Le lâcher de ballons

A quoi tient le bonheur ? Certainement à peu de choses, une seconde, une minute – tout est si mouvant dans un jour – ; parfois cela dure plus et  pourrait aussi durer une vie… ? Un peu de littérature ne fait pas de mal à l’âme. Apaise. Parfois, l’écriture masse même par la justesse des mots. C’est ici qu’Isabelle Rottier livre une partie de son histoire intime. Pour la seconde fois, je publie l’un de ses textes (issu de son blog : http://handiparisperpignan.unblog.fr/). Car, cela fait en plus, aujourd’hui, cinq ans que je partage ma vie avec cette blogueuse de « haut vol » : forte et vulnérable, à la fine plume « d’oiseau rare ».   

lacher de ballons

Quand j’étais enfant.e, il m’est arrivé une ou deux fois de participer à un lâcher de ballons. Le jour ou j’ai lâché ce ballon j’ai compris le sens des couleurs. C’est magnifique ! Je me suis dit que vous aimeriez que je vous parle de cet éther. En fait, c’est comme une lettre ouverte que je vous envoie, comme une bouteille à la mer. Reviendra, reviendra pas ? Vous attrapez mes mots ou pas, lisez ou pas. Vous choisissez de rebondir ou pas. Au contraire c’est ce fol espoir qui me fait vivre. J’aime votre impatience à me lire… cet air dubitatif, innocent ou perplexe que vous prenez des fois. Mais comment cela se fait-il ? Comment cela est-il possible ? Je ne cherche içi rien ni à justifier ni à expliquer  Juste la générosité du geste, je crois. Ce serait comme un après quelque chose. Il se trouve que chaque matin je suis pressée de vous livrer toute cette intériorité, cet imaginaire, cette part inconsciente. Vous voilà obligé de poser vos yeux sur mes mots. Vous m’êtes si intime à présent, on est un peu des amis depuis cette éternité que nous nous côtoyons. Votre regard m’inspire quelque chose, initie en moi une sensation. Je dis cela comme je le pense, avec mon propre prisme et ma propre sincérité. J’ai bien peur qu’il s’agisse d’un pathétique engrenage. Et si soudainement je devenais accroc, ne cessant de m’interroger sur la destinée de ces ballons…vos peines, vos rires, savoir ce qui vous rend heureux, triste, anxieux.

Des centaines de questions qui me permettent de vous imaginer. Je vais jouer la comédie si impeccablement d’ailleurs. Je serais sans doute la plus policée. Vous surprends-je ainsi ? Je suis dans cette mythologie qui consiste encore à croire en l’humanité, en l’autre, c’est à dire interagir avec des sujets L’autre constitue un rêve formidable pour celui qui sait accepter l’étrangeté de l’autre, à condition d’être capable de dépasser sa propre folie. Pour aller au-delà il faut parfois apprendre à laisser ses rancœurs au placard. Je vois en l’autre la possibilité qui nous est offerte de percevoir les choses autrement car cet autre propose un autre point de vue. Il n’appartient qu’à nous d’avoir la bienveillance de l’adopter. Et puis pourquoi tant de gens ont-ils tant de mal à ressentir ce que l’autre éprouve ? Me concernant, je préfère partager les joies et les rires de mes amies, proches et intimes, être là dans les moments difficiles, savoir qu’elles peuvent compter sur moi et leur apporter une part de sérénité.

C’est en partie ce qui fait mon bonheur. Je ne pensais pas réaliser le parcours que j’ai  fait jusqu’à présent car je sus issue d’une famille modeste. Nos conversations quotidiennes me réjouissent.Je sais comme il est terrible de perdre les couleurs de la vie car elles rendent la vie plus liquoreuse, douce et sucrée.

Article initialement publié sur : http://handiparisperpignan.unblog.fr/

dans :  litterature
Isabelle Franc Rttr

Auteur : Christophe Gerbaud

Né le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné. Adopté à six mois. Handicapé visuel. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien stagiaire pendant un an. A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans le 11ème arrondissement de Paris, pour séances de psychothérapie.

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