute contestation – ou tentative tout simplement de survie de la part des couches populaires les plus appauvries – , la question de réformer ou de supprimer ces deux institutions se pose en même temps que se pose bien évidemment la question de la légitimité de l’Etat et du besoin de le conserver. Pourquoi et au nom de quel bien collectif continuer à être ainsi « gouvernés » ? Avons-nous besoin d’un Etat devenu le bras armé du capital mondialisé et destructeur de tous nos droits et de notre probabilité même de survie en tant qu’espèce ? ( Lire à cet égard « La société contre l’Etat » de Pierre Clastres, ethnologue, décrivant nombre de sociétés ou de communautés ayant vécu sans Etat dans l’histoire – ou vivant encore ainsi, comme le Chiapas, ou d’autres enclaves )2. Attaquer systématiquement les auteurs et commanditaires de ces dérivesComme certaines organisations et comme de simples citoyens peuvent le faire : exemple : les plaintes contre Manuel Valls et Bernard Cazeneuve déposées devant la Cour de Justice de la République par des policiers et des citoyens, pour mise en danger de leur vie, sur la base de l’article 223-1 du Code Pénal (certes classées sans suite entre-temps…);ou les plaintes collectives contre préfets et présidents de départements et de régions lancées par les défenseurs des migrants poursuivis et condamnés pour « délit de solidarité » (sic) dans la Vallé de la Roya au-dessus de Nice… OU encore, les « class actions » hélas limitées dans la loi Hamon au domaine d ela consommation, mais qui se développent dans des luttes et mouvements sociaux ailleurs ( Occupy aux Etats-Unis, mouvements de consommateurs ou consom-acteurs, etc…)

Tout ceci plutôt que l’attaque directe contre un ennemi super puissant et surarmé, sauf bien sûr en cas d’insurrection générale ! Car rien ne vaut la révolution …à condition cette fois d’être mondialisée ou de démarrer dans un pays et de s’étendre à d’autres comme une traînée de poudre, ce que fut toutes proportions gardées le Printemps arabe… jusqu’au triomphe des régimes autoritaires et de leurs armées aidées des grandes puissances…

Aujourd’hui le peuple se retrouve affamé et humilié, le pouvoir qui l’écrase est mondial !

Il nous reste à rechercher les voies d’échapper au système ou de le pervertir, de l’affaiblir, de le submerger… qui sont certainement multiples et incertaines… Mais avons-nous le choix ?

Listons-en quelques unes, en nous appuyant sur les exemples même bâtis sous nos yeux :

1. Exit , la fuite ou l’échappée et la création de nos propres espaces et territoires provisoirement « libérés » du capital et autogérés, « zones à défendre », centres sociaux autogérés, ici et maintenant (Cf Miguel Benasayag et Angélique Del Rey, « De l’engagement dans un époque obscure », 2011, « Contrées » sur la ZAD de Notre Dame des Landes et le Val Souza, et « Constellations » du Collectif Mauvaise Troupe. Cf. aussi les films de Yannis YOULOUNTAS « Ne vivons plus comme des esclaves » et « Je lutte donc je suis »)

2. Reprise ou réappropriation aux mains des salariés de notre appareil productif ( des Thés de l’Eléphant UNILEVER à FRALIB et SCOP-TI, et d’autres exemples, très nombreux, en Argentine après la crise financière, en Espagne et en Grèce actuellement, etc..), de nos champs aux mains des agriculteurs, des services publics dans celles des salariés, des consommateurs et usagers, de la monnaie dans nos mains, etc..

3. Boycott et retrait : grève de la consommation et recours à l’autoproduction, aux circuits courts, aux monnaies locales, aux coopératives de production d’énergies renouvelables, de consommation, etc…C’est-à-dire s’inspirer d’une campagne qui porte ses fruits en soutien à la Palestine, BDS, et la transposer : = boycott des firmes capitalistes, de leurs banques, désinvestissement des mutuelles et autres outils initialement socialisés et devenus des firmes capitalistes comme les autres,

4. Sanctions juridiques contre des entreprises qui violent nos droits fondamentaux, notre santé et l’avenir de nos enfants…

5. D’où la nécessité de créer et renforcer nos liens et nos capacités de coordination transnationale et internationale. C’est possible. Et si la CES semble bien loin de pouvoir le faire, des exemples comme les rencontres de collectifs et organisations syndicales de précaires européens, notamment les 21-23 octobre 2016 à Paris « From France to Europe. Towards Transnational Strike »(Cf. http://www.transnational-strike.info) : conjuguer le local et le global, devise déjà des Forums Sociaux Mondiaux.

Conclusion

On ne saurait dire que la mobilisation contre la Loi Travail ET son monde a « échoué », car ce serait réducteur. Certes les moyens hors norme procurés par la prolongation à durée indéterminée de l’état d’urgence ( urgence sécuritaire et non plus sociale ou humaine) et par le recours à l’article 49.3 afin de contourner un vote négatif du parlement auront permis à un pouvoir discrédité et aux abois de l’emporter, au moins provisoirement.

Certes après un dernier baroud d’honneur lors de l’ultime manifestation du 15 septembre, les organisations syndicales qui prétendaient porter le mouvement se sont rangées . Mais la rage est là, plus virulente que jamais, et elle a déjà obligé le président de la République à se retirer de la compétition pour l’élection présidentielle, ce qui est une première. Cette rage gronde encore et n’attend qu’un autre moment pour exploser. La question sera alors de savoir contre qui et quelles formes elle prendra.

D’ores et déjà, il restera de ce mouvement social riche, puissant et diversifié, qui a tenu presque un an, un ensemencement irréductible de l’imaginaire social, et le feu continuera à couver sous la cendre. Ses protagonistes passés ou à venir auront l’acquis d’un mouvement qui parti des lycéens et des étudiants, s’est propagé dans les autres couches sociales jusqu’aux franges les plus fragmentées et dépossédées, qui a secoué les couches les plus profondes du prolétariat, a failli faire la jonction fatale avec les révoltes de ce lumpen prolétariat des banlieues populaires, et avec la détresse des réfugiés de nos guerres.

Ces acteurs sauront en tirer les leçons, comme après chaque mouvement social, du CPE à la LRU, de la révolte des banlieues de 2005 à celle des intermittents et précaires, de la réforme de la sécurité sociale de Juppé en 1995 à celle des retraites en 2010, pour aller encore plus loin dans la mise en cause de ce système capitaliste néolibéral, aux mains de la finance internationale et des multinationales. En même temps, en effet, et sans plus attendre des « lendemains qui chantent », naissent, se développent et prospèrent de multiples expériences de résistances, notamment à de grands projets, d’où naît un autre monde, des modes inédits de gestion en commun de ressources, des « ailleurs » et des « non lieux » qui fédèrent des énergies et des savoirs innovants.

L’avenir est devant nous, hors de tout modèle préétabli et de toute organisation centralisée et hiérarchisée, dans l’invention du nouveau tant qu’il en est temps, dans sa diversité et sa multitude.

1Les transformations du salariat ont fait l’objet de nombreuses publications. L’une des plus instructives est l’ouvrage collectif de Sophie BEROUD, Paul BOUFFARTIGUE, Henri ECKERT et Denis MERKLEN, « En qu^te des classes populaires ; Un essai politique », paru en 2016 à La Dispute.

2Cf le bilan non exhaustif dressé de ces procès par les organes et réseaux sociaux de communication indépendants du pouvoir.

 

Bibliographie indicative (à partir de Wikipédia :https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89velyne_Perrin).

Ouvrages personnels

  • Chômeurs et précaires au cœur de la question sociale, Paris, La Dispute, 2004, 280 p. (ISBN 978-2-84303-999-7)
  • Jeunes Maghrébins de France. La place refusée, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2008, 205 p. (ISBN 978-2-296-05681-7LCCN 2008478869)
  • Identité nationale. Amer Ministère. Ce qu’en disent les jeunes Franciliens, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2010, 170 p. (ISBN 978-2-296-10839-4)(préface d’Emmanuel Terray)
En collaboration
  • Évelyne Perrin, Nicole Rousier (dir.), Ville et Emploi : le territoire au cœur des nouvelles formes du travail, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, coll. « Société et territoire », 2000, 426 p. (ISBN 978-2-87678-546-5) (préface de Jean Rémy ; postface de Saskia Sassen)
  • Claude Lacour, Évelyne Perrin, Nicole Rousier (dir.), Les nouvelles frontières de l’économie urbaine, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, coll. « Monde en cours. Bibliothèque des territoires », 2005, 265 p. (ISBN 978-2-7526-0191-9)
  • Michel Bourgain, Évelyne Perrin (préf. José Bové), Maire Vert en banlieue, Paris, Les Petits matins, 2010, 196 p. (ISBN 978-2-915879-70-4LCCN 2010421410)

Activités associatives et syndicales :

  • membre d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage) de 1994 à 2012,
  • co-fondatrice du réseau d’information et de soutien aux luttes contre la précarité Stop Précarité (en 2001), organisatrice des cours gratuits de droit du travail donnés depuis 2004 à Paris par des syndicalistes bénévoles chaque premier lundi du mois, et rédactrice du bulletin mensuel « Actualités des luttes de précaires » depuis 2014
  • cofondatrice en 2011 du réseau d’information et souytien aux luttes contre la souffrance au travail Stop Stress Management , organisatrice de onze débats salariés-chercheurs sur les moyens de défense contre harcèlement et souffrance au travail,
  • fondatrice en 2012 de l’association d’aide aux « sans » , sans emploi, sans logement, sans papiers et sans droits, Sang pour Sans,
  • membre du Conseil Scientifique d’ATTAC-France, et de ses commissions Démocratie, Alternatives, Écologie et Société, Migrations
  • syndicaliste Union Syndicale Solidaires.

Ouvrages :

  1. Evelyne PERRIN, Michel PERALDI : « Réseaux productifs et territoires urbains », Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1996
  2. Jean-Loup GOURDON, Evelyne PERRIN, Alain TARRIUS (dir.) : « Ville, espace et valeurs », Paris, L’Harmattan, 1995
  3. Evelyne PERRIN, Nicole ROUSIER (coord.) : « Ville et emploi, le territoire au cœur des nouvelles formes du travail », Ed. de l’Aube, 2000
  4. Evelyne PERRIN (coord .) : “Précarité, Points de vue du mouvement social”, AC !, APEIS, MNCP, Paris, Syllepse, décembre 2002
  5. Catherine LEVY, Willy PELLETIER, Evelyne PERRIN, David ZERBIB : « Europe. Une alternative”
  6. Evelyne PERRIN : « Chômeurs et précaires au cœur de la question sociale », Paris, La Dispute, juin 2004
  7. Evelyne PERRIN : « Jeunes Maghrébins de France, la place refusée », Paris, l’Harmattan, octobre 2008
  8. Evelyne PERRIN : « Identité nationale, amer ministère », Paris, L’Harmattan, 2010
  9. Evelyne PERRIN : « Haute tension. Les luttes des salariés contre les plans sociaux 2008-2010 » diffusé sur le web octobre 2011, en cours de réactualisation et à paraître chez Démopolis
  10. Evelyne PERRIN, avec la collaboration de Kamel TAFER : « Luttes étudiantes du CPE à la LRU et à la Loi Travail », à paraître
  11. Evelyne PERRIN : « Le nouvel agir politique », à paraître, Le Passager clandestin
  12. Evelyne PERRIN : « Jeunes d’ici et d’ailleurs, Parcours d’échappée», à paraître
  13. Evelyne PERRIN et Leïla Chaibi, « Désobéir à la précarité » Le Passager Clandestin, 2011
  14. Evelyne PERRIN, « Désobéir au néo-management », à paraître au Passager Clandestin, 2016
  15. Evelyne PERRIN, « Les énarques nous arnaquent », à paraître, 2016
  16. -Evelyne PERRIN, « Echapper à la médecine-labo et se réapproprier sa santé », à paraître 2017
Evelyne et Sara chez à Champigny Sur Marne.

Continuer à lire … « « Agir, désobéir, faire vivre la solidarité ». Entretien avec la militante anarchiste Évelyne Pérrin : désobéir pour rester solidaires ! »

¿FREUD HOMOSEXUAL?

Hoy el psicoanálisis, tan siquiera en un “tono menor”, parece encarar un giro histórico. Si durante largo tiempo su perspectiva estigmatizaba a las personas LGBTQI+, un soplo a la vez científico y militante parece en este momento producir una “revolución”, de una manera todavía modesta, en el seno de la clínica Freudo-Lacaniana. Tomando como punto de partida esta observación, invito a mi amigo Lionel Le Corre – autor del libro La Homosexualidad de Freud (PUF, 2017) – a evocar esas reformulaciones internas por las que pasa el psicoanálisis. Se trata para nosotros.as de ser considerados.as como seres humanos y, como todo el mundo, de poner en evidencia el hecho de amar y ser amados.a.s. Pero se trata asimismo de ver que es posible ser psicoanalista sin reserva alguna (como integrante de una así llamada “minoridad”, y al mismo tiempo – por fin – defender la clínica, la racionalidad y la apertura a la Alteridad humana. ¡Cuestión de ética!

– Poco tiempo atrás me hablabas de la repercusión de tu libro que hace algo más de un año fue editado por las PUF (Prensas Universitarias Francesas) : La Homosexualidad de Freud. ¿Qué podrías decir acerca de cuál fue tu registro de la recepción mitigada que tuvo en el seno de un medio clínico que podríamos aún calificar de normativo?

Globalmente, el libro mereció una buena recepción, sin duda algo mejor en los circuitos LGBT+ que en aquellos a los que designaste en términos de “medio clínico normativo”. El título mismo interrogó, incluso resultó chocante, y puedo permitirme entonces pensar que no era malo. Recuerdo algunas formulaciones poco elegantes en Facebook, bistrot universal por excelencia ; una de ellas, la más picante, fue la de una psicóloga clínica, ella misma heredera – en el sentido de Bourdieu – enloquecida por el hecho que por esa vía yo buscase hacer hablar de mí. Otro de esos mensajes, enviado por un psiquiatra-psicoanalista de cierta influencia, estimó necesario escribir que por su parte – lo cito – de La Homosexualidad de Freud, cuya aparición fue anunciada, “me importa un pepino”… Según lo formulaba otro, se trataba de una provocación hoy inútil…

Pero más allá del título, lo que pudo haber despertado agitación es el hecho de que, siguiendo la perspectiva de Lacan, pongo en evidencia la vertiente –por cierto aun no despejada – de los efectos del vínculo transferencial entre Freud y Fliess en lo que hace al desarrollo doctrinal del psicoanálisis.

Lacan señala en el Seminario II1 que toda la obra freudiana está dirigida a Fliess … Es una frase que merece ser tomada en serio, ya que rompe con uno de los mitos de la historiografía freudiana, según la cual el descubrimiento del inconsciente se desprende de la escucha de las primeras pacientes histéricas. Ahora bien, yo puse en evidencia que en los momentos cruciales de su conceptualización teórica, Freud se topaba con el obstáculo de su deseo por Fliess, cuyos efectos se manifiestan todavía mucho después del quiebre que operó en 1904 y aun con notable posterioridad al viaje que en 1910 hizo Freud en compañía de Ferenczi, ocasión presentada a menudo como el “verdadero” momento de ruptura entre los dos amigos.

Pero no es así. Hasta el fin de su vida, en lo más hondo de sí mismo, trabajan en Freud los efectos de su relación con su amigo berlinés, pero sobre todo, Freud mismo da cuenta del hecho en escritos dirigidos a en su abundante intercambio epistolar, como así también en sus notas, sus agendas, etc. ; basta leerlo con un poco de atención para verificarlo.

Dicho de otro modo, lo que intenté mostrar en La Homosexualidad de Freud es que el psicoanálisis – todo el psicoanálisis, según Lacan – es el producto de la transferencia operante entre un hombre y otro hombre. Mala noticia entonces para algunos.as : a diferencia de una comedia romántica que concluye cuando el orden del mundo queda restablecido – se trata, claro está, del mundo heterosexista – la historia del psicoanálisis no es (solamente) el encantador descubrimiento donde un hombre, Freud, a la escucha de las mujeres – las ya citadas pacientes histéricas – se encuentran para dar nacimiento a un saber que cambió nuestra relación con el saber.

En fin, como ves, las ingenuidades edípicas siguen operando y si La Homosexualidad de Freud pudo contribuir a revisar tan siquiera un poco ese punto, quedo muy contento de haberlo logrado.

– Estás integrado al equipo de trabajo de una institución que ayuda a las personas transgénero prostituidas a insertarse socio-profesionalmente o al menos, a vivir con la prostitución. Desde el punto de vista estadístico, ¿podés apreciar un número significativo de personas transgénero que haya encontrado un empleo fuera de la prostitución?

No te puedo aportar términos estadísticos al respecto. Hasta donde llegan mis conocimientos, no hay estudios destinados sobre la inserción socio-profesional de las personas transgénero y todas las dificultades que enfrentan, estén o no relacionadas con la prostitución. En función del objetivo mismo que se propone la institución donde trabajo, esto es, el de ofrecer un alojamiento articulado con un acompañamiento a cargo de un trabajador social y una psicóloga, mi función me lleva a mantener en todo caso un contacto con aquellas personas cuyo recorrido social está marcado por la exclusión, el rechazo y la precariedad. Constato, en efecto, las grandes dificultades que tienen para acceder a un empleo estable y remunerado de manera que alcance a cubrir [tan siquiera] sus necesidades básicas. Aquello que aparece como una alternativa respecto de la prostitución que les permita alejarse del trabajo sexual, no pone en juego calificación alguna el encuadre laboral reconocido, es penoso y mal pago. Y esto ocurre aun cuando existan intentos que buscan identificar y transferir a la esfera profesional las competencias adquiridas en la calle o en algún otro ámbito. Otra dificultad reside en que las personas interiorizaron a menudo el hecho de ser malas personas… y todo esto en un contexto social duro e injusto.

Recuerdo una escena que fue determinante para mí : en el transcurso del año 2007, acompaño a una persona transgénero para llevar adelante un trámite administrativo. Caminábamos tranquilamente por el Boulevard de Clichy, en París, y un tipo que sale de una panadería nos mira y la insulta : “¡Sucio travesti!”… Comprendí ese día que existía un derecho a la injuria respecto de las personas transgénero y, al fin de cuenta, una tolerancia social muy grande en lo que hace a las discriminaciones de las que son objeto, discriminaciones que por lo general se manifiestan de manera menos violenta, más subrepticia, donde el agresor se convierte rápidamente en el agredido, en cuanto resulta señalada la naturaleza de su comportamiento.

Es por esa razón que la reciente decisión de la OMS de no considerar más las transidentidades como una perturbación mental reviste una extrema importancia. En primer lugar, se verifica una vez más que es la presión social – dicho de otro modo, el deseo – la que delimita en parte las consideraciones de la doxa psiquiátrica. En segundo lugar, esta decisión tendría que permitir llevar adelante una lucha más eficaz contra las discriminaciones y la estigmatización de las personas transidentitarias, considerando aun así que tienen necesidad de un acceso facilitado a los cuidados específicos, siempre que ellas se propongan su intención de comprometerse en un recorrido de transición, y especialmente cuando se trata de menores.

Esto supone admitir que una persona transgénero, incluso ya liberada del encasillamiento de los diagnósticos psiquiátricos, está expuesta, como cualquier otro sujeto, a quedar afectada ya sea por perturbaciones mentales o bien sometida a padecimientos que disminuyen su vitalidad, no necesariamente ligados a las dificultades sociales que le toca enfrentar. Me parece entonces que la decisión de la OMS no pone en cuestión el interés que pueda revestir el diagnóstico diferencial, tal como se lo entiende en psicoanálisis.

Dicho de otro modo, querer ser un hombre o una mujer, por ejemplo, no resuelve la cuestión del hombre o de la mujer que puedo ser … Ahora bien, sólo el psicoanálisis, porque se ocupa de la falta en ser, propone a quien le importe resolver esta cuestión, una herramienta susceptible de considerar [su singularidad] caso por caso . Encuentro por eso muy problemático un estilo de psicoanálisis que pone en cuestión las principales herramientas teóricas a nuestra disposición sin proponer algo más consistente. Por ej., la función fálica : bueno sería actualizarla saltando por encima del molino de palabras lacaniano. Si los tomamos al de la letra, ya ni es posible abordar el tema de las transidentidades en su articulación con las psicosis… Es un inmenso problema, en la medida en que introduce el desconocimiento y en el peor de los casos, impone un deber ser. Es, en síntesis, un agente de la represión.

Se trata también de un inmenso problema para quienes ya han resultado capturados en el significante de “perturbación mental”; en efecto, les corresponde saber que si no les son acordados los cuidados específicos, su esperanza de vida… ¡ se cifrará en 20 años menos ! Según lo indica un estudio del INVS publicado en 2017, las causas principales del deceso son las enfermedades cardiovasculares o los cánceres, algo que permite pensar en una negligencia en cuanto al servicio médico brindado. ¿Por qué en 2017, en Francia, los locos viven 20 años menos que los demás? Porque la sociedad los prefiere muertos… Dicho de otro modo, dejar de lado el diagnóstico diferencial – incluso si éste mereciese pasar por un riguroso trabajo crítico que lo despojase de su violencia intrínseca -, es ya una manera de relegar a los locos y a su locura a los confines de la humanidad. Resulta entonces crucial que las personas transidentitarias afectadas por perturbaciones mentales lo sepan, ya que su lucha por la vida a la que aspiran será todavía más difícil de lo que imaginan – y admitan que deberán encontrar aliados… Naturalmente, esta mortalidad más importante registrada por la estadística en las personas afectadas por perturbaciones mentales, es conocida desde hace mucho tiempo; ya en 1983 el psicoanalista Jean Clavreul la señalaba en la entrevista acordada a Daniel Friedmann.2

– Desde tu punto de vista, el abordaje interdisciplinario que es el tuyo, donde quedan integrados componentes de la historia y de las ciencias sociales, acompañados de una mirada sutil de psicoanalista con experiencia en el terreno médico-social, ¿en qué medida permite obtener al mismo tiempo una visión subjetiva y objetiva de los hechos sociales?

Apuntás a una cuestión que me resulta muy compleja y aquí me limitaré a sobrevolarla. Mi esfuerzo busca reflexionar en los problemas que construyo, considerándolos desde diversos planos. Lo que se pone en juego para salir de una postura positivista, diría incluso ideológica, es tomar en cuenta, por ej., aquello que no puede ser reabsorbido en la historia ni en las ciencias sociales cuando uno examina un hecho social. Dicho de otro modo, el paradigma histórico permite integrar un punto de vista histórico acerca de ese hecho – construir acerca de él un relato – pero a su vez los límites de ese aporte están dados por el punto de vista que le es propio. ¿Qué queda del hecho social una vez que lo describimos a partir del paradigma histórico? Otro tanto ocurre con la objetivación que resulta de los abordajes desde la sociología o la antropología. Siempre esa objetivación produce un resto no reabsorbible, hecho resultante del propio paradigma sociológico o antropológico. La cuestión se reporta entonces tanto al objeto como al punto de vista respecto de ese objeto, ligados uno al otro inevitablemente, en el sentido en que siempre hay algo del observador en aquello observado.

Es en este punto donde el psicoanálisis entra en línea de cuenta. Esto es así en la medida en que Freud estableció que una misma lógica inconsciente, cuyo punto de partida es el caso por caso, opera en el nivel de lo colectivo; Lacan, por su parte, siguiendo la perspectiva de Lévi-Strauss, aisló el principio de homología de las estructuras y disponemos en función de todo esto de los útiles teóricos para liquidar ese resto producto de la objetivación. Una vez más, dicho de otro modo, para conservar la potencia heurística del psicoanálisis, en el abordaje de un hecho social o psíquico resulta útil apoyarse, en un primer momento, en las ciencias afines para describir y aislar aquello que la clínica llega a constatar. En un segundo tiempo, el psicoanálisis, desde su propio punto de vista, está en condiciones de completar ese producto de la objetivación científica… De manera pragmática, considero por mi parte que ha llegado el momento de releer a Lacan ubicándolo a la par de los discursos actuales, en especial de aquellos que se ocupan de las sexualidades minorizadas; hacerlo desde esta perspectiva permitiría situar los elementos que ya han cumplido su tiempo, así como Lacan lo hizo respecto del corpus doctrinal freudiano. También sería éste el momento, para quienes lleguen a elaborarlas, de proponer soluciones nuevas a esos problemas cruciales en el ámbito del psicoanálisis, tomando como punto de partida argumentos específicos del psicoanálisis…

– En resumen, ¿ves dibujarse en el transcurso de los meses y los años próximos, aspectos de la nueva perspectiva llamada “Queer” en el terreno de la clínica psicoanalítica a nivel institucional (hospitales, cárceles, lugares de expresión artística, etc.)?

Siempre resulta adecuado que se dibuje una perspectiva Queer, si se trata de conquistar un poco más de libertad respecto de las normas de clases o de las religiosas, particularmente pesadas, que apuntan a decirle a cada uno.a no lo que es sino lo que tendría que ser. Es más entiendo que el psicoanálisis, en su condición de teoría de la subjetividad, resulta especialmente eficaz para esclarecer al sujeto respecto de aquello que lo anima y de las condiciones de su deseo, mucho más que la perspectiva Queer, que encuentro a veces semejante a un catálogo de las identidades donde quiera que se sitúen.

Por otra parte, esta noción de identidad, cualquiera sea la modalidad según la cual sea abordada, me parece muy poca cosa cuando ésta se dilata a la medida de toda una vida ; una buena lectura al respecto es La vide lente, de Abdellah Taïa3, nueva novela que ofrece una apertura a los aspectos de la existencia más allá de sí mismo. Es ciertamente muy poca cosa este asunto de la identidad, por otra parte a menudo confundida con la pertenencia… y reducir mi condición subjetiva a una serie de imágenes procedentes del otro, hacer de ella una condición política de mi existencia, entiendo que es, también allí, algo inherente a un conformismo perfectamente asentado, donde el orden normativo y sus encasillamientos mórbidos operan con toda su potencia. En síntesis, cuando nos reportamos a esta noción de identidad – en el fondo, muy poco psicoanalítica – la ideología nunca está muy lejos; creer en la identidad es olvidar que no tiene puerta la jaula donde no estamos retenidos. La identidad participa de la lógica del fantasma y el intento de aislar los términos que lo componen no es en vano, buscando desprender el deseo de este cascarón inservible que lo encierra.

Además, incluso si presenta en el entorno de las novedades, la perspectiva Queer no lo es tanto como parece… Hasta los años ’70, se hablaba de Camp; bastaría releer [para verificarlo] la revista Trois millards de pervers4, como así también, por ej., los escritos de Guy Hocquenghem, Daniel Guérin, Pier Paolo Pasolini, Tony Duvert o aún en otro registro, Shulamith Firestone, en particular La dialectique du sexe5 ; allí – ¡poco falta para que se cumplan 50 años! ¡50 años atrás! – la autora ya reclamaba la abolición de las diferencias sexuales en sí mismas. El capítulo titulado Pour l’abolition de l’enfance es muy divertido también; deja sentir allí un olor de radicalidad muy alejado de los difusos planteos actuales, que en el fondo no son sino la repetición de la historia y resultan incluidas en el orden que creen denunciar.

Sin embargo, tenés razón cuando subrayás que hay algo nuevo: de ahora en más, este esfuerzo teórico designado bajo el nombre de Queer, pone al psicoanálisis manos a la obra; resultará provechoso leer la obra notable de Fabrice Bourlez, Queer psychanalyse6, donde el autor hace un recorrido de la biblioteca Queer y su articulación con la doctrina freudo-lacaniana, sin dejar jamás de lado la cuestión de la clínica. Una elaboración de las que no abundan, por eso resulta digna de ser subrayada.

Cuando digo que es nueva esta manera de poner al psicoanálisis a manos a la obra, se trata de ser preciso sin caer en la meticulosa: la elaboración de mi tesis me llevó a examinar [detenidamente] todas las revistas francesas de psicoanálisis, de psicología y de psiquiatría publicadas entre 1925 y 2005 – totalizaban, digamos, un total de 191 – para identificar los trabajos consagrados a la homosexualidad masculina. Ahora bien, me di cuenta de lo siguiente : si el 11% de los artículos así reunidos tratan del psicoanálisis interrogado desde un discurso acerca de la homosexualidad que no está a disposición de la mayoría, ninguno de los trabajos incluidos en ese corpus de revistas aborda la homosexualidad masculina como hecho social en el contexto de Mayo ’68. En ese momento, sin embargo, el discurso psicoanalítico tiene una especial pregnancia en el discurso público provisto de un cierto saber acerca de la cuestión; esto es así al punto que algunas revistas dan cabida a los trabajos psicoanalíticos –por ej., Arcadie– y se constituyen los primeros grupos homosexuales de acción política, como el Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) o las Gazolines y es también el momento en que los intelectuales gays interrogan el paradigma freudiano. Dicho de otro modo, una visibilidad homosexual militante emerge hacia 1970, heredera [en parte] de la homosexualidad más festiva que precedió a los años ’30. Nada de esto produjo efectos en el discurso psicoanalítico, por lo menos no en aquél que circula en las revistas especializadas propias de ese campo.

Algo muy diferente ocurrirá en 1999 con el voto referido al PaCS y a la cuestión subyacente de la filiación homosexual ; 13 años más tarde se producirá otro tanto con la legalización que da por admitido el matrimonio para todos. Los puristas o los conservadores pueden muy bien considerar que este psicoanálisis en debate con otros discursos actuales es, digamos así, más heterónomo, y en consecuencia, más afectado por las idas y vueltas de la moda … Es una manera de ver … y también es una manera de no ver que aquello impensable hace apenas unos años atrás, respecto de las sexualidades minorizadas [estadísticamente ubicadas en términos de minoría], sólo era, al fin y al cabo, el efecto de un impensado.

Entrevista llevada a cabo por Sara-Aviva, junio 2019.

1 Lacan Jacques, El Seminario, libro II, “El yo en los escritos técnicos de Freud”, Paris, Le Seuil, 1978, p. 150.

2 Friedmann Daniel, “Être psychanalyste.” Entretiens filmés entre 1983 et 2008. Éditions Montparnasse.

3 Taïa Abdellah, La vie lente, Paris, Le Seuil, 2019. [Taïa Abdellah, La vida lenta, Paris, Le Seuil, 2019].

4 Coll. Trois milliards de pervers, Grande Encyclopédie des Homosexualités, Recherches, mars 1973. [Coll. Tres mil millones de perversos. Gran Enciclopedia de las Homosexualidades, Investigaciones, marzo 1973].

5 Firestone Shulamith, La Dialectique du sexe, Paris, Stock, 1970. [La Dialéctica del sexo, París, Stock, 1970 – Capítulo « Para la abolición de la infancia”].

6 Bourlez Fabrice, Queer psychanalyse. Clinique mineure et déconstruction du genre, Paris, Hermann, 2018. [Psicoanálisis Queer. Clínica menor/Clínica de jerarquía menor y deconstrucción del género, París, Hermann, 2018].

Entretien avec le psychanalyste Lionel Le Corre : Vers une psychanalyse « mineure » … ?

Otto Dix
Portrait of the Journalist Sylvia von Harden by Otto Dix.
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Portrait du psychanalyste Lionel Le Corre.

Aujourd’hui, d’une manière encore « mineure », la psychanalyse semble prendre un tournant historique. Si pendant longtemps elle fut stigmatisante à l’égard des personnes LGBTQI+, à présent un souffle scientifique, et militant, paraît faire « révolution » d’une façon encore modeste, au sein de la clinique Freudo-Lacanienne.  Partant de ce constat je convie mon ami le psychanalyste Lionel Le Corre  – auteur du livre : « L’homosexualité de Freud » (PUF) – à évoquer ces remaniements internes à la psychanalyse. Il s’agit pour nous d’être considéré.e.s comme être humain, et, comme tout le monde, de pouvoir « afficher » le fait d’aimer et d’être aimé.e.s. Mais également de voir que l’on peut être psychanalyste à part entière (faisant partie d’une dite « minorité ») – mais aussi et enfin défendre la clinique, la rationalité et l’ouverture à l’Altérité humaine. Question d’éthique !  

Il y a quelques temps tu me parlais de la répercussion de ton livre paru il y a un peu plus d’un an (2017) aux PUF (Presses Universitaires de France) : « L’Homosexualité de Freud » que pourrais-tu dire de ton ressenti eu égard à l’accueil mitigé au sein d’un milieu clinique que nous pourrions encore qualifier  de normatif ?

Globalement le livre a été bien accueilli, sans doute un peu mieux dans les réseaux LGBT+ que dans ce que tu nommes un « milieu clinique normatif ». Le titre a interrogé, voire choqué, ce qui me laisse croire qu’il n’était pas mauvais. Je me souviens de quelques propos inélégants sur Facebook, bistrot universel s’il en est, dont le plus piquant est celle d’une psychologue clinicienne, elle-même héritière – au sens de Bourdieu – affolée que je me fasse ainsi un nom ; son propos était plus insultant. Un autre, psychiatre psychanalyste d’une certaine surface a cru devoir écrire, je cite, que de L’Homosexualité de Freud annoncé à paraître il n’en avait rien à foutre… Un autre encore qu’il s’agissait d’une provocation inutile aujourd’hui… Mais au-delà du titre, ce qui a pu troubler c’est le fait que je mette en évidence, à la suite de Lacan, la part – pas vraiment aperçue – des effets du transfert à Fliess sur le développement doctrinal de la psychanalyse. Lacan rappelle dans le séminaire II1 que toute l’œuvre freudienne est adressée à Fliess… cette phrase est à prendre au sérieux car elle rompt avec l’un des mythes de l’historiographie freudienne déduisant la découverte de l’inconscient de l’écoute des premières patientes hystériques… Or j’ai mis en évidence qu’au moment cruciaux de sa conceptualisation théorique, Freud se heurtait à son désir pour Fliess dont les effets se manifestent encore bien après leur rupture en 1904, bien après aussi le voyage à Palerme en 1910 en compagnie de Ferenczi présenté souvent comme le « vrai » moment de rupture entre les deux amis. Non, jusqu’à la fin de sa vie, Freud est travaillé au plus profond de lui-même par les effets de sa relation avec son ami berlinois, mais surtout, il l’écrit à ses nombreux correspondants, dans des notes, dans des agendas, etc. Il suffit de le lire un peu attentivement pour s’en apercevoir. Autrement dit, ce que j’ai essayé de montrer dans L’Homosexualité de Freud c’est que la psychanalyse – toute la psychanalyse selon Lacan – est le produit du transfert d’un homme pour un autre homme. Mauvaise nouvelle pour certain.e.s donc : à la différence d’une comédie romantique où à la fin l’ordre du monde – c’est-à-dire l’ordre hétérosexiste – est rétabli, l’histoire de la psychanalyse n’est pas (seulement) une charmante découverte où un homme, Freud, à l’écoute des femmes, les susnommées patientes hystériques, se rencontrent pour donner naissance à un savoir qui a changé notre rapport au savoir. Bref, tu le vois, les naïvetés oedipiennes continuent d’opérer et si L’Homosexualité de Freud a pu contribuer à réviser quelque peu ce point, j’en suis ravi.

Tu travailles au sein d’une association qui aide les personnes transgenres prostituées à s’insérer socio-professionnellement ou tout du moins à vivre avec la prostitution, vois-tu statistiquement un nombre probant de personnes transgenres trouver un emploi en dehors de la prostitution ?

Je n’ai pas d’éléments statistiques à te fournir. A ma connaissance, il n’y a pas de travaux sur l’insertion socio-professionnelle des personnes transgenres, concernées par la prostitution ou non, et les difficultés qu’elles rencontrent. Du fait de l’objet même de l’association qui m’emploie où est proposé un hébergement couplé à un accompagnement par un travailleur social et une psychologue, je suis plutôt au contact de personnes dont le parcours social est marqué par l’exclusion, le rejet et la précarité. Je constate effectivement les plus grandes difficultés pour elles d’accéder à un emploi stable et suffisamment rémunéré… l’alternative au travail du sexe est souvent un emploi disqualifié, pénible et mal payé même s’il existe des tentatives pour identifier et transférer les compétences acquises dans la rue ou ailleurs vers la sphère professionnelle au sens ordinaire où s’entend cette formule. Autre difficulté : les personnes ont souvent intériorisé le fait qu’elles sont de mauvaises personnes… et tout ceci dans un contexte social dur et injuste. Je me souviens d’une scène déterminante pour moi : nous sommes en 2007, j’accompagne une personne transgenre pour une démarche administrative. Nous cheminons paisiblement boulevard Clichy à Paris, un type sort d’une boulangerie, nous regarde et l’insulte : « sale travelo ! »… J’ai compris ce jour-là qu’il y avait un droit à l’injure vis à vis des personnes transgenres et, au final, une très grande tolérance sociale concernant les discriminations dont elles font l’objet, discriminations qui généralement s’exercent de manière moins violente, plus sournoise, où l’agresseur devient vite l’agressé s’il est renvoyé à son comportement.

C’est pourquoi la décision récente de l’OMS de ne plus considérer les transidentités comme un trouble mental est extrêmement importante. Premièrement, on vérifie une fois encore que c’est la pression sociale – autrement dit le désir – qui délimite pour une part les attendus de la doxa psychiatrique. Deuxièmement, cette décision devrait permettre de mieux lutter contre les discriminations et la stigmatisation des personnes transidentitaires en considérant toutefois, qu’elles ont besoin d’un accès favorisé à des soins spécifiques lorsqu’elles souhaitent engager un parcours de transition, notamment lorsqu’elles sont mineures.

Pour autant, même dégagées des catégories de classement psychiatrique, une personne transgenre, comme tout sujet, n’échappent pas à la possibilité de connaître des troubles mentaux ou une peine de vivre non nécessairement liés aux difficultés sociales qu’elle affronte. Il me semble donc que la décision de l’OMS ne remet pas en cause l’intérêt du diagnostic différentiel tel qu’on l’entend en psychanalyse. Autrement dit, vouloir par exemple être un homme ou une femme ne règle pas la question de l’homme ou de la femme que je peux être… Or seule la psychanalyse parce qu’elle traite du manque à être propose un outil, au cas par cas, pour qui veut résoudre cette question. Par conséquent, je trouve très problématique un style de psychanalyse qui remet en cause les principaux outils théoriques à notre disposition – par ex. la fonction phallique qu’il serait moderne de jeter par dessus les moulins lacaniens – sans proposer autre chose de plus consistant. Dans cette veine, il n’est même plus possible d’aborder la question des transidentités articulée à celle de la psychose… c’est un immense problème qui introduit la méconnaissance et dans le pire des cas impose un devoir être ; Bref, c’est un agent du refoulement… C’est aussi un immense problème pour celles et ceux qui sont épinglés au signifiant « trouble mental » car ils et elles doivent savoir que, faute de soins adaptés, leur espérance de vie sera écourtée de 20 ans ! Les causes principales du décès nous dit une étude de l’INVS publiée en 20172 sont des maladies cardiovasculaires ou des cancers, ce qui laisse penser à un défaut de prise en charge. Pourquoi en 2017 en France les fous vivent-ils vingt années de moins que les autres ? Parce la société les préfère morts… Autrement dit, évacuer le diagnostic différentiel – même si celui-ci doit être soumis à un travail critique rigoureux pour en déminer la violence intrinsèque – c’est déjà une manière de reléguer les fous et leur folie aux confins de l’humanité. Il est donc crucial que les personnes transidentitaires concernées par des troubles mentaux le sachent car leur lutte pour la vie à laquelle elles aspirent sera encore plus difficile que ce qu’elles imaginent… qu’elles devront trouver des alliés… Naturellement la surmortalité des personnes souffrant de troubles mentaux est connue depuis longtemps… déjà en 1983 le psychanalyste Jean Clavreul le pointait dans l’entretien qu’il accordait à Daniel Friedmann3.

En quoi, selon-toi l’approche interdisciplinaire qui est la tienne, composée : d’histoire de sciences sociales avec un fin regard de psychanalyste mêlé à l’expérience de terrain du médico-social permet d’obtenir une vision, à la fois subjective mais, en même temps objective des faits sociaux ?

Tu soulèves une question très complexe (pour moi) et je ne ferais que la survoler ici. Je m’efforce de réfléchir aux problèmes que je construis en les considérant sous plusieurs plans à la fois. L’enjeu, pour sortir d’une posture positiviste voire idéologique, est d’apercevoir par exemple ce qui ne peut être résorbé par l’histoire et les sciences sociales lorsqu’on examine un fait social. Autrement dit, le paradigme historique permet de porter un point de vue historique sur un fait social, de le mettre en récit, qui se trouve en même temps limité par le point de vue lui-même… qu’est ce qui reste du fait social une fois qu’on l’a décrit à partir du paradigme historique ? Il en va de même de l’objectivation produite par la sociologie ou l’anthropologie… elle produit toujours un reste non résorbable du fait même du paradigme sociologique ou anthropologique… la question est donc tout autant l’objet que le point de vue sur l’objet qui sont irrémédiablement liés, au sens qu’il y a toujours quelque chose de l’observateur dans ce qui est observé. C’est ici que la psychanalyse entre en ligne de compte. Parce que Freud a établi qu’une même logique inconsciente opère du cas au collectif, que Lacan à la suite de Lévi-Strauss a isolé le principe d’homologie des structures, nous disposons des outils théoriques pour liquider ce reste produit par l’objectivation. Autrement dit encore, pour conserver la puissance heuristique de la psychanalyse, il est utile dans l’analyse d’un fait social ou psychique de s’appuyer dans un premier temps sur les sciences affines pour décrire et isoler ce qui est cliniquement constaté. Dans un second temps, la psychanalyse est à même de compléter, du point de vue psychanalytique, ce produit de l’objectivation scientifique… De manière pragmatique, j’estime qu’il est temps de relire Lacan à l’aune des discours actuels notamment sur les sexualités minorisées pour en repérer les éléments datés, comme lui même le fit s’agissant du corpus doctrinal freudien et, pour ceux ou celles qui y parviennent, proposer des solutions nouvelles à ces problèmes cruciaux pour la psychanalyse à partir d’arguments internes à la psychanalyse…

Enfin, vois-tu pour les mois et les années proches une perspective nouvelle (dite : « Queer ») se dessiner dans la clinique psychanalytique, au niveau institutionnel (hospitalier,  lieux d’expression artistique, carcéral etc.) ?  

Qu’une perspective queer se dessine c’est toujours bon à prendre s’il s’agit de conquérir un peu plus de liberté au regard des normes de classes ou des normes religieuses particulièrement pesantes qui visent à dire à chacun non ce qu’il est mais ce qu’il devrait être. Or il se trouve que la psychanalyse – en tant que théorie de la subjectivité – me semble terriblement efficace pour éclairer le sujet sur ce qui l’anime et les conditions de son désir, bien plus que la perspective queer qui ressemble parfois à un catalogue des identités fussent-elles situées. D’ailleurs cette notion d’identité me paraît quand même très peu de chose au regard de la complexité de la vie humaine lorsque celle-ci se dilate à la mesure de toute la vie – lire à ce propos La Vie lente4 par Abdellah Taïa, nouveau roman qui ouvre à des aspects de l’existence au delà de soi. Vraiment c’est très peu de chose cette affaire d’identité souvent confondue, du reste, avec l’appartenance… et réduire ma condition subjective à une série d’images qui viennent de l’autre, en faire une condition politique de mon existence, c’est me semble-t-il là aussi d’un conformisme achevé où l’ordre normatif et ses assignations morbides opèrent à pleine puissance. Bref, face à cette notion d’identité, si peu psychanalytique au fond, l’idéologie n’est jamais très loin… croire en l’identité, c’est oublier qu’il n’y a pas de porte à la cage où nous ne sommes pas retenus… L’identité participe de la logique du fantasme et il n’est pas vain de vouloir en isoler les termes pour dégager le désir de cette gangue qui l’enferme.

Du reste, même s’il présente tous les atours de la nouveauté, le Queer ne l’est pas tant que ça… jusqu’aux années 1970, on parlait de camp… Qu’on relise la revue Trois milliards de pervers5, ainsi que, par exemple, les écrits de Guy Hocquenghem, Daniel Guérin, Pier Paolo Pasolini, Tony Duvert ou encore, dans un autre registre, Shulamith Firestone en particulier La dialectique du sexe6 où, il y a près de 50 ans – 50 ans ! -, elle réclamait déjà l’abolition des différences sexuelles elles-mêmes… son chapitre intitulé Pour l’abolition de l’enfance est très marrant aussi… il fleure-là un parfum de radicalité bien loin des tiédeurs actuelles qui ne sont au fond qu’une répétition de l’histoire n’échappant pas à l’ordre qu’elle croit dénoncer.

Pour autant, tu as raison de le souligner, il y a quelque chose de nouveau : désormais la psychanalyse est mise au travail par cet effort théorique désigné sous le nom de queer et on lira avec profit l’ouvrage remarquable de Fabrice Bourlez, Queer psychanalyse7 qui parcourt la bibliothèque Queer articulée à la doctrine freudo-lacanienne sans jamais lâcher la question de la clinique. C’est suffisamment rare pour le souligner… Quand je dis que c’est nouveau cette manière de mettre la psychanalyse au travail, il s’agit d’être précis sans verser dans l’acribie : dans le cadre de ma thèse, j’ai dépouillé toutes les revues françaises de psychanalyse, de psychologie et de psychiatrie parues entre 1925 et 2005 pour identifier les travaux sur l’homosexualité masculine ; soit un corpus de 191 revues. Or, je me suis aperçu de ceci : si 11% des articles colligés traitent de la psychanalyse interrogée par le discours savant homosexuel, je n’ai trouvé aucun article sur l’homosexualité masculine comme fait social dans le contexte de mai 68 dans notre corpus de revues, alors qu’à cette époque, le discours psychanalytique est particulièrement prégnant dans le discours public savant, qu’il existe des revues homosexuelles qui accueillent des travaux psychanalytiques comme Arcadie, que se constituent les premiers groupes homosexuels d’action politique comme le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, (le FHAR) ou les Gazolines, que des intellectuels gays interrogent le paradigme freudien. Autrement dit, une visibilité homosexuelle militante émerge vers 1970, qui succède à une homosexualité plus festive d’avant les années 1930, sans produire d’effets sur le discours psychanalytique, en tout cas celui qui circule dans les revues savantes du champ, à la différence de ce qui se produira en 1999 avec le vote sur le PaCS et la question sous-jacente de la filiation homosexuelle, puis treize ans plus tard, avec le vote de la loi autorisant le mariage pour tous. Les puristes ou les conservateurs peuvent bien considérer que cette psychanalyse en prise avec d’autres discours actuels est, disons, plus hétéronome… donc plus affectée par l’air du temps… C’est une manière de voir… c’est aussi une manière de ne pas voir que ce qui était impensable il y a seulement quelques années s’agissant des sexualités minorisées n’était, au final, que l’effet d’un impensé.

Propos recueillis par Sara-Aviva, juin 2019.

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1 Lacan Jacques, Le Séminaire – livre II : Le moi dans les écrits techniques de Freud, Paris, Le Seuil, 1978, p. 150.

2 Ha C., Decool E., Chan Chee C., « Mortalité́ des personnes souffrant de troubles mentaux. Analyse en causes multiples des certificats de décès en France, 2000-2013 », Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire, 2017, (23):500-8.

3 Friedmann Daniel, Etre psychanalyste. Entretiens filmés entre 1983 et 2008, Editions Montparnasse.

4 Taïa Abdellah, La Vie lente, Paris, Le Seuil, 2019.

5 Coll., Trois milliards de pervers. Grande Encyclopédie des Homosexualités, Recherches, mars 1973.

6 Firestone Shulamith, La Dialectique du sexe, Paris, Stock, 1970.

7 Bourlez Fabrice, Queer psychanalyse. Clinique mineure et déconstruction du genre, Paris, Hermann, 2018.