Contre la psychologisation : Éloge de l’effort physique et spirituel !

Gilets rose

« Le rassurant de l’équilibre,
c’est que rien ne bouge.
Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour tout faire bouger. »
Julien Gracq.

 
« La vie est courte et nous nous devons de lui accorder un soin extrême. Mais elle peut paraître très longue. Femmes, personnes âgées, en situation de handicap.s, malades, sdf, toxicomanes, etc. Ces vies, sans réelles possibilités de solidarité sont très longues, l’attente chronique (« asilaire », errante) peut aussi paraître infinie … Lorsque nous n’avons pas les moyens : culturels, de réseaux sociaux, économiques, spirituels pour trouver un emploi, un logement, une vie amoureuse, pouvoir élever un enfant, mener une vie à peu près décente, avec un revenu supérieur à 900 euros/mois, nous faisons face au mur de la réalité et des cooptations impossibles, à ce mur de classe, symbolique et physique – lequel part bien souvent de la peur bourgeoise du corps vulnérable ou « infirme ». Si depuis 1870, l’empire financier gouverne la politique du pays, il est aussi juste de voir que notre politique néolibérale actuelle mène une guerre économique contre les plus faibles en favorisant une atomisation de la société, une rupture du lien culturel et social – qui est une forme de « distinction » se jouant au niveau des mots : d’une classe sociale, d’une ethnie, d’un genre à l’autre -. Il s’agit d’un ravage sur la scène du social. Ayant parfaitement détruit tout lien social, depuis des décennies. Même si du point de vue des mœurs la condition des femmes (« cisgenres » : femmes naturelles ou « transgenres » : femmes ayant changé d’identité corporelle) depuis 60 ans tend à s’améliorer. On ne peut nullement penser la condition individuelle de précarité des femmes sans penser à l’inclusion concrète de ces dernières au sein de l’économie contemporaine ! D’un côté l’économie financière tue très rapidement les individus, toutes les statistiques de santé publique récentes (2017 /2019 en matière de cancers ou de suicides) démontrent cela. D’un autre côté, l’état des mœurs et par voie de conséquence des lois progresse petit à petit ce qui permet à ces dernières voies de s’exprimer à travers les réseaux sociaux, ouvrant la possibilité de paroles semi-publiques ou publiques (au sens premier de la « Démocratie ») qui, il y a 200 ans n’auraient pas pu avoir voie au chapitre. A ce sujet, je vais citer les propos du prérévolutionnaire –  enfin, cela serait certainement à développer Historiquement, dans une approche critique de Jean-Jacques Rousseau. L’injustice née de l’inégalité morale ou politique, comme l’appelle Rousseau pour la distinguer de l’inégalité naturelle ou physique, est magistralement décrite dans un passage de son article « Économie politique » de l’Encyclopédie. Il mérite d’être cité en entier :

« La confédération sociale […] protège fortement les immenses possessions du riche et laisse à peine un misérable jouir de la chaumière qu’il a construite de ses mains. Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? toutes les grâces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées ? et l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur ? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de son impunité ? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes et les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, et dont au bout de six mois il n’est plus question ? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussitôt en mouvement, et malheur aux innocents qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux ? voilà ses escortes en campagne ; l’essieu de sa chaise vient-il à rompre ? tout vole à son secours ; fait-on du bruit à sa porte ? il dit un mot et tout se tait ; la foule l’incommode-t-elle ? il fait un signe et tout se range ; un charretier se trouve sur on passage ? ses gens sont prêts à l’assommer ; et cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seraient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ses égards ne lui coûtent pas un sou ; ils sont le prix de l’homme riche et non le prix de la richesse. /Que le tableau du pauvre est différent ! Plus l’humanité lui doit, plus la société lui refuse : toutes les portes lui sont fermées, même quand il a le droit de les faire ouvrir ; et si quelquefois il obtient justice, c’est avec plus de peine qu’un autre n’obtiendrait grâce ; s’il a des corvées à faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence ; il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a le crédit de se faire exempter ; au moindre accident qui lui arrive, chacun se détourne de lui ; si sa pauvre charrette renverse, loin de d’être aidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant les avanies des gens lestes d’un jeune duc : en un mot, toute assistance gratuite le fruit au besoin, précisément parce qu’il na pas de quoi la payer ; mais je le tiens pour un homme perdu, s’il a le malheur d’avoir l’âme honnête, une fille aimable, et un puissant voisin » J-J Rousseau – dans le « Discours sur l’économie politique » (1755).Ce texte nous pose une question claire et d’actualité : est-ce que le fait d’être mis.e au ban de la société veut nécessairement dire que ces personnes sont paranoïaques ? Comme le dit le grand cinéaste Woody Allen : « On peut être paranoïaque et avoir réellement des ennemis ». Certes, mais il convient de dire que ces rapports de force contemporains, nous femmes… (biologiques ou culturelles) nous montrent que nous pouvons être vulnérables et en même temps puissantes ! Dans le même temps nous pouvons être hystériques et/ou paranoïaques mais parfaitement lucides face au rôle Historique joué par les héritier.es privilèges (?), disposant de « réseaux de cooptation ». Dans cette vie, là où nous faisons 10 gestes pour pouvoir survivre et péniblement militer puis montrer notre courage, vous (?), vous faites 2 gestes et, n’avez qu’à être là, présentes et sollicitées par les médias, les partis politiques, les employeurs potentiels pour exister Que la lutte continue !
Je vous remercie de votre attention ». Chris Gerbaud DISCOURS FÉMINISTE AUX GILETS JAUNES – 7 ffévrier 2019.

Nous ne sommes pas libres, mais tout de même …

Dire à un être humain qu’il doit assumer sa vie, parce qu’il a une maladie, un handicap, une sexualité « non-conforme », une manière de s’exprimer différente laisserait supposer que nous choisissions la « volition », ce qui veut dire le mouvement, le désir qui anime nos corps et engendre la volonté, dire cela voudrait aussi dire qu’un être humain doit assumer ce qu’il le « met sur le ban » et cela  n’a strictement aucun sens. Primo. Nous ne savons pas ce que peut notre corps – disait Spinoza. Secuondo. La nature ne relève ni du bien ni du mal, elle fait son petit bonhomme de chemin, avec des efforts pour persévérer dans le processus de la vie. Il est toujours ainsi plus aisé de vouloir responsabiliser une personne qui n’a aucune prise sur ce qui lui arrive qu’une personne qui pense avoir « choisi sa vie », être libre etc. Ne pas psychologiser, cela veut dire : n’avoir strictement aucun intérêt pour les causes qui engendrent tel ou tel comportement humain. Car si l’on ne choisit pas sa vie, l’on choisit ce que l’on peut en faire (- sur ce point il convient de prendre la mesure de la leçon freudienne : nous sommes déterminées par notre naissance mais une brèche-existentielle de « libre-arbitre-sartrien » peut parfois s’ouvrir…sur le chemin de nos vies. -) ; nous ne pouvons pas grand-chose sur nos symptômes, en revanche ce qui relève de notre responsabilité est l’effort que nous employons à construire un édifice qui se tienne… à peu près droit. Avoir un emploi qui permette de remplir payer les factures et remplir le frigo, un logement, des enfants, éventuellement faire du sport ou pratiquer des arts, afin de canaliser nos énergies négatives ; réaliser cela est déjà une chose tout à fait considérable. Énorme !

 

Ainsi, depuis le XXème siècle, dans l’héritage « positiviste » (Auguste Comte) et notre contemporanéité est également encline au raisonnement « ingénieurial » qui donna lieu aux à la gestion des ressources humaines, nous savons que la fonction de GRH est née dans les années 1850-1944. A partir de De 1944 à 1990, la fonction a connu un essor du fait des deux chocs pétroliers consécutifs (licenciement) mais aussi des mouvements portés par divers ingénieurs engendrant : Taylorisme, Fordisme, Toyotisme etc.). Notons par ailleurs, que le cerveau et son pendant : l’intellect (la spiritualité) ce tout relève du cœur (des hommes semblaient sensibles à ce lien : B. Pascal, J-J Rousseau voire M. Blanchot) – contre toute apparence et stéréotypes de pensée aux catégories mentales trop simples, nos intelligences sont diverses et complexes  Ainsi, il en va de la passion et, la passion est à réguler en société, notamment par l’éthique et le droit.  Par manière  de référence au philosophe Emmanuel  Levinas, il serait même possible d’ajouter que le visage est un paysage (intérieur et extérieur). L’éros et l’éthique du visage font jouer une équivoque, dans le miroir de la personne « transgenre » ; en ce sens, je suis responsable d’Autrui. Responsable dans le désir qui me porte à nu au : « trouble dans le genre » (ce qui délie une sorte de nœud de la société par sa remise en question de la binarité de genre des êtres…) et peut aussi être créateur de responsabilité interindividuelle et désirante. Donc, lorsque l’on peut : physiquement et spirituellement ou inconsciemment on veut ; la phrase qui consiste à dire : « Quand on veut on peut » relève de la pure idéologie ?  – probelement trop simplificatrice, réductrice … – et ne correspond souvent à rien en termes biologiques et médicaux, cela dépend du sens qu’on donne à la phrase, Car des philosophes comme Hans Jonas ou Emmanuel Kant nous porteraient à penser autrement.

 

Mener une vie philosophique, éthique et pratique dans la non-nuisance !

 

Finalement, la vie est simple. Si je ne me contraignais pas, par éthique, à écrire, courir parfois une heure et demie, peindre, dessiner, filmer, chanter, réaliser, mettre en scène ; je passerais mes journées à boire du vin rouge et en techniques onanistes « Femme-putain-soumise-esclave » de la mère imaginaire, cela me ressemble, certainement Car, oui… je suis une « héros-ine », je travaille ; comme une « dingue » parce que la société valorise le sport, les arts et, ostracise (encore plus les « branleuses »). Ce qui est décalé, (« perché » … « hipe » (« déconnant », « délirant », « provocateur » … ?) dans ce que je te dis, qu’est-ce ? Juste le fait de continuer à lutter à bientôt quarante ans en ayant été abandonné.e par la mère, ce qui est – « grosso modo » – un véritable exploit ! Ce qui constitue enfin d’une manière parfaitement adéquate une idée de la volonté. De la puissance corporelle et spirituelle est à l’œuvre au milieu de cette vie dans le sillon de la : « grande santé nietzschéenne » – à partir de là, accepter ce que nous sommes, vivre au présent et ne pas nuire (ne forcer personne à quoi que ce soit, mais seulement s’efforcer soi-même d’Aimer, travailler comprendre donc apprendre) reste une ligne de conduite éthique à tenir ! Cela signifie que la volonté générale – celle des gilets jaunes, des internautes ou des concitoyens que nous sommes dans la rue … –  est la volonté et l’effort de chacun et non une fictive volonté collective.


Chacun.e, en tant qu’être raisonnable et éthique sait que, si son intérêt propre n’est pas exactement l’intérêt public, il est cependant totalement suspendu à ce dernier et, c’est ce que souvent chacun entend dans les crises et les guerres. Bien sûr, tant que je suis aussi déraisonnable ; c’est là que j’imagine séparer les deux. La grande difficulté à laquelle se heurtent aussi bien les sages institutions que la plus perspicace éducation, c’est que si chacun est capable de voir où est le meilleur, cela n’empêche souvent pas de faire le pire ; d’où la nécessité de relire Jean-Jacques Rousseau à la lumière des lunettes spinozistes et freudiennes ; quitte à me répéter, avec des références probablement par top masculines : « primum non-nocere » !

Par Chris Gerbaud, votre serveuse; le dimanche 10 février 2019.

 

 

Auteur : Christophe Gerbaud

Né le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné. Adopté à six mois. Handicapé visuel. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien stagiaire pendant un an. A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans le 11ème arrondissement de Paris, pour séances de psychothérapie.

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