II Entretiens, (Via Blog : Club-Médiapart) : SANTE SEXUELLE : – PORTER LE VOILE OU ÊTRE TRANSGENRE, POURQUOI PAS : LES DEUX ? – LE « CAS » D’UNE PERSONNE TRANSGENRE EN SITUATION DE HANDICAP

Porter le voile ou être transgenre ? Pourquoi pas, alors : les deux…!

 

Le regard sociologique se porte plus particulièrement sur les liens entre les possibilités d’une jouissance, d’un masochisme – agression interne – et d’une religion musulmane fantasmée.

Bonjour chère amie, tout d’abord je voudrais savoir comment tu ressens le fait de te voiler ?

Avant tout, je veux préciser avec force et détermination qu’il n’y a pas une once de religion ou quoique ce soit de cette nature,  dans le choix vestimentairequi est le mien. C’est sans doute à cause de l’horreur des attaques terroristes, que beaucoup de personnes font hélas l’amalgame. 

Il s’agit pour moi d’une démarche purement fantasmatique, et rien d’autre.

 

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Toute petite, j’ai toujours été fascinée par la majesté, la grâce, la féminité, le charme et surtout le mystère qui émanent des femmes intégralement voilées. Travestie depuis plus de 40 ans (j’en ai 60 aujourd’hui) j’ai commencé comme bien d’autres en imitant les codes vestimentaires de nos mères.

L’idée du voile m’a toujours poursuivie, après avoir essayé bien des styles (plus ou moins fantasmatiques)  : princesse, soubrette, sorcière, infirmière,… il m’est venu l’envie de me voiler .

Je ne regrette qu’une chose : ne pas l’avoir fait plus tôt !

Dès la première minute, de suite après avoir noué mon jilbab, j’ai compris que « j’étais tombée dedans ». J’ai compris que je ne pourrais plus m’en passer, que j’étais addicte aux vêtements que portent les femmes musulmanes traditionnelles.

Je ressens un plaisir indescriptible et une grande joie intérieure, ne serait-ce qu’en apercevant ma silhouette par reflet sur une vitre, je suis comme apaisée après avoir longtemps « cherché mon style ». C’est pour moi la forme la plus aboutie dans ma quête de féminité.

Pour conclure sur cette question (je suis maintenant vêtue en femme musulmane 99 % de mon temps), je me sens femme, vraiment femme ! Je me sens à ma véritable place : celle d’une femme au foyer, accomplissant ses tâches domestiques, et uniquement préoccupée de ses devoirs de modestie, de pudeur et de silence.

Par ailleurs, cette pratique singulière t’exclue t’elle socialement ? Est-ce que tu as une vie sociale extérieure ? Ou, au contraire est-ce que le fait d’être voilée te permet de mieux affirmer ton identité ?

Bien sûr, sur les réseaux sociaux, je suis régulièrement insultée et menacée. De plus dans ma campagne provinciale, je ne ferais pas trois pas sans me faire arrêter par les gendarmes : le voile intégral étant interdit dans notre pays.

Encore une fois, ce refus de la société est lié à l’actualité terroriste : en France, on est (officiellement) tolérant envers les travestis (bien dans les codes), les homosexuels, lesbiennes, bi, … mais on a peur de l’islam et de tout ce qui le rappelle.

Je comprends et j’admets que des personnes puissent éprouver de la répulsion, chacun est libre. Heureusement, il est de rares personnes qui s’intéressent à ma démarche et cherchent à comprendre.

Je n’ai donc aucune vie sociale, autre que sur les réseaux sociaux et avec certains (1 régulièrement) travestis qui partagent mon fantasme et encore uniquement par mail.

 

 

Est-ce pour toi une grande jouissance physique / ou psychique ?

Question difficile à traiter ! Je ne connais  plus la jouissance physique : je porte en effet une cage de chasteté sans aucune interruption depuis boentôt 3 ans).

Je ne suis donc plus un homme depuis ce temps et je pense même être devenue impuissante avec le temps et l’âge !

Si je ne peux plus assurer un acte sexuel masculin, je ne connais donc plus la jouissance telle qu’on l’entend communément.

Le corollaire du port prolongé d’une cage de chasteté, étant que l’aboutissement n’ayant pas lieu, je suis dans un état d’excitation sexuelle permanente, bien sûr jamais satisfaite, mais permanente !

Je ne ressens pas, ni ne souffre du manque de jouissance physique, en revanche, la jouissance intellectuelle, affective, psychique, psychologique (je ne sais quel terme employer) est géante, irremplaçable, indescriptible : je suis une femme ! Quel bonheur !

 

En quoi est-ce que tu défends ta pratique de femme transgenre voilée ? Comment faire face aux critiques extérieures ?

Je ne pense pas avoir à défendre ou justifier quoique ce soit, dans ma vie de femme voilée.

Cette démarche est totalement personnelle, la question se poserait-elle si je  n’étais pas voilée ?

Lorsque je fais l’objet d’attaques ou d’insultes sur les réseaux sociaux, ma réaction est différente selon la nature et l’auteur de l’agression. Lorsque ce sont des attaques racistes, je ne réponds pas car on ne peut pas amener à la raison ce genre de personnages; pour les autres, je m’emprese d’affirmer ce que j’ai indiqué en préambule de cet entretien, à savoir, que ce n’est pas une démarche religieuse ou fanatique.

Parfois, je parviens à faire admettre de me laisser tranquille sous mon voile. Bien sûr ce sont les femmes qui sont les plus difficiles à convaincre : beaucoup considèrent le voile comme un symbole d’asservissement.

 

Aimerais-tu être musulmane ?

J’aimerais surtout être femme, reconnue comme telle. Accessoirement musulmane, cela n’a aucune importance pour moi.

 

 

L’on pourrait penser, a priori, que se voiler est un acte de soumission; en quoi cela pourrait ne pas l’être selon toi ?

Oui, bien sûr, beaucoup de travestis revendiquent une posture de soumission sur les réseaux sociaux . La grande majorité s’affichent comme tels, sans doute pour exprimer inconsciemment leur féminité : l’émancipation des femmes dans notre société est récente et l’association femme = soumission est encore présente dans bien des esprits même si chacun s’en défend !

Je n’échappe sans doute pas à la règle, et peut-être y a t’il un peu de cela inconsciemment chez moi, d’autant que je dois avouer qu’être soumise à un homme ne me dérangerait pas, si cela me renvoyait la reconnaissance de mon statut de femme.

Sur la question du voile en tant que symbole et affirmation de la soumission, c’est probablement vrai, c’est ce qui ressort des attaques dont je fais l’objet sur les réseaux. Schématiquement exprimé : femme voilée = femme soumise car elle n’a pas le choix de s’habiller autrement, c’est son mari qui lui impose cela.

 

Pour voir la question sous un autre angle, il faut admettre que cela puisse être un choix de la femme de porter le jilbab, le niqab ou la burqa.

La plupart pensent voile = prison ! Qui n’a pas essayé ne peut pas imaginer comme on se sent protégée, sereine et comme dans un cocon.

L’autre avantage de ce genre de vêtements, étant qu’ils sont par nature amples et couvrants (à l’origine il faut cacher non seulement le corps, mais aussi les formes de la femme), l’avantage donc est qu’ils permettent toutes les fantaisies en matière de sous-vêtements, et cela n’est pas neutre pour les transgenres en recherche de féminité !

Pour ce qui me concerne, j’ai définitivement adopté le port de la burqa. Pour préciser, la burqa c’est ce vêtement cloche sans manches  qui se met par dessus les autres vêtements (pour moi un jilbab) sous lequel la femme est dissimulée et voit le monde extérieur à travers un grillage de tissus.

J’ai donc fait le choix de porter la burqa (qui est le vêtement le plus couvrant), et je ne veux plus porter autre chose, car personne ne peut imaginer comme je me sens protégée, à l’abri, sereine et heureuse dans mon intimité de voiles féminins.

 

 

Es-tu féministe ou « anti-féministe » ? Penses-tu que la femme doit-être soumise au foyer, s’émanciper ? Ou, peut-être qu’an fond tout cela : la soumission et l’mancipation sont conjugables ?

Oh ce n’est pas une question importante pour moi, je ne me sens pas concernée par le combat du féminisme qui commence d’ailleurs à faire ringard, (enfin ça n’est que mon opinion).

Je pense surtout qu’il faut que chacune et chacun doivent être libres de faire un choix et d’être heureux. Comme on le dit fréquemment « il faut de tout pour faire un monde » : des femmes actives, des femmes au foyer, des femmes dominatrices, des femmes soumises, des femmes homosexuelles, des femmes bi, mais aussi des hommes au foyer, des hommes soumis, des hommes travestis, des hommes actifs, des hommes qui raffolent de lingerie féminine, des hommes en jupe, des hommes en femmes musulmanes traditionnelles,…

 

 

Le principal étant de suivre son désir, est-ce pour toi un désir qui te rend heureuse ?

Oui ! Très heureuse, définitivement heureuse, pleinement heureuse.

 

 

 

Le fait d’une transition de genre est très souvent confondu avec une orientation sexuelle ou à une pratique érotico-pronographique ; la question de la sexualité trans ( MtF / FtM, ainsi que toutes les personnes appartenant au spectre des transidentités) est quasi absente des ouvrages cliniques La sexualité reste très peu abordée, y compris dans les publications des trans eux-mêmes !

 

« Changer de sexe s’est imposé comme l’unique traitement successible d’améliorer ma santé. »  Marie Edith  Cypris  [1]

 

A titre d’exemple[2] les quelques blogs portant directement sur la sexualité des personnes trans hommes, sont majoritairement anglo-saxons. et traitent exclusivement des rapports gais (entre hommes trans ou avec des hommes cisgenre. Bref, que ce soit dans la littérature clinique, en sciences humaines ou en sexologie, rares sont les auteur/es qui s’aventurent sur le sujet – les quelques-un/es à le faire se cantonnent généralement à répéter les a priori stéréotypés et infondés sur « l’absence de vie sexuelle » des trans et sur l’augmentation de la libido et de l’agressivité chez les hommes trans prenant de la testostérone. En ce qui concerne les femmes trans, il est souvent question de prostitution. Les stérotypes de genre chez les MtF sont souvent tenaces. La vie conjugale des MtF est très peu connue. Et cette méconnaissance est renforcée par le fait qu’il y a encore, souvent, une confusion entre orientation sexuelle et identité de genre. C’est la raison pour laquelle il semble urgent de prendre le pouds d’une personne trangenre MtF hormonée et opérée, ayant suivi son parcours en sus d’une situation de handicap visuel – laquelle a bien voulu répondre à quelques questions – qui se déroulent comme suit :  
Penses-tu que la transphobie orientée sur soi-même nuit à une sexualité épanouie ? 

 

Absolument, la transphobie orienté vers soi-même nuis à une sexualité épanouie dans la mesure ou le manque d’estime de soi mine cet épanouissement, la culpabilité qui découle de cette transphobie intérieure, parce que vécue à l’intérieur, et ne provenant pas d’une agression extérieure, bloque l’expression de toute une sensibilité qui enrichis les échanges amoureux, et cette culpabilité fragilise la relation avec les partenaires.

 

Que penses-tu de la sexualité, à travers la prostitution, dans la population transi?  L’épanouissement à travers a sexualité prostitutionnelle  n’est-elle qu’un mythe urbain ?  Car nous pouvons penser qu’une personne transidentitaire peut avoir une vie sexuelle en dehors des relations tarifiées. 

 

Il n’y a que des imbéciles pour croire que la sexualité à travers la prostitution apporte  un épanouissement,  et si les Trans sont socialement stigmatisées et discriminées, la prostitution n’est qu’une mince planche de salut tendue au dessus du gouffre de la misère, mais à mon avis une planche bancale et qui loin de procurer un épanouissement, au contraire confine la personne Trans dans un manque de repères et d’estime de soi, ensuite, il est possible évidement d’avoir des relations libres, consenties et non tarifées, et heureusement !

 

Une personne transgenre peut-elle, selon toi s’équilibrer par la sexualité ?Peu-elle s’équilibrer autrement : par d’autres pratiques et par voie de conséquences est-elle obligée de sublimer sa sexualité ?

 

Une personne Trans n’est pas du tout obligée de sublimer la sexualité, et les progrès techniques des chirurgiens permettent aujourd’hui d’explorer le plaisir et la jouissance dans des conditions optimales, et l’aspect « esthétique » des résultats permet de ne rien avoir a divulguer à un partenaire de sa transidentité, selon que l’on souhaite ou non, aborder avec lui ce sujet.

 

Ensuite, l’épanouissement à travers la sexualité dépend pour beaucoup là aussi, du rapport que l’on a avec le sexe, le plaisir, la sexualité, et donc aussi de l’estime de soi, hors la Transphobie intérieure  n’aide pas vraiment, c’est une surcharge émotionnelle dans un monde encore façonné par le sexisme et qui culpabilise la sexualité des femmes, et je dois avouer franchement que je n’ai pas assez d’informations en ce qui concerne les hommes FtM, en revanche, pour moi qui suis MtF, j’ai du durant les mois qui ont suivis ma chirurgie, travailler à réduire l’impact négatif de cette Transphobie et celui d’une éducation et d’un  long séjour dans  » le vestiaire des garçons », mais c’est assez facile, car le rapport au corps et au sexe qui est bouleversé aide à faire le tri, et a se réapproprier une libido en adéquation avec les fantasmes et les sensations que l’on découvre par l’exploration, l’apprentissage de l’auto érotisme, de la masturbation  vient compléter cette conquête du plaisir, la découverte de la jouissance soi seule ou bien lors des premiers rapports vient ensuite compléter cette connaissance de soi et apportent l’épanouissement.

 

 

Fut-il nécessaire, pour toi de pratiquer les toxines (tabac, alcool, drogues etc)  afin de palier un manque de sexualité, affectif, amoureux ?

 

Oui, ce fut nécessaire et je n’ai aucun tabou là-dessus !

Je peux même dire que je recherchais alors l’anesthésie totale, le KO, le « coup de poing dans la gueule » !

Avec l’alcool principalement, mais à l’adolescence, et après une puberté chaotique, j’ai découvert les effets de l’association de l’alcool avec les barbituriques et les somnifères, et j’étais à certains moments dans une recherche consciente d’une forme de suicide mais indolore et comateux, je souffrais durement de ma transidentité et des nombreux questionnements qui me tourmentaient tout le temps, il y a eu quelques fois aussi des amphétamines, mais principalement du cannabis de l’alcool, et malheureusement la cigarette, mais paradoxalement, je m’en suis mieux sortie que d’autres qui en sont morts dans mon entourage du fait que j’ai aussi pratiqué intensément les arts martiaux, ça m’a énormément aidé, jusque dans ma volonté de faire mon parcours !

 

Le sport, la méditation, les pratiques corporelles peuvent-ils aider à combler un manque de sexualité –  voire  les pratiques parallèle ? En somme, en quoi, selon-toi la transidentité ne constitue pas une pathologie liée à un état de fascination autour du corps ?

Comment peut-on vivre avec un corps féminin et dépasser le corps en étant trans ? 

 

En tant que pratiques parallèles  le sport, les arts, la lecture ou d’autres activités ne peuvent que contribuer au bien-être, et donc justement permettre de dépasser le corps, qu’il soit féminin, ou pas, ensuite, plutôt que de pathologiser la transidentité, sur ce plan là, j’ai préféré l’aborder comme une cause de mal-être sexuel, qui ne se révèle pas forcément par des troubles de la sexualité,  mais encore une fois par une incapacité croissante à s’épanouir dans une relation  basée sur la confiance et le partage du plaisir, nourris de complicité et de tendresse, ce à quoi la plupart aspirent, on peut je pense aborder la transidentité de manière très simple, et sans pour autant occulter les multiples facettes de la transidentité, mais ion est encore dans la culture du « pourquoi du comment », et dans la fascination de la curiosité qu’elle provoque.

Propos receuillis par Christophe Gerbaud


[1] ‘Mémoire d’une transsexuelle, la belle au moi dormant »  Ed : PUF, Souffrance et théorie. 2015


[2]  http://www.observatoire-des-transidentites.com/2014/06/esquisses-pour-un-savoir-pluriel-sur-la-sexualite-des-hommes-trans.html

 

Auteur : Christophe Gerbaud

Né le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné. Adopté à six mois. Handicapé visuel. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien stagiaire pendant un an. A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans le 11ème arrondissement de Paris, pour séances de psychothérapie.

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