Brigitte Brami, une femme à l’énergie de feu (entretien autour de son livre « Corps Imaginaires », éditions Unicité).

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Photographie par Chris Gerbaud (Sara-Aviva).

 

« Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour » Jean Genet.
« Faites du bruit, faites beaucoup de bruit Cher.e.s ami.e.s car Sana n’a pas toujours eu son mandat, ni son kebab, ni son couscous, ni sa pizza, ni sa permission, ni sa libération à la barre pas plus que sa guérison. … Faites du bruit, applaudissez donc cher.e.s ami.e.s, , car Sana nous entend depuis sa cellule de la maison d’arrêt de Fleury-Merogis, et elle lève sa canne comme un poing tendu en guise de remerciement. Et tout le métal des prothèses de tous les handicapé.e.s de la France entière passant en ce moment même sous tous les portails de sécurité de tous les lieux d’enfermement enclenchera un bruit, oui, un bruit de clou du spectacle; un bruit de feu d’artifice. » Brigitte Brami dans Corps imaginaires, éditions Unicité.

Récemment, j’ai dîné avec Brigitte Brami et je lis son écriture claire. Clair comme du Briggite Brami et puisant dans les expériences de vie, de verbe et de musique des corps, comme du Amy Winhouse. Brigitte est une écrivaine et poète qui « prophétise » les relations humaines des femmes qui ont une énergie de fer mais font face à une société de béton. Chère Brigitte, je vais te poser quelques questions à brûle-pourpoint sur la réédition de ton livre « Corps imaginaires », ce premier trimestre 2019. Tu y parles de la prison à Fleury Mérogis, de tes rencontres et d’amour de l’être humain. Ce qui m’intéresse est la clarté de ton écriture et sa dimension d’implication existentielle dans la vie.

– Que pourrais-tu dire, à propos de Jean Genet sur le passage de statut de personne incarcérée à celui de poète, et inversement ?
J’aime beaucoup ton « inversement » ! J’ai toujours été un poète – et non une poétesse qui désigne la femme du poète ! -. J’ai compris à la mort de mon magnifique frère, Philippe Brami, qui a révélé les véritables intentions malveillantes et malfaisantes du reste de ma famille que si j’ai été incarcérée, au delà des chefs d’accusation à mon encontre qui n’ont jamais tenu la route, c’était parce que ma famille m’avait assignée à cette place de coupable – cf René Girard et son concept de bouc-émissaire. Ma mère m’a accouchée, elle m’a pondue ou même chiée – pour reprendre une expression de Jean Genet dans sa pièce : Les Nègres. Elle a très rapidement découvert qu’elle avait fait naître un poète, à son insu évidemment : Brigitte Brami ! Et n’a jamais assumé ça. L’État français, lui, a cru incarcérer une délinquante mais il s’est planté comme il s’est planté avec Rimbaud, Villon, Genet, Verlaine, Albertine Sarrazin, il est sidéré après coup par son acte qui réitère sa folie d’avoir enfermé ces personnes là. Mais c’est trop tard puisque la prison est une blessure indélébile autant qu’une chance de faire désormais partie et à vie de la part maudite de l’humanité et d’avoir été enfermé.e. dans cette espèce d’égout de la société.

– A ce jour, que penses-tu de l’état des prisons en France, est-ce qu’il pourrait refléter un autre état des lieux : le regard accordé à la folie (et sa médicalisation psychiatrique), aux migrants, aux figures de l’Autre ?

Je vais répondre à ta question assez attendue par une phrase courte et provocatrice qu’a écrite Jean Genet à propos de sa pièce Les Bonnes : « Il y a un syndicat des gens de maison pour défendre les domestiques « . Je te dis : il y a d’excellentes associations qui œuvrent à améliorer le bien-être des détenu.e.s . À l’heure où je te parle, je me sens davantage dans une compréhension du monde poétique plutôt que politique, ce qui n’est pas toujours le cas … .Je navigue entre ces deux états d’être : la poésie et le politique. Dans une position instable et même intenable et c’est bien ainsi ».
– Si les choses semblent avancer en matière de féminisme et de luttes LGBTQI en France depuis cinq ans : est-ce que selon toi il pourrait y avoir un jour un retour fasciste où présiderait principalement une menace – pour reprendre l’expression du psychanalyste Wilhelm Reich la « peste-émotionnelle » (haine de l’Autre : ce féminin en chacun.e de nous tout.e.s) ?
Je ne sais pas trop ce qu’est le féminin et le masculin et cette vision.binaire d’évaluer les personnes et leurs pratiques sexuelles. Rien n’est figé à mes yeux et à cet endroit là. Quand le très réactionnaire Freud classe de façon mortifère dans la société de la grande bourgeoisie viennoise de son temps. Il fixe de façon fallacieuse des rôles sexués et une famille. Reich a beaucoup plus fait bouger le cocotier. Le fascisme ? Le poète le tuent chaque jour à l’intérieur de lui-même.
Le fascisme peut prendre des formes inattendues. Il est décelable par ceux et celles qui le portent et montrent en creux l’exclusion des autres quand par exemple dans un endroit il n’y a que des hommes blancs de 30 à 50 ans qui prétendent représenter le peuple.

– La parole accordée aux femmes change. Penses-tu qu’il faudrait faire passer de nouvelles lois en matière de discrimination, ou au contraire penses-tu que seule la poésie peut être une arme spirituelle, afin de faire changer les représentions sur le plan des mœurs ? Les deux pourraient-ils constituer ce que l’on tente encore de nommer : « République » (« chose publique ») ?
Je n’aime pas les lois, j’aime la morale. Et hélas trop souvent les lois sont déloyales ! S’il faut passer par les flics au commissariat pour se plaindre, c’est affligeant ! Je suis pour une action à la Valerie Solanas dans son fameux « Manifesto ».
(cf : https://fr.wikipedia.org/wiki/SCUM_Manifesto).

– Quel héritage penses-tu avoir acquis dans ton œuvre (dans sa globalité) en matière de « théories-queer » ?
L’héritage queer passe en ce qui me concerne par celui de Jean Genet que je vois comme le premier queer français ! Je n’ai pas une identité sexuelle vraiment stable bien que je tienne à me définir comme une lesbienne féministe. J’ai 55 ans et avec l’âge j’ai changé, ce n’est en effet que très récemment que je suis attirée par des femmes qui ressemblent au portrait physique que l’on attend des femmes. Avant c’était le contraire … Mais il se peut que je change encore une fois, c’est aussi une façon personnelle pour moi de changer de sexe !

– Je terminerai cet entretien en te demandant, à partir de ton travail sur Jean Genet, quelle est ta madeleine proustienne ?
« … Tu poses une excellente question Chris puisque Jean Genet a été subjugué par l’écriture proustienne, le premier livre de Proust lu par Genet lui a fait comprendre qu’il irait de merveille en merveille. Il a fait subir à la littérature proustienne son anamnèse personnelle et l’a recrachée après l’avoir violentée de l’intérieur, ça a donné ce style superbe, genetien, ce magnifique combat avec la belle langue française qu’est son écriture ! Ma madeleine ? Les souvenirs liés à la maladie – je suis née malade atteinte d’une maladie génétique rare, incurable, mortelle et orpheline, à laquelle j’ai pourtant survécu. Et puis la poésie a été là pour me sauver existentiellement.
« Thérèse a vécu son corps comme entièrement aliéné à la cour de promenade, à sa cellule, au petit espace des parloirs, aux contingences. Elle en est morte. Tandis que Sana a déréalisé et réinventé son corps, elle a ainsi agrandi la cour de promenade, sa cellule, le petit espace des parloirs et fait fi des contingences, elle a survécu. Tout corps est imaginaire, quand il est enfermé, quand il jouit, quand il meurt. Et surtout quand il se regarde dans le miroir. » Brigitte Brami dans Corps imaginaires.

Propos recueillis par Chris Gerbaud (Sara-Aviva), avril 2019.

Lien éditeur :

http://www.editions-unicite.fr/auteurs/BRAMI-Brigitte/corps-imaginaires/index.php

« Demain, je pars pour Alger » : vers un progressisme vs le conservatisme parisien … ?

 

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Place de la République à Paris, ce dimanche, contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Photo Marc Chaumeil pour le journal Libération. 

« C’est un vrai sujet. Je pense que c’est le plus gros « objet »’ politique des prochains jours et semaines, sur fond d’élections européennes. Ça mobilise en temps le président de la République et le Premier ministre », a confié à ce titre un ministre interrogé par l’Agence France-Presse (AFP). « Instabilité, questions de sécurité, immigration, questions économiques, ressenti et comportements de nos compatriotes franco-algériens… »: Les possibles répercussions sont nombreuses, s’inquiète Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, comme l’a révélé L’Obs.

 Paris-Alger, qui est qui ?

 

« L’Algérie aspire à la liberté tandis que l’islam intégriste s’impose en France. Un système de vases communicants. Reste qu’il faut prendre plus que jamais avec des pincettes toute info sur l’Algérie » écrivait le journaliste Jean-Louis Ronchon. Depuis hier, Albert (dit Abdel, pour les intimes) Camus semble ressuscité, comme si revenant à Alger. Ce sont plusieurs dizaines de milliers d’Algériens qui défilent. Le 1er mars dans le centre d’Alger et dans le reste du pays. Contre la perspective d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, il y a une levée de bouclier très nette. En face : une police apparaissant débordée. « Pouvoir assassin ! » a scandé à Alger une foule non négligeable. Sur les réseaux sociaux, l’Etat brouille les connexions. Ce qui est difficile à évaluer précisément ce sont les milliers de manifestants. Ces derniers brandissaient des drapeaux algériens, et étaient alors rassemblés près de la place de la Grande-Poste, bâtiment emblématique du centre de la capitale. Au moins dix personnes ont été blessées lors d’affrontements entre policiers et groupes de jeunes manifestants.

Comment ne pas envisager un « envers » et un « endroit » inversé entre Paris / Alger / Paris ? Du reste il y a un an et demie sortait le documentaire : « N’allez pas en Algérie » qui était une exhortation à la compréhension du grand mouvement du monde, Héraclite disait que « l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». On peut être la détestation sociale incarnée, donc être  paradoxalement dépositaire d’une certaine grâce … Cosmopolitique ! « Demain, je pars pour Alger » – ce pourrait de la sorte le titre d’un article d’une judéo-berbère, trans (genre – etc.), libre penseuse et libertine, contre les voiles ou pas …., déconstruisant les stéréotypes, aimant la polémique et, enfin psychanalyste à ses heures … histoire d’écouter un peu les gens…! Dire de la sorte : « Ah.. !

Alger… la Belle … » :

 

Le vrai voile est celui des faveurs …

« Shalom-Salam » a-t-on donc envie de saluer… en ces temps troubles l’antisémitisme parisien et de racisme porté sur l’ africain, retourné contre soi-même en Algérie. Car, l’antisémitisme est un racisme et le racisme procède toujours de la haine de l’Autre, donc de l’Africain ce qui veut aussi dire du Juif – puisque Moise était Africain. Et s’il il a un « blocage », face au mur politique à Alger en ce moment cela semble relever du changement de paradigme éthique et donc politique.

Les gilets jaunes rament. Et les Algériens tirent les voiles … ! Le progressisme reste une idée liée au changement par le meilleur –, même si Jacques Lacan disait que la révolution revient toujours à la même place, « que-néni », Jacques dés le départ était positionné en une place et n’avait aucun intérêt à voir un changement apparaitre… N’est pas fou qui veut, et lui l’était, mais pour le sublime ! Ce progressisme malheureusement ne veut pas toujours dire la chose la plus « correcte ». Mais révolutionner la cité est nécessaire surtout quand l’Occident est devenu obscurantiste et l’Afrique du Nord ne rêve plus que d’une chose : un retour des Lumières.

Pendant ce temps en France, Balard, samedi (Paris15) la dispersion est toujours légion, là où à Alger l’unité semble de mise… là où… les pauvres en France s’insultent, se violentent arguant qu’ils n’ont pas assez d’argent pour vivre – est-ce que cela pourrait légitimer un comportement violent ? (…)

 

 Comment ne pas soutenir « #lesgiletsjaunes » ?

 

Face à cette machine à broyer qu’est l’Etat théocratique Français… comment agir ? Ailleurs, la sécularisation de l’Islam avance. Ici en mars 2019, en France une personne en situation de handicap (important) Marcel Nuss qui soutient les gilets jaunes témoigne de son désarroi : « Alors qu’un recours a été déposé l’année dernière, que je suis convoqué au tribunal le 13 mars, le Département du Bas-Rhin a demandé au Trésor Public de faire une saisie sur mon compte bancaire ! Ils ont même pris l’AAH et les charges spécifiques provenant de la PCH (prestation à la compensation du handicap), me laissant 76 €… pour couvrir les dépenses faites avec ma carte de crédit ! La loi est pourtant très claire, me semble-t-il : si une action en justice est en cours, on ne peut pas faire de saisie, de même qu’on ne peut pas saisir l’AAH ou tout autre minima social. Et pour couronner le tout, ma banque me vire comme un malpropre, clôturant le compte-courant et le compte joint sans aucune explication, juste parce qu’on vient d’ordonner une saisie sur mon compte ! C’est hallucinant ! Et ça se passe en France.».

Comme nous sommes toutes et tous exilés – nous sommes aussi des enfants d’Albert Camus. Le Gouvernement Général trouve insupportable le style de Camus dans son grand reportage « Enquête en Kabylie », publié en 1939. « Il est méprisable de dire que le peuple Kabyle s’adapte à la misère. Il est méprisable de dire que ce peuple n’a pas les mêmes besoins que nous… Il est curieux de voir comment les qualités d’un peuple peuvent servir à justifier l’abaissement où on le tient et comment la frugalité proverbiale du paysan Kabyle est appelée à justifier la faim qui le ronge. » Suite à cette série d’articles, une censure est mise en place qui aboutira à l’exclusion de Camus du journalisme algérois ; de plus, il ne pourra retrouver de travail à Alger. Juifs-Arabes-Musulmans-Gilets-Jaunes et personnes en situation de handicap ; sommes tout à fait ballotés par cette – comment dire autrement ? Cette montée collapsologique des eaux…- dans la même galère ! Tenons la barre (80 ans après Abdel Camus), celle des rayons du soleil !

 

 

 

 

 

Contre la psychologisation : Éloge de l’effort physique et spirituel !

Gilets rose

« Le rassurant de l’équilibre,
c’est que rien ne bouge.
Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour tout faire bouger. »
Julien Gracq.

 
« La vie est courte et nous nous devons de lui accorder un soin extrême. Mais elle peut paraître très longue. Femmes, personnes âgées, en situation de handicap.s, malades, sdf, toxicomanes, etc. Ces vies, sans réelles possibilités de solidarité sont très longues, l’attente chronique (« asilaire », errante) peut aussi paraître infinie … Lorsque nous n’avons pas les moyens : culturels, de réseaux sociaux, économiques, spirituels pour trouver un emploi, un logement, une vie amoureuse, pouvoir élever un enfant, mener une vie à peu près décente, avec un revenu supérieur à 900 euros/mois, nous faisons face au mur de la réalité et des cooptations impossibles, à ce mur de classe, symbolique et physique – lequel part bien souvent de la peur bourgeoise du corps vulnérable ou « infirme ». Si depuis 1870, l’empire financier gouverne la politique du pays, il est aussi juste de voir que notre politique néolibérale actuelle mène une guerre économique contre les plus faibles en favorisant une atomisation de la société, une rupture du lien culturel et social – qui est une forme de « distinction » se jouant au niveau des mots : d’une classe sociale, d’une ethnie, d’un genre à l’autre -. Il s’agit d’un ravage sur la scène du social. Ayant parfaitement détruit tout lien social, depuis des décennies. Même si du point de vue des mœurs la condition des femmes (« cisgenres » : femmes naturelles ou « transgenres » : femmes ayant changé d’identité corporelle) depuis 60 ans tend à s’améliorer. On ne peut nullement penser la condition individuelle de précarité des femmes sans penser à l’inclusion concrète de ces dernières au sein de l’économie contemporaine ! D’un côté l’économie financière tue très rapidement les individus, toutes les statistiques de santé publique récentes (2017 /2019 en matière de cancers ou de suicides) démontrent cela. D’un autre côté, l’état des mœurs et par voie de conséquence des lois progresse petit à petit ce qui permet à ces dernières voies de s’exprimer à travers les réseaux sociaux, ouvrant la possibilité de paroles semi-publiques ou publiques (au sens premier de la « Démocratie ») qui, il y a 200 ans n’auraient pas pu avoir voie au chapitre. A ce sujet, je vais citer les propos du prérévolutionnaire –  enfin, cela serait certainement à développer Historiquement, dans une approche critique de Jean-Jacques Rousseau. L’injustice née de l’inégalité morale ou politique, comme l’appelle Rousseau pour la distinguer de l’inégalité naturelle ou physique, est magistralement décrite dans un passage de son article « Économie politique » de l’Encyclopédie. Il mérite d’être cité en entier :

« La confédération sociale […] protège fortement les immenses possessions du riche et laisse à peine un misérable jouir de la chaumière qu’il a construite de ses mains. Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? toutes les grâces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées ? et l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur ? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de son impunité ? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes et les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, et dont au bout de six mois il n’est plus question ? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussitôt en mouvement, et malheur aux innocents qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux ? voilà ses escortes en campagne ; l’essieu de sa chaise vient-il à rompre ? tout vole à son secours ; fait-on du bruit à sa porte ? il dit un mot et tout se tait ; la foule l’incommode-t-elle ? il fait un signe et tout se range ; un charretier se trouve sur on passage ? ses gens sont prêts à l’assommer ; et cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seraient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ses égards ne lui coûtent pas un sou ; ils sont le prix de l’homme riche et non le prix de la richesse. /Que le tableau du pauvre est différent ! Plus l’humanité lui doit, plus la société lui refuse : toutes les portes lui sont fermées, même quand il a le droit de les faire ouvrir ; et si quelquefois il obtient justice, c’est avec plus de peine qu’un autre n’obtiendrait grâce ; s’il a des corvées à faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence ; il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a le crédit de se faire exempter ; au moindre accident qui lui arrive, chacun se détourne de lui ; si sa pauvre charrette renverse, loin de d’être aidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant les avanies des gens lestes d’un jeune duc : en un mot, toute assistance gratuite le fruit au besoin, précisément parce qu’il na pas de quoi la payer ; mais je le tiens pour un homme perdu, s’il a le malheur d’avoir l’âme honnête, une fille aimable, et un puissant voisin » J-J Rousseau – dans le « Discours sur l’économie politique » (1755).Ce texte nous pose une question claire et d’actualité : est-ce que le fait d’être mis.e au ban de la société veut nécessairement dire que ces personnes sont paranoïaques ? Comme le dit le grand cinéaste Woody Allen : « On peut être paranoïaque et avoir réellement des ennemis ». Certes, mais il convient de dire que ces rapports de force contemporains, nous femmes… (biologiques ou culturelles) nous montrent que nous pouvons être vulnérables et en même temps puissantes ! Dans le même temps nous pouvons être hystériques et/ou paranoïaques mais parfaitement lucides face au rôle Historique joué par les héritier.es privilèges (?), disposant de « réseaux de cooptation ». Dans cette vie, là où nous faisons 10 gestes pour pouvoir survivre et péniblement militer puis montrer notre courage, vous (?), vous faites 2 gestes et, n’avez qu’à être là, présentes et sollicitées par les médias, les partis politiques, les employeurs potentiels pour exister Que la lutte continue !
Je vous remercie de votre attention ». Chris Gerbaud DISCOURS FÉMINISTE AUX GILETS JAUNES – 7 ffévrier 2019.

Nous ne sommes pas libres, mais tout de même …

Dire à un être humain qu’il doit assumer sa vie, parce qu’il a une maladie, un handicap, une sexualité « non-conforme », une manière de s’exprimer différente laisserait supposer que nous choisissions la « volition », ce qui veut dire le mouvement, le désir qui anime nos corps et engendre la volonté, dire cela voudrait aussi dire qu’un être humain doit assumer ce qu’il le « met sur le ban » et cela  n’a strictement aucun sens. Primo. Nous ne savons pas ce que peut notre corps – disait Spinoza. Secuondo. La nature ne relève ni du bien ni du mal, elle fait son petit bonhomme de chemin, avec des efforts pour persévérer dans le processus de la vie. Il est toujours ainsi plus aisé de vouloir responsabiliser une personne qui n’a aucune prise sur ce qui lui arrive qu’une personne qui pense avoir « choisi sa vie », être libre etc. Ne pas psychologiser, cela veut dire : n’avoir strictement aucun intérêt pour les causes qui engendrent tel ou tel comportement humain. Car si l’on ne choisit pas sa vie, l’on choisit ce que l’on peut en faire (- sur ce point il convient de prendre la mesure de la leçon freudienne : nous sommes déterminées par notre naissance mais une brèche-existentielle de « libre-arbitre-sartrien » peut parfois s’ouvrir…sur le chemin de nos vies. -) ; nous ne pouvons pas grand-chose sur nos symptômes, en revanche ce qui relève de notre responsabilité est l’effort que nous employons à construire un édifice qui se tienne… à peu près droit. Avoir un emploi qui permette de remplir payer les factures et remplir le frigo, un logement, des enfants, éventuellement faire du sport ou pratiquer des arts, afin de canaliser nos énergies négatives ; réaliser cela est déjà une chose tout à fait considérable. Énorme !

 

Ainsi, depuis le XXème siècle, dans l’héritage « positiviste » (Auguste Comte) et notre contemporanéité est également encline au raisonnement « ingénieurial » qui donna lieu aux à la gestion des ressources humaines, nous savons que la fonction de GRH est née dans les années 1850-1944. A partir de De 1944 à 1990, la fonction a connu un essor du fait des deux chocs pétroliers consécutifs (licenciement) mais aussi des mouvements portés par divers ingénieurs engendrant : Taylorisme, Fordisme, Toyotisme etc.). Notons par ailleurs, que le cerveau et son pendant : l’intellect (la spiritualité) ce tout relève du cœur (des hommes semblaient sensibles à ce lien : B. Pascal, J-J Rousseau voire M. Blanchot) – contre toute apparence et stéréotypes de pensée aux catégories mentales trop simples, nos intelligences sont diverses et complexes  Ainsi, il en va de la passion et, la passion est à réguler en société, notamment par l’éthique et le droit.  Par manière  de référence au philosophe Emmanuel  Levinas, il serait même possible d’ajouter que le visage est un paysage (intérieur et extérieur). L’éros et l’éthique du visage font jouer une équivoque, dans le miroir de la personne « transgenre » ; en ce sens, je suis responsable d’Autrui. Responsable dans le désir qui me porte à nu au : « trouble dans le genre » (ce qui délie une sorte de nœud de la société par sa remise en question de la binarité de genre des êtres…) et peut aussi être créateur de responsabilité interindividuelle et désirante. Donc, lorsque l’on peut : physiquement et spirituellement ou inconsciemment on veut ; la phrase qui consiste à dire : « Quand on veut on peut » relève de la pure idéologie ?  – probelement trop simplificatrice, réductrice … – et ne correspond souvent à rien en termes biologiques et médicaux, cela dépend du sens qu’on donne à la phrase, Car des philosophes comme Hans Jonas ou Emmanuel Kant nous porteraient à penser autrement.

 

Mener une vie philosophique, éthique et pratique dans la non-nuisance !

 

Finalement, la vie est simple. Si je ne me contraignais pas, par éthique, à écrire, courir parfois une heure et demie, peindre, dessiner, filmer, chanter, réaliser, mettre en scène ; je passerais mes journées à boire du vin rouge et en techniques onanistes « Femme-putain-soumise-esclave » de la mère imaginaire, cela me ressemble, certainement Car, oui… je suis une « héros-ine », je travaille ; comme une « dingue » parce que la société valorise le sport, les arts et, ostracise (encore plus les « branleuses »). Ce qui est décalé, (« perché » … « hipe » (« déconnant », « délirant », « provocateur » … ?) dans ce que je te dis, qu’est-ce ? Juste le fait de continuer à lutter à bientôt quarante ans en ayant été abandonné.e par la mère, ce qui est – « grosso modo » – un véritable exploit ! Ce qui constitue enfin d’une manière parfaitement adéquate une idée de la volonté. De la puissance corporelle et spirituelle est à l’œuvre au milieu de cette vie dans le sillon de la : « grande santé nietzschéenne » – à partir de là, accepter ce que nous sommes, vivre au présent et ne pas nuire (ne forcer personne à quoi que ce soit, mais seulement s’efforcer soi-même d’Aimer, travailler comprendre donc apprendre) reste une ligne de conduite éthique à tenir ! Cela signifie que la volonté générale – celle des gilets jaunes, des internautes ou des concitoyens que nous sommes dans la rue … –  est la volonté et l’effort de chacun et non une fictive volonté collective.


Chacun.e, en tant qu’être raisonnable et éthique sait que, si son intérêt propre n’est pas exactement l’intérêt public, il est cependant totalement suspendu à ce dernier et, c’est ce que souvent chacun entend dans les crises et les guerres. Bien sûr, tant que je suis aussi déraisonnable ; c’est là que j’imagine séparer les deux. La grande difficulté à laquelle se heurtent aussi bien les sages institutions que la plus perspicace éducation, c’est que si chacun est capable de voir où est le meilleur, cela n’empêche souvent pas de faire le pire ; d’où la nécessité de relire Jean-Jacques Rousseau à la lumière des lunettes spinozistes et freudiennes ; quitte à me répéter, avec des références probablement par top masculines : « primum non-nocere » !

Par Chris Gerbaud, votre serveuse; le dimanche 10 février 2019.

 

 

« LA DISCRIMINATION EST UN DÉLIRE, ELLE N’EXISTE PAS » : De l’art de Sauver sa Peau …

 

« Les femmes sont vulnérables au murmure de l’âme et l’art de la séduction est fait de délicatesse. »
Romain Gary

 

Je mène la guerre économique, par mes seins et en « Cul-Tue-Rieuse » !

 

Celles et ceux qui n’ont pas besoin de faire la pute existent réellement, ils représentent une frange du pays que l’on nomme « les dominants » ! Ils se rient de moi et je leur fais pipi à la figure. Qui sont-ils ? Ce sont des « privilégies », des gens « favorisés » qui, dans le bonheur de leur réseau sont heureux de ne pas être « jaunes  si petits … » arborant un gilet neutre et anonyme ; capables de me piquer mes idées et de vêtir avec fierté leur petite réussite sans réelle puissance mais avec beaucoup de facilité, larvaire… ; ils rient du travail de « tarée » que je fournis… Dans le vide…- qui sont-ils … ? Sont-ils des gens aux faveurs familiales et amicales, au sens économique et surtout symbolique !? Ils peuvent forniquer (sans prohibition), eux… ! Enfin, c’est ce que je fantasme ! Ce sont de pauvres nihilistes qui ne connaissent pas le désir d’être incluse – d’être, enfin, intégrée, incluse dans la médiocrité ! Mais cela ne changera pas car, je n’en suis pas et eux, en sont ! Il serait donc nécessaire de créer esthétique féminine parfaitement glamour – au sourire jaune ironique et tragique – polie de rides de grâce, de fossettes … du vécu ! «Dans l’Antiquité grecque et romaine, une femme, mieux une déesse, a eu un destin exceptionnel. Il s’agit de Vénus tout simplement, que les Grecs appelaient Aphrodite. Cette déesse de la beauté et de l’amour, a eu un destin unique. Surgie toute nue de la mer, elle chevaucha une conque qui la porta sur l’île de Chypre où les Saisons se hâtèrent de la vêtir et de la parer. Elle stupéfiait, nous disent les chroniques, jusqu’aux dieux de l’Olympe par la blancheur de sa peau et par ses cheveux qui étaient comme une rivière d’or liquide, ses yeux étincelants comme des étoiles, ses formes parfaites et son parfum suave de fleur ; en 2019 Vénus est vêtue de « Jaune-Amazone », critique sociale, philo-So-Fesse et assurément glamour par sa fine psychologie (« sub-verssive » : qui fait donc émerger les choses que l’on ne voit pas). La révolution est, enfin, devenue sexy ! Du reste, comme pouvait l’écrire Franck Herbert –  cité par Hélène Péreira, éducatrice spécialisée à l’Ordre de Malte)  : « Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur mon chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi ».la peur est ainsi souvent un contentement, une régression tout autant qu’une protection (face au dehors) qui nous éloigne de nous-même

Comment ne pas faire preuve de courage, quand il s’agit de sauver sa peau ?

Ce que l’on nomme en entreprise (publique ou privée) : « employabilité » semble à bien des égards lié à des déficits imaginaires, des lacunes d’étayage psychique, des possibilités d’exploiter les corps volontairement serviles ainsi voués à une langue approximative mais aussi à une capacité de gestion, d’autonomie et de responsabilité réduite comme peau de chagrin.

 

Dans le monde social, il ne faut pas confondre cette parole que l’on entend dans la bouche de la droite conservatrice : « imposer le genre neutre » et, des gens comme moi qui implorent, mendient même l’INCLUSION sociale i-e : l’acceptation d’une diversité non-totalitaire. Car pour être inclus.e … ; il est nécessaire de ne pas casser les résistances d’autrui, afin de ne pas rigidifier les esprits. Croire que tous.tes. les militant.e.s en matière de genre participent d’une « communauté » est faux. Je ne fais partie d’aucune communauté au sens strict, si ce n’est de cette communauté « d’êtres-humains », dont on ne connait pas la Nature  – solitaires et profondément Divers, dit autrement : vivants. J’entends par là camper mon dess.e.in dans l’héritage historique des « gilets jaunes » – que je n’ai pas pu suivre physiquement : jeter le trouble, susciter la critique « Si la colère du Peuple Français et des gilets jaunes est légitime, il faut savoir séparer l’ivraie du bon grain, et la Garde Prétorienne ne pas se tromper de cible (…) éviter la violence. » disait Henri Comte de Paris (Décédé, le 21 janvier 2019) ; ajoutons qu’il peut-être possible de « foutre le bordel », en France les publicités des années 80 ont habitué à « retrousser et puis tomber la chemise » mais ici : en enseignant, par la pédagogie, l’information et puis le savoir transmis – incorporé – arborant les lignes de conduite des les droits de l’homme, la liberté, l’égalité et surtout la fraternité qui reste ma ligne de « transe ».

Faire la révolution, c’est d’abord révolutionner sa vie !

Ma vie, justement, est qualifiée par une amie féministe « d’œuvre cubiste » ; ce qui pourrait envoyer aux transes Africaines qui ont sans doutes pu inspirer Picasso (Le Cubisme est sans doute le mouvement le plus décisif de l’histoire de l’art moderne. Héritant des recherches de Cézanne sur la création d’un espace pictural qui ne soit plus une simple imitation du réel, et des arts primitifs qui remettent en cause la tradition occidentale, le Cubisme bouleverse la notion de représentation dans l’art. Comme le dit John Golding, historien de l’art et spécialiste de ce mouvement, « le cubisme est un langage pictural absolument original, une façon d’aborder le monde totalement neuve, et une théorie esthétique conceptualisée. On comprend qu’il ait pu imprimer une nouvelle direction à toute la peinture moderne ») Etant entendu que CHACUNE DE NOS VIES SONT DES ŒUVRES – Cubistes, dadaïstes, surréalistes, situationnistess, post-modernes etc. ; peu importe la crèmerie, le totem. Vivre en poète, c’est régulier, supporter le réel, si nuisible Et, pour ma pomme il est certain que dés les années quatre-vingt-dix, les cours suivis en Histoire de l’Art m’ont inclinée à percevoir le monde en « Demoiselle D’Avignon ». Ce qui revient à dire que dés 1907, j’étais née ; « putain ». Ce qui me confère un regard de stratège (donc nécessairement « looseuse » dans la vie), de psychanalyste, de sportive, médecin de moi-même, d’artiste « farfelue » et excentrique, de matière grise tout à fait « sérieuse » poétiquement – au fond, d’auteure du pire. Sans mystique-amoureuse la vie ne serait rien. Ce qui est secret est l’énergie occulte qui nous anime faisant que nous ne nous sommes pas – encore – suicidé.e.s !

 

Dans le réel concret, hier au soir un nouveau patient artiste-transgenre me parlait de : « Social war equality » ( « SWE », je n’ai pas retenu l’acronyme exact… ?). D’ici une heure je vais envoyer un courriel à une directrice d’établissement d’art qui en est, dont ce jeune artiste m’a parlé. De manière encore subreptice, dans notre société Française, des femmes se battent, elles sont véritablement guerrières, pareilles au fonctionnement militaire des fournies. Il ne faut jamais tant craindre le nazi en soit mais, la ou le nazi en soi ! Défaire les cases cartésiennes, dont nous avons pu subir l’influence, depuis l’austère XVIIème siècle ; il s’agit d’en « découdre avec la rigidité » afin de caresser, suggérer une discipline du pli, insuffler un vent d’Orient et Britannique …- ce jour, au pays du Coq et de ses Capitales-Bourses …

 

 « Un homme à la hauteur » : ( cet « über-mensch ») en images !

« L’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme ». Friedrich Nietzsche

Artiste, écrivain, Philosophe (1844 – 1900) qui inspira toute la pensée contemporaine en matière d’inconscient et de prise en main de nos désirs les plus profonds.

Un homme à la hauteurHier, j’étais bouleversé.e.

Non  que « Un homme à la hauteur » fut un bon film qui passait sur la chaîne M6 mais il s’agissait véritablement de traiter de la petite taille. Ceci, au travers d’une forme assez « insipide »  faisant cependant émerger un fond parfaitement intéressant. Il s’agissait du Film de Laurent Tirard   (« Comédie romantique »).  Avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn avec ce simple pitch : « Diane, une avocate, fraîchement célibataire, reçoit un appel d’Alexandre, un architecte charmant qu’elle n’avait jamais rencontré, et qui va l’aider à retrouver son téléphone égaré. Lorsqu’ils se rencontrent, le rendez-vous prend un tour inattendu, la belle rencontre une bête – « un surhomme » – d’un mettre  trente si x… ». Le scénario s’inspire du beau du film brésilo-argentin Corazón  de León» réalisé par Marcos Carnevale et sorti en 2013. Le petit personnage qui tombe amoureux de l’avocate est aussi l’image, une identité transférée ; celle de ma compagne. En cela, les deux films posent le problème de la petite taille (moins d’un mettre quarante) récurent dans la vie de celle avec qui je vis. Là où le corps est limité : l’angoisse, l’agressivité, le manque de confiance en soi etc. prennent le dessus. Inévitablement, il y a dans la petite taille comme une mélodie de « monstruosité ». Au beau milieu d’un monde occidental eugéniste (blanc, judéo-chrétien, aimant plus que tout la « nature-naturelle » donc les croyances métaphysiques …) bien tr(U.E)mpée d’amour du même … – j’y retrouve toutes les peines (physiques pour attendre le Monde et psychologique pour atteindre les divers regards de ces êtres qui, sur les chemins de la vie, ne la voient pas…) ; il est bien question de celle avec qui je partage ma couche. Si le traitement du film originel (brésilo-argentin) est sincère spontané dans le jeu des acteurs, la justesse dans le film français n’est pas de mise ; en revanche ce qui est limpide est le message : Avoir peur d’une personne handicapée, c’est être plus handicapé.e que la personne que l’on a en face de soi, laquelle fait souvent bien plus d’efforts (d’autodiscipline, de travail sur soi, de contention de son être pour ne pas agresser Autrui transformée en joie et humour) que nous-toutes et tous, pour s’intégrer et avoir voix au chapitre. Dire cela est aussi une manière de souligner le fait que la petite taille est un handicap visible. Or, dans nos têtes, si le handicap réel est visible, il n’en reste pas moins que nous ne voulons pas nous voir comme étant toutes et tous handicapés, avant toutes choses : du cœur !

 

 

 

J.-M.-G. le Clézio et J.-J. Marimbert : deux nomades du Maroc ?

 

 

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Dessin réalisé par Jean-Jacques Marimbert (« Départ » dans La Renarde rouge 2000 JJM).

 

« Là où le vent siffle, glacé, revigorant, dans une invisible faille, qu’une mélodie su rait à réchau »er, à éclairer, à décorer de mille nuances,

de rires, de pleurs de joie, de courses folles dessinées par le hasard », J.-J. Marimbert[1]

« Peut-être ne pourrais-je plus parler » (12 décembre 2015, 17 h 11)

« Le silence est l’aboutissement suprême du langage et de la conscience », J. M. G. Le Clézio,

faisant entendre combien, à travers le nomadisme et la mythologie,

le silence de l’être est un synonyme de santé.

Un jour on découvrira que la littérature n’est en fait qu’une branche de la médecine : longtemps cette phrase, ici reprise chez J. M. G. Le Clézio, a pu questionner les âmes voyageuses au travers du lien : corps et langage. En mars 2008, en quête d’une « moitié de moi perdue », j’allais au Maroc, à Rabat précisément, pour rencontrer une jeune fille vivant à Kénitra, âgée de 21 ans, dont j’étais amoureux ; logé pendant une semaine chez un ami informaticien, passionné de littérature américaine. De ce pays, je retiens l’odeur des belles tomates, le café dans les rues de la ville, pris au petit matin, le linge apporté au pressing à prix modique et récupéré rapidement (me sentir frais, propre, avec des habits repassés, et sous ce ciel d’un bleu profond, me faisait du bien…). Quoique profondément athée, comment ne pas retenir la sensation d’une blancheur mystique qui règne en Afrique du Nord ?

 

D’un voyageur l’autre : une solide formalisation littéraire du tremblement…

Pour reprendre le mot du poète Thomas Vinau – chez mon ancien professeur de philosophie à l’université de Sciences humaines de Toulouse–, il s’agit d’un « effacement saisissant ». Quand Jean-Jacques Marimbert parle du Maroc, où il est né et a vécu jusqu’à l’adolescence, il n’est question que d’un court passage biographique : au-delà duquel les mers, par leur corps aquatique… et quelques vagues nageuses, font de la peau une cuirasse de requin. Sous une autre plume, celle de J. M. G. Le Clézio[2] (que je découvrais au lycée de l’avenue Jean-Rieux, en 1998, à Toulouse, par l’intermédiaire de mon professeur de français, Mme Annie Bernadoux), on fait toujours face, au fil des lectures, au mystère matériel du monde, et à sa dimension « cosmopolite », paradoxalement inénarrable. Africaniste en quelques lieux… En effet, le prix Nobel de littérature dit, en 1997, à propos du Maroc : « Les Marocains ont su préserver le sens de l’oralité, de la musique traditionnelle, de la solidarité humaine, de l’harmonie avec la nature. Ils se sont adaptés au monde “moderne” tout en conservant leur culture. Ce pays s’impose également comme représentant du monde oral africain en ce qu’il a de sonore. » Comme si, avec l’auteur aux origines si diverses (française, britannique, mauricienne…), on évoquait un bruissement musical qui n’appartient à aucun autre lieu au monde qu’à la médina. Ce bruit, pareil à une musique de nuit pour enfants, monte de proche en proche, des cours des maisons, s’élève au-dessus des murs.

 

SI LE MAROC EST UN LIEU COMMUN AUX DEUX AUTEURS, IL EST AUSSI LE CREUSET D’UN RAPPORT ARISTOTÉLICIEN À LA TERRE ET À LA MÉTAPHYSIQUE

 

Jean-Jacques Marimbert connaît la chanson et ses harmonies. Lui-même, musicien, amateur du festival de Jazz de Tanger. Il côtoie de près les chants traditionnels, ayant même été, en début de carrière, médecin humanitaire en Somalie, avec MSF. Dans le film Départ (retour), tiré de son premier livre du quasi même nom[3], il est question d’une manière pourtant presque « barthésienne » (donc neutre) de soi. « Départ est l’un des rares textes biographiques, je l’ai écrit pour cette lumière, et l’idée d’arrachement à un lieu de vie, l’idée de départ “définitif”, celui de mes grands-parents. » J.-J. Marimbert – comme J. M. G. Le Clézio – est un homme discret et tempéré. D’ailleurs, ce dernier n’écrit-il pas dans L’Extase matérielle : « un livre, à quoi ça sert ? Ça sert à cacher les choses ; pour que les autres ne les trouvent pas » ? Tout en étant lecteur de Montaigne, habitué à « la branloire pérenne », J.-J. Marimbert n’en reste pas moins dans un rapport fantomatique au sujet : qui se noue – telle la toison de la Vénus de Boticchelli – à la mer des éléments. Intérêts et influences guidant le travail d’écriture de l’auteur : s’agirait-il de la rigueur du « chiasme » entre : nature et culture ? J.-J. Marimbert répond, à propos du rapport entretenu à ses personnages et à leurs racines :

« Tout d’abord, l’authenticité des personnages, pris le plus souvent dans des moments difficiles de l’existence, dans des contextes très divers. Périodes de crises où l’existence bascule, parfois jusqu’au tragique, souvent jusqu’au rétablissement harmonieux d’un équilibre à jamais modifié. Mes personnages sont des êtres simples dont la vie, ainsi bouleversée, prend les allures sinon d’un destin, du moins d’une aventure, qu’elle soit voyage, fugue, errance, exploration intérieure, évasion dans un univers onirique, déploiement poétique. Mon deuxième souci, indissociable du premier, est celui de l’écriture. Elle doit se plier au style du personnage ou de la situation, et saisir au mieux aussi bien le grand trait que le détail. Habiter la langue et le monde, créer du rythme et une prosodie de l’intime aussi bien que du spectacle des rues et de la nature, dans un “rendu” des nuances émotionnelles, de la présence des choses et des lieux. »[4]

Que ce soit chez l’un ou l’autre des deux écrivains, il s’agit de conter. Ce qui est di »érent du fait de raconter son histoire. Le récit poétique, Départ, paru à La Renarde rouge, parle du départ du Maroc vers Nice, fief familial de J.-J. Marimbert (Italiens venus de Brescia au début du XXe, fixés à Nice, musiciens, puis partis au Maroc). Mais, lorsque l’on se plonge dans le récit, à travers le style, est déjà cousu un « je ne sais quoi » de l’ordre du rapport amoureux aux éléments matériels. Chez Le Clézio, d’après la lecture que j’ai pu faire à partir de la fin des années 1990, relève plus de la dimension ine »able de notre Terre. Or, si le Maroc est un lieu commun aux deux auteurs, il est aussi le creuset d’un rapport aristotélicien à la terre (les sciences et la médecine chez J.-J. Marimbert, qui participèrent de ses premiers pas en tant que médecin), et à la métaphysique (inspiration de nature soufie chez Le Clézio, laquelle procède certainement aussi de l’amour de son épouse Jémia. Citons ici son livre écrit avec cette dernière, Gens des nuages : « Nous voulions entendre résonner les noms que la mère de Jémia lui avait appris, comme une légende ancienne, et qui prenaient maintenant un sens di »érent, un sens vivant : les femmes bleues ; l’assemblée du vendredi, qui avait donné son nom à Jémia ; les tribus chorfa (descendantes du prophète) ; les Ahel Jmal, le peuple du chameau ; les Ahel Mouzna, les Gens des nuages, à la poursuite de la pluie. » Au fond, il serait aussi possible que dans un croisement entre matière et métaphysique, les deux voyageurs se rejoignent. Les deux marient leurs « doctes » signes à travers un retour aux origines. Nomades. Ils marchent… de l’ouest vers l’ouest, revenant toujours en un même lieu.

 

De l’art des écarts ?

Comment ne pas lire chez J.-J. Marimbert, mis sur l’établi des « écarts », et ce, à partir du sens de « discrépance » (soit l’écart entre la connaissance et sa représentation, du latin discrepantia, « discordance »), mot qui m’a été insufflé par J.-J. Marimbert que je cite, à propos d’un travail du 11 mars 2018, dans Cour carrée du Louvre [5] : « J’ai joint à chaque photo un quatrain, dans une approche littéraire, poétique, pour instaurer un dialogue entre image et texte, sur le mode de l’écho ou de la discrépance. Le but est de faire vivre ces regards marqués par  la poussière, la pollution, ces visages lissés par l’effritement du plâtre, ces bras amputés esquissant des gestes dont la grâce n’est pas perdue.  Au contraire, elle en est magnifiée, comme si nous l’éprouvions dans ce sentiment, connu, du membre absent. N’est-ce pas aussi un enjeu de l’art ? » C’est, à mon sens, montrer comment, à partir d’une démarche sensorielle aristotélicienne et matérialiste – J. M. G. Le Clézio, de son côté, lit par exemple régulièrement Darwin et L’Origine des espèces –, la réorganisation du « cahot interne » chez les auteurs donne lieu à une narration « de l’ailleurs ». Réorganiser en quelque sorte à travers le récit, la poésie ou l’essai, et donner naissance à une nouvelle peau, ayant mué. Faire « peau neuve », dit-on. Cela, à partir de l’interaction entre le monde et le corps matériel des hommes. Un peu, à l’instar d’Henri Michaux, qui savait éprouver, d’une manière poétique – tout autant qu’objectiver en neutralisant le « moi » – la dislocation identitaire. N’est-ce pas là ce que le philosophe J.-J. Marimbert qualifierait « d’ailleurs, comme horizon » (interne), avec cette sorte de « peau » (une surface universelle) que l’on peut découvrir à propos de Richard Kipling, dans son article « La peau et le vernis » ? [6] La peau est l’unique barrière qui nous sépare et crée, parfois, un écart entre : l’océan du monde et notre intériorité perpétuellement oscillante d’êtres humains.

 

L’ESPACE, LE PAYSAGE, ET LE CORPS LANGAGIER SON UNIS. LE PAYSAGE INTERNE DEVIENT L’EXTERNE

 

De même, du côté de J. M. G. Le Clézio, la démarche acquise du côté de son père médecin britannique – qui avait lui-même beaucoup voyagé – est explicitement « décolonisatrice », comme il l’exprime dans un entretien au Nouvel Observateur[7] : « Quand j’étais enfant, je suis venu visiter le Maroc avec ma famille. Ça a été mon premier contact avec un monde différent et en même temps assez proche. Mon père, qui avait pratiqué la médecine pendant des années au Nigéria, voulait nous montrer les méfaits de la colonisation. Nous avons voyagé avec des bus, nous sommes allés un peu partout. À un moment donné, le bus qui devait aller jusqu’à Marrakech, s’est arrêté dans un village. Des gens sont montés. Le chau »eur était un Français. Il y a eu une altercation parce qu’un des passagers n’avait pas de quoi payer son billet. Le chauffeur, très brutalement, l’a fait descendre du bus. Mon père a dit : “Voilà, ça c’est la colonisation, c’est quelque chose de mauvais en soi, parce que ça pratique l’injustice et la cruauté.” » La Guerre, celle de l’intérieur, tel un voyage poético-matériel est aussi un titre faisant socle chez les deux auteurs. J.-J. Marimbert écrit, à la fin de son poème La Guerre : les éléments, le corps à l’écriture, l’univers céleste, ces petits morceaux de matière qui nous tiennent à la réalité. Il sait, par juxtaposition d’éléments réels et symboliques, signifier la dimension philosophiquement inénarrable, (auto-)fictionnelle, et pourtant bien réelle, du monde.

« Écouter la chanson des blés d’or d’un geste de la main elle désigne le ciel et

tous ces morts là-haut si jeunes et si joyeux

il ne voit rien d’autre que ses doigts et ses yeux. »[8]

Pareillement, dans Départ, J.-J. Marimbert, avec une prose « atomique » et précise, rejoint presque mot à mot Le Clézio sur le roulis des e½uves marines et de réminiscences lointaines. Là où l’entrée dans l’âge adulte (Nice, Sète, Rabat, etc.) peut passer par la découverte, violente, de l’insoutenable corruption du monde. D’un côté, le prix Nobel a enseigné « l’art du bonheur humble et secret » dans des universités à l’étranger – par exemple, au Nouveau Mexique, en Chine. D’un autre côté, le médecin-philosophe écrivant de la poésie enseigne une certaine forme de « sagesse », nommée par les Grecs « tempérance ». Ce sont deux postures éthiques d’hommes, inspirant la rigueur d’une langue multiculturelle et la précision du signe. Le Clézio : éviter tout mot concernant la littérature en faisant griller des merguez à Nice. Marimbert : s’occuper d’une façon exemplaire d’enfants à Toulouse, tel un pédagogue passionné. Au fond, l’Afrique rend les hommes – qui se savent trembler – forts. Jean-Jacques, qui fut mon directeur de mémoire de philosophie « Sur le langage de la peau », sait mieux que quiconque combien, dans l’approche sensorielle d’Aristote, on n’est pas loin de la peau. Celle de l’être humain, celle du monde ou des écrans. Chez les deux auteurs, on peut lire un petit « je ne sais quoi » de nomadisme… quasi deleuzien ou « géopolitique », pour parler comme le poète Kenneth White. Car, chez Aristote, c’est aussi l’œil, la dimension « scopique » pour les psychanalystes, qui est en fait un réceptacle, au même titre que le cerveau ou la peau. Au fond, entre l’enveloppe et l’espace du dehors, il n’y a que la peau. Donc, l’espace, le paysage, et le corps langagier son unis. Le paysage interne devient l’externe. Rayonnants. « D’une lumière à l’autre… », écrit Le Clézio. Nice, Sète, Tanger, Rabat restent, telles les ombres, entre deux onctueux nuages de lieux imaginaires, mythiques ; explorés sur la peau de l’âme abandonnée, nommée : « X ».

 

La poétisation du « désert »

Comme la course de fond – que pratique votre serviteur – est en elle-même une métaphore de l’écriture, pareillement, pour Michel Leiris, la tauromachie pouvait peut-être l’être en tant que passion. L’ethnologie, au jour le jour, guide les mendiants de signes. Habitants habités, les hommes se savent cousins ; au sens tribal. Qu’importe le médium d’expression, la pratique quotidienne de l’auteur qui sait d’où il vient et qui donc sait où il va, consiste à mettre un pas devant l’autre. La question est ainsi de savoir ce qui, dans le désert, porte encore à avancer.

Mystère. Miracle. L’Afrique est au cœur de chaque homme. Poétiser : le rien, le vide, l’agglomérat de petits grains de sable, cette absence de sens, est le seul recours relativement rationnel auquel nous puissions nous raccrocher. Tenir la rampe de l’absurde escalier d’une humaine condition, si chère à Albert Camus, non loin de là… géographiquement. De l’intérieur, on entend parfois chez J.-J. Marimbert et J. M. G. Le Clézio le cri d’un rythme propre au Continent noir : le jazz. Comment ne pas penser en particulier à Léopold Sédar Senghor qui connaissait, lui-même, bien le jazz ? J.-J. Marimbert évoquant Senghor : « Et chez qui, il y a dans sa langue, la scansion des chants de brousse, de savane, de forêt… ! » On dit parfois que « jazzer » et/ou « swinguer » aurait pour origine étymologique ancienne : « faire l’amour », se mouvoir, aimer.

Oasis, tel est le signe d’un mirage qui guide… Ce sont là les lieux d’un horizon de transparence face à l’illusion de notre monde. Le Maroc reste dans sa géographie d’union et de séparation, tel le Rif – en amazigh : Arrif, « rivage », « bord ») –, un lieu d’un métissage exemplaire[9]. À propos du jazz et du métissage, Le Clézio s’exprimait en 2008 de la sorte :

« Nul n’a mieux parlé du jazz et du blues, nul n’a mieux traduit dans notre vieille langue métisse cousue de cicatrices, que le poète martiniquais Aimé Césaire. Il n’y a rien d’autre que ce qui passe dans ce sou½e. Rien d’autre que ce qui brûle cette plaie. Dans le blues des plantations de canne et de coton, dans le jazz des rues du Bronx et de Harlem. Dans Armstrong et Coltrane, Mingus, Monk et Coleman, dans la voix de Bessie Smith, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone. Dans la voix de Big Bill Broonzy, de John Lee Hooker, de Jimmy Reed, de Muddy Waters, de Ray Charles. Cette puissance qui vient de loin, de la terre mythique d’Afrique, du fond des soutes des bateaux négriers, cette puissance née avec la langue créole, sous le fouet et le raidissement d’orgueil, dans la révolte des marrons, dans le combat pour garder son nom, son identité, sa foi.»

J.-J. Marimbert, quant à lui, lorsqu’il se munit d’un moyen d’expression (photographies, écritures, philosophie, musique, poétisations lues), on n’entend plus que l’essentiel, ce que Jacques Lacan nommait « Lalalalangue ». Il s’agit d’une langue originelle. Venant des contes anciens, des tribus, des rites ancestraux, une sorte d’auto-ethnologie secrète relevant plus de la pratique corporelle et cosmique que d’une langue ancienne, non-articulée : la poétique, comme corps de la Terre.

 

 

[1]  http://www.lacauselitteraire.fr/jean-jacques-marimbert-2

[2]  Le 9 octobre 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio recevait le prix Nobel de littérature. L’Académie suédoise entendait ainsi distinguer un

« écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ». Aussitôt, la presse française, mais aussi la presse francophone, en profitaient pour rappeler les origines…

[3]  Le titre du film est Départ (retour) et, du livre, Départ.

[4]  http://africultures.com/personnes/?no=7292&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=429

[5]  https://fr.calameo.com/read/00549364133c64c1e422a

[6]  La peau et le vernis, in la revue Europe, mai 1997.

[7]  https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20140328.OBS1684/le-clezio-prix-nobel-du-soufisme.html

[8]  Où il question de la Grande Guerre, de 14-18 ; ici, la grand-mère du narrateur pense aux jeunes morts.

[9]  Ce texte de Jean-Marie Le Clézio, daté du 20 septembre 2008 à Séoul, est destiné au parrainage du Festival Vibrations Caraïbes, à Paris, à la maison des Cultures du monde, du 16 au 26 octobre 2008. Cette liberté, comme une supplique, comme un appel dans la voix du blues et du jazz.

 

« LA TRANSPHOBIE N’EXISTE PAS » : Chacun.e est responsable …

«       Un sein qui pousse est toujours un retour à la primitivité, à l’archaïsme – d’une grotte, de l’eau, d’un tissu primordial – et de la respiration maternante de la Terre. » Gaston Bachelard revisité par votre serveuse.

contre la transpobie

 
J’utilise ce titre provocateur à dessein. Dans la mesure où la transpbobie n’est pas un phénomène uniquement individuel mais également collectif. Chaque individu incorpore, introjecte dirait-on en psychanalyse la » loi du Père » ; ce qui revient à dire qu’une psychanalyse menée à son terme est couronnée par la castration du sujet, avec pour épitaphe : « Travailles, aime, comprends, apprends et tais-toi ». Ceci, dès la plus petite enfance, nous sommes formatées / façonnés par un discours métaphysique ; il s’agit pareillement, du reste, d’une manière de tenir la petite fille, d’une manière de tenir le petit garçon et, certainement d’une compétition mise en œuvre, scénarisée par les parents, déjà dans la façon de sucer la tétine. Ensuite, au-delà de la posture physique, le langage féminin procède d’un certain « style » qui serait plutôt du côté du soin (voix douce), alors que le langage masculin participe d’un « style » mécanicien : « guerrier » (voix forte) ; ainsi la société laisse place à des stéréotypes de genre étayants, rassurants, infantuilisant, donc assez scandaleux. L’avantage des études de genres et de la « queer-théorie » est réellement de remettre en question résistances sociales / politiques qui relèvent plus de la croyance religieuse que d’un fondement scientifique (« réfutable », i-e : où le cas particulier fait avancer le savoir, ce qui nous éloigne des lois générales œdipiennes, souvent trop simplificatrices de la « psychanalyse orthodoxe »). Si une personne transgenre (« Femelle To Mâle ») désire se sentir sexuellement femme, alors qu’elle est née avec un pénis ; d’une part ce n’est – bien évidemment – pas de sa faute car elle n’a rien choisi et d’autre part, la souffrance dans l’inadéquation sexuelle (liée au fait de ne pas pouvoir se sentir considérée comme une femme à part entière est palpable. Être aimée ; pénétrée – perçue comme une « travailleuse-femme-mère potentielle » par l’entremise d’un vagin est le désir de certaines femmes transgenres. La souffrance liée au genre est souvent immense. En matière de responsabilité, ce qui est renvoyé aux personnes transgenres est le fait de ne pas correspondre au genre binaire instauré par la société humaine, pour lier fantasmatiquement les individus entre eux ; mais aussi par une certaine détermination biologique animale – en ce sens, l’on retrouve dans l’ordre zoologique plusieurs animaux parfaitement intersexués, aimant le même partenaire sexuel et probablement transgenres dans leur orientation identitaire. Cette responsabilité (« d’être ou de ne pas être » : binaire) peut porter, à bien des égards à faire culpabiliser les personnes transgenres. D’un point de vue économique – ce qui n’est ni le cas socialement, ni du point de vue du droit forcément -, la guerre est faite au genre féminin et tout particulièrement aux personnes transgenres (Mâle To Femelle). La responsabilité individuelle, subjective tiendrait au fait de ne pas essentialiser, naturaliser, ontologier (comme « un être en tant qu’être »), donc admettons m’appeler : « Chris » ou « Christelle » et non plus « Christophe ». Car ce qui importe est ce que nous avons dans la tête : la manière dont nous désirerons, nous désirons Autrui et désirons vivre une sexualité et non ce qui se trouve dans la culotte. Mais s’il y a défaut de responsabilité individuelle, cela est lié non seulement à notre éducation mais aussi aux peurs, aux tabous, aux résistances psychologiques qui font que nous nous protégeons l’esprit (et donc le corps) de tout ce qui ne nous ressemble pas. La société, ce qui veut dire : « chacun.e de nous » conchie la différence. Mon propos semble revendicatif, certes, mais il se fait aussi que depuis 1979, du fait de ma personnalité « hors normes » je souffre d’exclusion familiale, sociale, souvent amicale et presque toujours amoureuse ou sexuelle. Assurément, dans ce déficit de responsabilité est nichée également l’incorporation de la transphobie chez nombre de personnes transgenres.
Sur le plan collectif cette dernière me semble moins présente que’au niveau des individus (parfois « pestiférées émotionnellement »), cela est lié au fait que nous faisons face à des individus divers, de fait à chaque fois différents. Cela étant dit, nous sommes construits à partir de catégories mentales (de concepts) mais aussi d’émotions relativement proches – cette culture qui nous est commune est une culture mondialisée occidentale. Le travail de la responsabilité serait enfin de faire émerger à la conscience ce qui est chez nous inconscient – expliciter, donc rendre notre vie dense. Travailler l’apaisement des émotions ; la haine du féminin, nommée misogynie (plus ou moins) en chacun de nous, notamment. À partir de ce moment-là, cette transpbobie qui trucide des milliers d’individus par an, à partir de la « loi du Père » (ce patriarcat culpabilisateur), des dogmes religieux, du désir d’annihiler nos fragilités individuelles mais en même temps nos manières d’avoir des orgasmes – avec moins d’indifférence … ! – pourrait s’épuiser et se muter en une responsabilité, voire une spiritualité sans Dieu : une ode au sacré matériel, transgenre.