« Psychose » : de Marx-Debord-Baudrillard à la connasse … !

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Le salaire est déterminé par la lutte ouverte entre capitaliste et ouvrier. Nécessité de la victoire pour le capitaliste. Le capitaliste peut vivre plus longtemps sans l’ouvrier, que l’ouvrier sans le capitaliste. Union entre capitalistes habituelle et efficace, celle entre ouvriers interdite et pleine de conséquences fâcheuses pour eux. En outre, le propriétaire foncier et le capitaliste peuvent ajouter à leurs revenus des avantages industriels ; l’ouvrier ne peut ajouter à son revenu industriel ni rente foncière, ni intérêts de capitaux. C’est pourquoi la concurrence est si grande entre les ouvriers. C’est donc pour l’ouvrier seul que la séparation du capital, de la propriété foncière et du travail est une séparation nécessaire, essentielle et nuisible. Le capital et la propriété foncière peuvent ne pas rester dans les limites de cette abstraction, mais le travail de l’ouvrier ne peut en sortir.
Karl Marx [
1], Manuscrits de 1844

Un jour qu’on léchait tranquillement les vitrines comme d’habitude rue de Passy on a croisé une bande de mecs qui ont carrément dit à voix haute devant tout le monde eh ben en voilà une belle brochette de connasses. Je suis sûre qu’ils étaient de Saint-Jean-de-Passy ou de Janson-de-Sailly ces freluquets avec leurs dégaines pourries c’est pas possible autrement. A partir de là on a décidé de se baptiser les connasses et depuis c’est devenu le nom officiel de notre bande connue et respectée dans tout le quartier de la Chaussée de la Muette jusqu’au Troca. Sonia Muller, Un amour de connasse

RESUME : Cet article met en perspective – de manière empirique et pragmatique – le lien entre  une personne impliquée corporellement dans une vie transgenre et une position de : « clinicienne-épistémologue » ; ceci dans une situation de la vie militante. Dépathologiser l’identité de genre, quelle qu’elle soit – par les arts et la politique ou les technologies nouvelles, dans un contexte contemporain, là est bien l’enjeu de cette approche. La psychanalyse, comme les arts, doit assumer le dialogue avec les « théories queers » : comment s’y engager sans verser dans des positions caricaturales ?  In-fine là où certaines cliniques diagnostiquent des situations de psychose, le sujet se retrouve toujours stigmatisé ; ne serait-ce que par le diagnostic de psychose, marque au fer rouge terminologique. Il est enfermé à tout jamais dans les affres d’une maladie, nous nous efforcerons de récuser la maladie dite « psychique ». Mais au fond, n’est-ce pas à cela peu ou prou que tient la difficulté en clinique ? N’est-ce pas dans une certaine mesure à une forme de « pensée automatique » de la part de bon nombre d’acteurs du pouvoir médical, liée au nommer, de « nosographier » l’innommable ? Le « pensée  queer » et sa sœur jumelle la psychanalyse pourrait ainsi être perçue comme des paradigmes de liberté individuelle et collective. Ce texte parut en sa version d’origine dans le magazine « l’Airétik »1, cette nouvelle version revuiste cette première écriture selon la perspective rafraichie de la connasse.

Une auto-socio-analyse : spectacle clinique ?

« Toute ma vie, je n’ai vu que des temps troublés, d’extrêmes déchirements dans la société, et d’immenses destructions ; j’ai pris part à ces troubles » écrivait
Guy Debord, dans  
Panégyrique. La recherche identitaire reste bien souvent une « richesse-antifasciste », dans tout contexte social, à fortiori conservateur. Mais pourquoi est-il difficile de comprendre les personnes en situation dite de psychose ?

Avant toute chose, je ne suis ni médecin, ni savant en titre, ni psychanalyste en exercice, ni analysant ou patient ; position de (« ni-ni ») qui crée une distance radicale vis-à-vis des catégories cliniques : névrose, psychose et perversion. Dans cet article, je me propose, de manière exploratoire, sceptique et heuristique, de déployer le concept de psychose à l’œuvre, à travers la crise de la psychiatrisation actuelle et dans ses enjeux politiques. L’on pourrait qualifier ce texte de témoignage questionnant d’un ex-patient-sa(v-ch)ant qui écrit pour pacifier la haine qui est en lui. Atteint d’un nystagmus congénital, d’une dysphorie de genre et de troubles liés à diverses addictions, je n’en suis pas moins formé à la psychanalyse à travers différentes associations (ALI, APPS, CEWR). Par ailleurs, je suis titulaire d’un master de philosophie des sciences et de sociologie du handicap. Mon travail littéraire et militant porte depuis 2003 sur le lien maternel. Dans ce contexte, je me pose la question suivante : puis-je être tenté par la psychose ? « […] Il faut être profondément philosophe et analyste pour savoir ne pas l’être. La pensée psychanalytique [et épistémologique] n’est-elle pas toujours pour chacun à repenser ? » [2]

En clinique une question revient à chaque fois : « Est-ce que ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas ? » Mais le style de chaque individu parait échapper à tout « fonctionnement » lié au vivant. « Depuis plus de dix ans, je me travestis. Internet a changé ma vie – j’ai pu ainsi défendre publiquement mes différences. Travesti et amblyope, j’ai décidé de vouer ma vie à la recherche. Plus exactement, c’est la découverte d’une sœur de trois ans mon aînée, née d’une mère orpheline pupille de l’État qui fut traumatique et inspiratrice d’une incarnation féminine. C’est ainsi la quête du visage et du corps de la sœur qui s’est engagée2. J’avais vingt-et-un ans lors de cette découverte. Encore combien de temps peut vivre ce désir, je ne puis dire. Mais l’affirmation de mon instabilité passe aussi par une déficience visuelle : un nystagmus congénital – du fait de son mouvement oculaire – qui m’a condamné à la quête perpétuelle d’identité. Or je ne me suis jamais fait d’idées. Cet abandon, l’adoption, le handicap, les effets d’une recherche de soi en tant que sujet, ces choses n’ont jamais été simples à appréhender. J’ai été réellement atteint par un choc, d’aucuns parleraient de catastrophe ! Mais au bout de près de cinq ans de cure avec mon psychanalyste, un hasard extraordinaire m’a donné quasiment l’assurance que je pourrai échapper à mes propres déterminations, que les mœurs ordinaires portent à sceller tels des fers d’une vie de personne handicapée finie, au moins en sa dimension biologique, mon sexe. Le poids de la famille est énorme. Une mère omnipotente et longtemps invasive un père taiseux et soumis aux jougs maternels. Le roman serait long. De même, en plus de mon travestissement, je n’ai jamais pu admettre ni avouer à tous mes proches ma déficience visuelle. J’ai pu savoir intimement que j’allais pouvoir, au moins en substance, à travers le langage, m’en tirer. J’ai pu, je peux me poser si longuement encore, cette question : travesti et handicapé, est-ce trop pour un seul homme ? »3. Depuis septembre 2018, je suis un traitement hormonal, ce qui constitue pour moi une tentative de régulier, discipliner, encapsuler mon « chaos interne » (« psychotique ») dans un une armature « dite » « névrotique », pour utiliser une terminologie standard ; mais tout à fait critiquable. Catégorie à déconstruire donc, car participant d’une politique néolibérale (au sens économique), c’eest à dire réductionniste – simplificatrice. « Parce que l’individu sur le plan des marchés est devenu remplaçable (dé-subjectivé), comme un soumis, comme un maître ou une maîtresse dans les jeux sadomasochistes. Au travail, l’individu n’est plus qu’un objet d’ « effectuation » de tâches opérationnelles dénuées de contenu. Exposé à la précarité des petits travaux, l’individu se doit de se plier à la méditation, à la neutralisation et à la naturalisation de sa subjectivité ; au rôle bien joué de dominant ou de dominé. Exit toute lutte émancipatrice par la parole psychotique (de vérité), folle, hasardeuse, jazz. Il n’est plus possible de travailler si l’on n’est pas libéral. D’ailleurs, tous les contrats vont dans le sens de la précarisation ; les missions intérim, les vacations, les remplacements, les quart de temps, etc. En 2019, si vous êtes antilibéral, nous n’aurez pas de travail. C’est la raison pour laquelle les jeunes intellectuels (anthropologues, sociologues, philosophes, psychanalystes, artistes et autres) sont sommés de rester au chômage. Le monde contemporain ne veut plus d’individus qui exhortent à l’insoumission, la transgression, à la révolution de classes. Les classes sociales ont en effet été remplacées par la xénophobie, la judéophobie, l’altérophobie. Autrement dit, le libéralisme postule une horizontalité de classes qui est en fait un déni de l’altérité et donc du monde associatif, syndical, mico-politique. Il ne s’agit plus de lutter mais de payer pour travailler, s’inscrire dans la reproduction bourgeoise, s’avachir dans le règne objectivant, scientiste, évaluatif, quantitatif et surtout autoritariste de la haine des Humanités (Historiques, Poétiques et Imaginatives). L’inculture spectaculaire a gagné !4»

Le titre de l’ouvrage  La tentation psychotique, de Liliane Abensour, peut surprendre, mais il a le mérite de poser un problème : la psychose peut-elle être « tentante » ? Revenir aux troubles identificatoires de l’enfance, à la mère manquante lorsque l’on a été abandonné, au travestissement (« faux-self ») identitaire pourrait ainsi être un pari, ou au moins une résistance paradoxale, car liée au marché qui nous rend esclaves mais en même temps libératrice.

S. Freud abolit les frontières qui séparent le normal du pathologique. L. Abensour, quant à elle, installe la psychose du côté des interrogations philosophiques et artistiques – métamorphismes et parfois naufrages – qui s’imposent à tout être humain. Comment pouvons-nous nous penser en clinicien « normal » ? Comment nous penser en patient « anormal » ? Ou encore : comment le syndrome de Dr Housse peut-il s’éployer telle une nouvelle figure du « clinicien malade » ?

Ce qui hisse la « barrière » entre la personne « normale » – non-psychotique – et le psychotique, pourrait être le rapport qu’elle entretient au travail (à la vie professionnelle). En réalité, les patients psychotiques ne relèvent pas d’un état régressif, tout au contraire, « ils souffrent précisément d’une difficulté à régresser ». En effet, régresser cela suppose une sorte d’intériorité réceptrice (l’« état intérieur » de Bion) ; or celle-ci est absente dans la psychose : à sa place le sujet rencontre immédiatement le vide, l’effondrement, l’implosion (ce sont des situations où le patient dit psychotique peut casser des objets ou être violent avec autrui ou lui-même). Il peut être question d’un passage à l’acte à travers la prise de drogues, voire parfois de crises maniaques : on sait que statistiquement les prises de tabac et d’alcool sont corrélées au taux de suicide. Dès lors que nous nous sentons dans la non-considération narcissique, c’est l’effondrement, l’implosion ou la crise.

L’écriture, la forme écrite, constituerait une suppléance, un mode de survie, un travail psychique : ne pouvant se référer à la réalité des choses, les psychotiques se raccrocheraient aux mots comme première issue hors de l’informe – du trouble qui ne peut être nommé et que l’on trouve dans bien des expressions artistiques qui nous parlent du « bizarre ». L. Abensour décrit le « vivre psychotique » organisé autour d’un trouble fondamental concernant la temporalité – ce que je nomme horaires, règles de vie, devoirs à suivre au travail, etc. Par ailleurs, inconsciemment je n’ai pas de désir phallique, ou très peu, ce qui est lié à ma « bisexualité psychique » [3]. La chose est-elle un hasard… ? Pour illustrer cet article, il semble nécessaire de convoquer, en premier lieu, l’expérience clinique qui fut la mienne lorsque j’étais patient en centre médico-psychologique.

De 2009 à 2014, j’étais suivi rue d’Alésia en CMP (Centre Médico-Psychologique) pour « dysphorie de genre » (auto-diagnostiquée) [4], c’est-à-dire trouble de l’identité sexuelle. Et, à certains moments, cela me faisait du bien de voir le jeune médecin psychiatre qui me suivait. À bien des égards, j’aimais lui parler et le transfert, entre lui et moi, était positif. Lui, médecin-psychiatre « intégratif ». (La thérapie intégrative est une méthode de psychothérapie unifiante qui répond à la personne au niveau affectif, comportemental, cognitif et, physiologique et considère également la dimension spirituelle de la vie.) Le psychiatre qui me suivait était vif et calme, grand et parfois barbu, à d’autres moments entièrement rasé de la tête et du visage ; il avait une allure générale sportive. J’attendais mon tour, dans ce centre Médico-Psychologique dépendant de Sainte-Anne : blanc, neutre, aux odeurs de liquide désinfectant pour hôpitaux, dans le silence ou le délire de certains patients assis à côté de moi. Cet univers m’était, en réalité, insupportable, trop médicalisé, trop distant dans le rapport entre soignants et patients, trop séparé par l’hygiénisme d’une pensée qui se voudrait « normale ». J’entends par là que d’un côté il y a les psychiatres, psychologues, infirmiers, assistantes sociales, secrétaires médicales, c’est-à-dire des gens qui ont un emploi, une fonction, un rôle déterminé qui peut les porter tant à juger qu’à éprouver de la pitié ; et que de l’autre, il y a des patients qui attendent qu’une étiquette tenant lieu de diagnostic leur soit « collée », ou espèrent une providentielle guérison de leurs symptômes, voire, pis, attendent l’instant magique d’une belle décompensation. Toute la tristesse de l’espèce est là, résumée en psychiatrie. Soyons clairs, ce centre n’était qu’un hôpital de jour. Mais ça sentait plus que le soin : ça sentait le dédain. Tel était mon sentiment. Car pour moi le blanc de la psychiatrie française et de ses blouses est une forme de « mouroir » (dernière roue du carrosse hospitalier), en ce sens que le patient n’est pas supposé avoir un réel savoir sur sa « maladie » : il reste objet de la médecine. Telle est la bien-pensance « bio-médicale » (qui soigne par les petits bonbons magiques …) à partir de laquelle peut éclore un ressentiment – chez le patient, comme chez le thérapeute – à l’égard du fou, du marginal, de la personne en situation de handicap, de l’exclu de la société, etc. Est-ce moi qui aurais un souci avec les individus stigmatisés ? marginalisés ? individus qui pourtant sont mes pairs ? Que peut donc penser un épistémologue-esthète de la psychiatrie ? S’agit-il de savoir de quel côté de la barrière il faut se tenir ou être ? Et en termes de psychose, de quelle barrière peut-on parler ?

La marchandise, cette pathologie totémique

Dans ses Manuscrits de 1844, Marx écrit comme personne que l’argent tend à devenir un fétiche, autrement dit, non plus un moyen, mais une fin en soi. Au même titre que la société mondialisée, le corps bio-psycho-social reste esclave de lui-même, en ce sens qu’il ne désire pas devenir un « objet-ubérisé ». [5].

Le sujet aliéné, fétichisé (par la marchandise qui le porte à s’oublier dans cette « société du spectacle » dont parle Guy Debord) est un sujet mélancolique du fait de son identification à l’objet. En effet, l’on peut souligner avec Baudrillard que, dans l’univers libéral postmoderne, règne aujourd’hui une avidité pour les objets. Citons le philosophe-sociologue : « Chaque bibelot repose sur un napperon. Chaque fleur a son pot, chaque pot son cache-pot, il s’agit non seulement de posséder, mais de souligner deux fois, trois fois ce qu’on possède, c’est la hantise du pavillonnaire et du petit possédant » [6]. Ce phénomène d’engluement dans l’objet a certes produit une libéralisation, autrement dit un « plus-de-jouir » des individus, et fait sauter les carcans qu’induisaient, spécialement sous la forme des névroses (formes sociales, cuirasses tendues, rigides), les interdits sociaux – surmoïques – des temps anciens, mais en contrepartie, cette libéralisation laisse le sujet en panne de référence, sans esprit. De l’objet le sujet contemporain fait son totem.

C’est un sujet livré aux enjeux de la mélancolisation quand il est confronté au manque de langage, de symbolisation, à ceux de la manie quand il le refuse. C’est l’enjeu du travail psychique contemporain de notre société que de créer des conditions qui ne laissent pas le sujet emmêlé dans les parlottes libérales, solitairement aux prises avec l’impossible de la réalisation de la jouissance. L’effectuation du désir du sujet, en vue d’une jouissance réellement effective, peut passer par la formulation de son « odyssée intime ». Ainsi, rendre au monde son étrangeté, l’appréhender avec un regard de désir et de séduction, telle fut l’entreprise de Baudrillard. Ni morale, ni uniquement critique, une « pensée radicale » sait déconstruire la mélancolie maniaque induite par le règne de la chosification. Comment ne pouvons-nous pas avoir envie de rendre le monde séduisant par son étrangeté ?

Après Marx… et les toxines de l’objet : dépasser le « masculin »  par un «  devenir- connasse ! »  

La psychose corrélée à la « dysphorie de genre » est, pour des raisons de santé publique (hygiène), politiques (pouvoir) et morales (judéo-chrétiennes) mal diagnostiquée ou régulièrement associée à un état dit bipolaire. En clinique, la causalité scientifique ne va jamais de soi. Là est la raison pour laquelle nous parlons de psychose. L’étiologie de cette spécificité de l’esprit est parfois rapprochée d’un phénomène de dispersion des idées, de « trous » – de vides – associés aux « pleins » de la pensée qui peuvent être introjectés sous forme d’objets, les objets étant les signes d’une matérialité extérieure : ces fétiches, cette marchandise, ce spectacle, le glamour (le vernis à ongle, le « tuning ») le fake ou les artefacts en sont des totems. Cette société n’entend pas ce qu’est la « dysphorie de genre », ce qu’elle est réellement : une remise en question critique de ces noyaux psychiques que seraient le masculin et le féminin. Qu’elle y réponde par la raillerie, la moquerie, l’incompréhension, fait d’elle le paradigme d’une société malade qui n’entend rien au trouble. La personne transgenre est chosifiée. En ce sens, il y a dans notre société occidentale contemporaine une « pathologie de l’objet », i. e. une chosification perpétuelle. Guy Debord écrivait : « Le vieil océan est en lui-même indifférent à la pollution ; mais l’histoire ne l’est pas. Elle ne peut être sauvée que par l’abolition du travail-marchandise. Et jamais la conscience historique n’a eu tant besoin de dominer de toute urgence son monde, car l’ennemi qui est à sa porte n’est plus l’illusion, mais sa mort » [7]. De la marchandise capitalistique à l’effacement de la réalité postmoderne jusqu’aux diverses expressions de la « société du spectacle », le sujet se hisse à ce seul « doudou » restant qu’est le fétiche ou l’argent (la lingerie féminine pour certains…). Or comment pouvons-nous survivre psychiquement avec un seul objet ? L’argent, dans nos sociétés, est paré de vertus « surnaturelles », il est l’objet-même. Et c’est là que Freud s’en est mêlé, car le fétiche, la marchandise, la société du spectacle, les sun-lights des médias sont finalement les paradigmes d’un « socius » pollué ; ils ne sont qu’un leurre. Le « fétichiste » contemporain, ce « héros de la bizarrerie » voit souvent dans les faits sa capacité à jouir souvent très limitée. Les ignorants (de leur propre ignorance) – fanatiques des objets – redécouvrent cette vérité d’une banalité affligeante : « l’argent ne fait pas le bonheur ». Comment pouvons-nous accepter d’être un sujet aliéné à l’objet quel que soit sa forme ? S’aimer, et retourner le stigmate de l’aliénation à l’objet sur « nous-mêmes », cela semble être l’unique solution logique ! (comme auraient d’ailleurs pensé les sociologues E. Goffman puis P. Bourdieu) [8].

La psychose non revendiquée, non assumée [9] – comme disait Jacques Lacan n’est pas fou qui veutatteint un point d’effritement, voire de décompensation, lorsqu’il n’y a plus d’acceptation de sa propre étrangeté, de sa spécificité mentale. La moindre folie est bien de l’écrire. Donc, nous nous devons d’accepter, avec joie, notre tristesse désespérée, dépecée et chaotique, et je conclurai avec cette phrase de Jean Baudrillard : « Il est difficile de remédier à notre propre tristesse parce que nous en sommes complices. Il est difficile de remédier à celle des autres parce que nous en sommes captifs » [10]. Avec ces trois figures majeures, de la clinique sociale et critique : Marx, Debord, Baudrillard nous percevons que l’aliénation toxicomane au fétiche – cette « fumée » des grands « grills de l’ordre social » – jette dans le trouble, quand elle ne tue pas… ! Mais à travers cette tristesse patente nous devons éclairer l’avenir subjectif, poursuivre l’observation incessante de la vitalité « queer » (dite : tordue) du sujet, poursuivre notre voie dans la jouissance la plus adéquate à notre histoire intime et politique.

Selon la psychanalyste Clotilde Leguil « le signifiant est ce qui nous marque, non parce qu´il nous assigne à une sexualité nécessairement hétéro-centrée, mais parce qu´il est toujours reçu de l´Autre par le sujet qui est comme une surface lisse – c’est-à-dire : l’Autre recevant parfois comme une caresse, parfois comme un coup de fouet, parfois comme un don d´amour, parfois comme une abolition même de notre être » 5. Il s’agit donc, par l’entremise de la performance du genre esthétique ou artistique d’autoriser le sujet à inventer lui-même la manière dont il sera homme ou femme à partir de la façon dont il a reçu le signifiant et les effets de ce signifiant sur son corps, vivre avec fierté sa féminité. Mais il convient aussi, à la lecture du livre « L’être et le genre »6 de Clothilde Leguil de poser la question suivante : comment dépasser les stéréotypes de genre, et comment faire en sorte qu’un homme « devenant-femme » (par une métamorphose bien plus qu’un simple « déguisement » qui est le terme utilisé par Clothilde Leguil) puisse faire œuvre à partir d’un « désir multiforme », d’un « élan-vital » de connasse ? Car un « désir multiforme » pourrait être autant un homme qui désire être femme désirant une femme, que désirant un homme. Le genre, tel qu’il est signifié à travers le corps – même métamorphosé, donc transgenre – n’indique nullement une orientation sexuelle. L’Autre pourrait être « une canaille » (cynique et hermétique à l’analyse : ne pouvant pas entrer en analyse …), au sens de Jacques Lacan. Ne pourrions-nous pas toutes et tous être ainsi : des « canailles » et/ou des « connasses » ? Pour Jacques Lacan, la canaille est clairement perverse. Or, l’on sait, en clinique, qu’un pervers ne peut adhérer au transfert d’amour avec le psychanalyste. L’Autre est toujours au-delà –  comme disait Michel Foucault : «  Je ne suis déjà plus là où vous me suivez et je vous regarde d’ailleurs »7.

Ainsi donc, nous pouvons dire que l’art, l’expression de la « conasse » relève de la transformation (transgenre) du corps et du psychisme. Transoformation qu’il s’agit cliniquement de dépatologiser (dans la mesure où le travestissement en clinique est, encore, parfois considéré comme une forme de dite psychose, à travers son intentionnalité « paraphile »). Il s’agit d’entendre le travestissement au sens où le décrit l’artiste Jérome Carrié (dans son article «  Du jeu à la norme » : l’art du travestissement ») 8, lorsqu’il fait référence à l’artiste suisse Urs Lüthi ainsi qu’à l’œuvre de l’artiste américaine Cindy Sherman. Leurs démarches s’attachent d’une part à déconstruire et dénaturaliser le genre (que les conservateurs qualifient, à leur manière archaïque, de sexe avec « déguisement »  et d’autre part, elles permettent de prendre conscience de l’attribution arbitraire des rôles dévolus aux hommes et aux femmes. Comment leurs œuvres mettent-elles à jour les stéréotypes, les catégorisations et les binarismes ? En quoi ces « artistes travestis » peuvent-ils nous servir à repenser les catégories sexuées et les relations entre homme et femme ? Ainsi déconstruire le binarisme du genre à travers une éthique construite empiriquement et conceptuellement procède non seulement de « l’hapax existentiel », pour parler comme Wladimir Jankélévitch mais avant toute chose de ce que Michel Foucault a nommé « savoir-pouvoir ». 


Depuis des années des théoriciens travaillent à l’émergence d’une épistémologie queer, mais ils
 font face à des résistances d’ordre politique. Résistances fondées sur les représentations (communes) du corps d’une part, et d’autre part celles liées à la pathologie clinique comme évoqué plus haut, (résistances) opposées par les instances politiques et universitaires qui, comme l’écrit Marie-Hélène/Sam Bourcier (article « Le nouveau conflit des facultés : biopouvoir, sociologie et queersturies dans l’université néolibérale française. Par ailleurs, la néolibéralisation en cours de l’université et des savoirs ajoute des niveaux de résistance à l’introduction en France des études culturelles. « La sociologisation de l’homosexualité affecte doublement les minorités vulnérabilisées qu’elle décrit ou prétend soutenir : premièrement en invisibilisant tout ce qui n’est pas « straight » et notamment les sujets de savoir queer La critique sociale est à la fois le constat d’une physique-clinique et institutionnelle ». Retravailler les sillons d’une manière éthique en manière de diagnostic des discriminations relève d’une archéologie à mener tant sur le plan de la santé des individus que sur celui de leur expression culturelle, artistique. Guy Debord avait d’ailleurs finit par l’admettre, le spectacle – c’est-à-dire l’artifice, l’illusion, les faux-semblants liés aux clichés, aux représentations psychiques inconscientes falsifiées par l’extériorité sociale – est partout. Lutter contre la représentation comme fin ultime de nos pensées et de nos actes, telle fut la mission impossible que s’imposèrent Guy Debord et les situationnistes tel que Raoul Vaneigem, qui déclarait avec panache : « Il faut se lancer dans tout aventure intellectuelle susceptible de repassionner la vie ». Or, introjecter cette mission clinique politique et artistique relève d’une lutte radicale – toujours d’actualité – contre les représentations non queerisantes, stéréotypées, binaires que l’on peut lire dans l’expression du néolibéralisme  Or, n’est ‘il pas possible de défendre la thèse suivante : De l’art à la « folie », il n’y a qu’un pas…, mais : « la folie n’a pas d’œuvre », insistait Michel Foucault ! 9 Car, « la connasse, c’est moi »10 ; en œuvre existentielle.

Nous pourrions vivre cette chose là qu’est le « neutre », tel un rite païen glorifiant la marchandise. Ainsi, pour finir en appeler à la révolution du féminin, par la figure originale en philosophie de la « connasse » ; cette apôtre du fétiche (« grigri traditionnel », « marchandise » et / ou « objet sexuel phallique ») ! Inventer la narration, sur le mode féminin relève d’un enjeu social important. Auto-agressive, n’arrivant à vivre sa souffrance qu’à travers le masochisme, tristesse et la mélancolie-freudienne (telle qu’elle est évoquée par Judith Butler dans « Trouble dans le genre »), passivité libidinale, déficits de la volition, peur et angoisse de mal faire se traduisant par des comportements sexuels stéréotypés. Cette « connasse » ne pourrait-elle pas être une Sylvia Bataille ne rencontrant pas Jacques Lacan ? D’un point de vue clinique, elle fait figure « d’héroïne de la mélancolie ». « Le sujet ne peut vraiment centrer son désir qu’en s’opposant à ce que nous appelons une virilité absolue. » Jacques Lacan 11 – or, cette virilité absolue, dès la naissance du petit garçon est présente dans tous les signifiants de la société. Ce qui est nommé  « sissy » est justement une déconstruction radicale, subversive i. e qui » sub-vertit » donc, fait émerger ce qui est caché dessous … par la monstration courageuse de « l’ultra-féminité » transgressant donc l’ordre phallique du « nom du père » d’une masculinité socialement construite et portant souvent aux toxines, voire aux drogues dures. Cette parfaite icone contemporaine pourrait en un sens relever du discours capitaliste mais en même temps, il s’agit d’y percevoir un détournement de la virilité par une forme de « fétichisme », (aussi viril que de hauts tallons de soirée, élément qualifié à tort de : « paraphilie »12 autant de stigmates, d’injures cliniques … encore trop souvent rencontrées !) autrement plus trouble, obscur, labile et « mythologisant » du capitalisme. Le désir semble donc toujours se récupérer par une certaine acceptation d’une part de dite « féminité », qui responsabilise sa névrose (avoir à répondre de ce que l’on fait), son rapport enthousiaste aux objets, à cet égard, plus émancipatrice !

Chris Gerbaud (Depuis ce-mois-de mai 2019 Sara Aviva) 

L’AUTEURE : NÉ.e LE 5 JUIN 1979 À MONTAUBAN. ABANDONNÉ.E ADOPTÉ.E À SIX MOIS. HANDICAPÉ.E VISUEL.LE. ENFANCE CALME. ADOLESCENCE TRÉS MÉLANCOLIQUE. PREMIERS ÉCRITS À 18 ANS. A 21 ANS APPREND QU’IL/ ELLE A UNE SŒUR ET L’EXISTENCE DE SA MÈRE BIOLOGIQUE. COMMENCE À SE TRAVESTIR. RECHERCHES DE FAMILLE BIOLOGIQUE ENTAMÉES S’AVÉRANT VAINES. ETUDES D’HISTOIRE DE L’ART (DEUG), DE PHILOSOPHIE (MASTER 2).A L’ÂGE DE 32 ANS PASSE UN SECOND MASTER (SOCIOLOGIE) TOUT EN ENSEIGNANT LA PHILOSOPHIE ET LA SANTÉ PUBLIQUE DANS DIVERSES INSTITUTIONS ET EN ÉTUDIANT DANS PLUSIEURS ASSOCIATIONS (PARIS VII, ALI APPS, ANALYSE REICHIENNE) LA PSYCHOPATHOLOGIE CLINIQUE. APRÈS AVOIR ÉTÉ CLINICIE.N.E STAGIAIRE PENDANT UN AN. A PRÉS DE 40 ANS, L’ÉCRITURE CONTINUE. DEPUIS 2017, REÇOIT EN CABINET DANS LE 15ÈME ARRONDISSEMENT DE PARIS, DANS LE CADRE DE SÉANCES DE PSYCHOTHÉRAPIE. TRANSITION VIA HORMONOTHÉRAPIE DÉBUTÉE EN SEPTEMBRE 2018, LE CHANGEMENT D’IDENTITÉ JURIDIQUE ET DE GENRE EST EN COURS. 

Note.s :

[1] Marx est dit le « premier clinicien du transfert social » par le Dr Hervé Hubert.

[2] Voir [en ligne] http://www.spp.asso.fr/wp/?publicat… : l’article de Anne Ber-Schiavetta à propos du livre de Liliane Abensour : La tentation psychotique, Paris, PUF, 2008, Coll. « Petite bibliothèque de psychanalyse ».

[3] Le terme de bisexualité psychique, bien qu’appartenant à de nombreux mythes, a surtout été développé par Sigmund Freud. Si, dans un premier temps, Freud s’appuie sur une conception biologique, il s’oriente par la suite sur le principe « d’identification », comme le souligne le psychanalyste Didier Anzieu : « la bisexualité résulte d’identifications à la fois masculines et féminines, c’est-à-dire d’un processus purement psychique : là résidera l’explication proprement psychanalytique »… On pourra se reporter à l’article « La bisexualité psychique sur le divan », Signes & sens [en ligne] (http://www.signesetsens.com). Notons que dans le cadre d’études de genre, cette forme de sexualité propre à l’être humain est à strictement parler construction sociale. En ce sens, si je suis tenté (admettons) à 80% par le fait d’être pénétré par un homme et à 20 % par le fait de pénétrer une femme, cette bisexualité relève d’un parcours individuel bien plus social et psychique que biologique. Il est psycho-socialement construit.

[4] L’auto-diagnostic : une forme de stigmatisation de soi. Elle est imaginée de façon à faciliter l’étiquetage pour des individus qui croient de façon illusoire – parfois à travers le DSM (le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) – que la psychiatrie est ou serait ? une science exacte, et ce, nonobstant le caractère ontologiquement non catégorisable de tout être humain. S’auto-diagnostiquer permet de la sorte de jeter un trouble dans les croyances psychiatriques. Cette pratique renvoie à la phrase de Salvador Dali : « La seule chose que je sais, c’est que je ne suis pas fou ». Cette phrase avait pour principe de désarmer – par l’utilisation de la bien nommée paranoïa critique – l’interlocuteur qui sait parfaitement qu’un fou désire toujours une chose (de manière obsessionnelle) : ne pas être fou.

[5] J’entends par objet-ubérisé un sujet (sic) contraint à l’automatisation des tâches (comme peut en parler le philosophe Bernard Stiegler) ; et effectivement le sujet aliéné à son travail agit en opérant telle ou telle tâche qui le fait devenir objet. En ce sens, l’objet-ubérisé est en perte de savoir propre à sa profession – il est prolétarisé dit Stiegler, et plus encore, dé-subjectivé au sens où l’espace psychique qui pourrait être consacré à son histoire intime ou à la socio-histoire de son monde est entièrement réduit, voire annihilé.

[6] Jean Baudrillard, Pour une critique de l’économie politique du signe, Paris, Gallimard, 1972, Coll. « Essais » (n° 168), p. 268.

[7Ibidem.

[8] Faire d’une insulte un trait d’identité, peut constituer une démarche de prise de pouvoir sur sa propre vie. En effet, faire de sa vie une œuvre d’art, à partir d’une situation psychotique donnée relève de l’autorisation. Michel Foucault disait que la folie n’a pas d’œuvre, or selon Colette Soler Jacques Lacan était psychotique…

[9] À titre d’exemple, on peut évoquer l’association Mad Pride créée en 2014 qui s’inscrit dans un mouvement de lutte contre toute forme de discrimination sociale des personnes en difficultés psychiques ou addictives (https://lamadpride.fr/presentation/).

[10] Jean Baudrillard, Cool Memories – 1980-1985, Paris, Éditions Galilée, 1987, p. 288.

12 Jacques Lacan, Le séminaire, Livre V, Les formations de l’inconscient, Paris, Le Seuil, 1998, p. 403.

3 Leguil C., “Trans-genre au XXIe siècle, “Une demande de marque signifiante ou un refus d´être marqué?” Colloque de l´Université Populaire Jacques Lacan, “Le désir et la loi”.

4 Leguil C., L’être et le genre. Homme/Femme après Lacan, Paris, Puf, 2015.

5 Citation de Michel Foucault « Le Courage de la vérité » (ultime cours : 1984).

6 Du jeu à la norme : l’art du travestissement Jérôme Carrié Dans Empan 2007/1 (n° 65), pages 13 à 17.A consulter sur le site : https://www.cairn.info/revue-empan-2007-1-page-13.htm

Titres indicatifs (consultables en ligne) sur la question : « Genre, féminisme et psychanalyse » :


Eribon, Didier. Échapper à la psychanalyse. Paris : Léo Scheer, 2005, 102 p.

Roudinesco, Elisabeth. & Pommier, François (2002). Psychanalyse et homosexualité : réflexions sur le désir pervers, l’injure et la fonction paternelle. Cliniques Méditerranéennes, 65, p. 7-34. En ligne

Stoller, Robert. Sex and Gender, The development of Masculinity and Feminity. London: Karnac Books, 1968, 383 p.

Ong-Van-Cung, K.S. Le sujet a-t-il un genre ?. Recherches en psychanalyse, 2010/2, 10. [en ligne], URL : http://www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2010-2-page-

Laufer, L.aurie. (2010). Avant-propos. Champ Psy, Ce que le genre fait à la psychanalyse, 58. Paris : L’esprit du Temps, 2010 ; p. 7-8.

Laplanche, Jean. Problématiques, Tome 2 : Castration Symbolisations (1980). Paris : PUF, 1998, p. 33.

Freud, S. De la sexualité féminine. Œuvres Complètes, XIX. Paris : PUF, 1931, p. 9

Freud, S. La féminité. Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse. Œuvres Complètes, XIX. Paris : PUF, 1933 ; p. 195-219.

Deutsch, Héléne. La psychologie des femmes. Paris : PUF, 1945, 327 p.

Deutsch, Héléne L’influence du monde environnant. La psychologie des femmes, Paris : PUF, 1945, p. 301-327.

Foucault, Michel. Le vrai sexe. Arcadie. Novembre 1980, 323, p. 617-625.

Freud, S. L’inversion. Trois essais sur la théorie sexuelle. Paris : Gallimard. 1905.

1http://www.lairetiq.fr/Psychose-clinique-et-politiqueavec-Marx . Ce présent article est une réécriture de la première édition numérique ici citée, en collaboration avec Claude Derhan (Africaniste et linguiste) que je remercie vivement pour ses conseils d’écriture et ses corrections.

2« Cohabiter avec la perte … ».Vivre, cohabiter, avec un état de sidération ; qu’est-ce à dire ? Fuir l’angoisse d’abandon, à travers une focalisation, un ancrage neurologique (engramme revenant de manière récurrente) par exemple sur la bretelle de soutien-gorge féminin. J’émets une hypothèse probable : il s’agirait de la peur d’être abandonné de nouveau, phobie face à la perte du lien, du vide cutané (peau non affectée), recherche de l’attachement « antipsychotique » et étayant. En somme la bretelle de soutien-gorge peut être vécue comme le paradigme d’une perte. Attachement manquant. I-e : Discrimination vécue et symbolique, dés la naissance par le bébé, à partir de l’absence et la perte du regard ainsi que du toucher maternel (cet objet perdu…) Dans l’enseignement de Jacques Lacan, l’objet a (lisez objet petit a) désigne l’objet correspondant au désir, ne pouvant être désigné par aucun objet réel. Or, dans le cas « fétichiste » de l’attachement à la bretelle, cet objet reste toujours fantasmatique mais réel, sur tout corps de femme. Il revoie à l’enserrement. Symbolisation d’un manque toujours présent : celui du désir fasciné pour la maman. Jacques Lacan (d’une manière métaphysique et idéaliste ; qui n’est pas la perspective matérialiste que je défends) reprend de Platon l’idée d’un Agalma, objet représentant l’idée du Bien, et en tire l’expression d’« objet a ». Cette expression décrit le désir comme phénomène caché à la conscience, son objet étant un manque à être : il y a là radicalisation de la théorie freudienne selon laquelle la libido se prête peu à la satisfaction. La bretelle qui revêt un caractère sidérant, car revoyant à une perte d’objet réel, matériel – possiblement le corps maternel est comme un barrage autistique qui éloigne du flux de la réalité. Ainsi, le substitut de corps féminin obsède. En l’occurrence la pratique du travestissement vient palier, colmater et régénérer le corps de manière libidinale. Désirante. En l’occurrence, là où la psychanalyse ; ancrée sur la théorie du manque insuffle un vent de sublimation, les études de genre ouvrent – par ailleurs – la voie à la recréation du corps psychique et biologique. Ainsi, le passage à l’acte chez une personne devant cohabiter avec le manque du « sein maternel » peut être nécessaire. Il pourrait s’agir d’une pensée délirante, lorsque l’on parle de discrimination mais aussi et surtout d’une prise en considération de l’abandon initial qui consiste de fait en une discrimination. Discrimination d’un être face à l’autre, discrimination entre la peau (celle de la mère) et le développement à–venir du nourrisson. De la sorte, se dé -sidérer pourrait être, d’une certaine manière : accepter le manque en introjectant soi même le corps maternel. Vivre, tout en acceptant une forme de « performance du genre ». Cela, tout en évitant la menace du débordement, du volcanisme lié à la dispersion de la pensée, dés le départ : rendue « tordue » par le manque originel.

3Christophe Gerbaud Extrait du texte collectif : « Les lucioles » : La métamorphose -Un livre au bénéfice de l’association Le Refuge – 40 écrivain Es contre les LGBTphobies Broché – 12 juin 2014

4 Article initialement paru sur le site de réflexions libertaires Grand Angle  notamment animé par Philippe Corcuff – http://www.grand-angle-libertaire.net/sadomasochisme-et-lutte-des-classes-quelles-convergences-quelles-divergences/

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10Comme Gustave Faubert, évoquant Emma Bovary – il s’agit de vivre son désir. « Paris est un paysage de savane. Ses mouvements d’éveils restent ancestraux, pareille à une Babylone retrouvée. J’y cours, telle une laie ou une « gazelle hip-hop » aux perceptions alertes ; ayant parcouru le Désert. Ce sport est pratiqué presque tous les matins : entre Montparnasse, la Maison de la Radio, le Champ de Mars et Châtillon. Mozart m’accompagne – c’est un Égyptien aux voiles et violons dansants qui me fait penser à un animateur linguistique rencontré à Londres, avant les années 2000, durant l’été 1998. Cet homme portait le nom de Mokhtar Fézazi. Élégance Lacoste hors-norme, cheveux frisés au carré, parapluie britannique, tout de bleue vêtu, barbe parfaitement rasée ; sans le savoir cet homme appelait en moi un fond « imaginal », comme une anamnèse à laquelle on se raccroche désespérément. Alors CPE (conseiller principal d’éducation) dans un lycée à Besançon, historien du Royaume Uni et né d’un père Écossais et d’une mère Égyptienne, ce Mothtar me fascinait totalement par son extrême courtoisie ; mais en secret. Il avait trente deux ans, marié à une docteure en arts plastiques, enseignante dans le Doubs. Avec la culture familiale qui fut la mienne, j’étais à cette époque, perdu.e, désœuvré.e. Quoi que nous fassions le passé immémorial nous revient toujours à la figure. Pourquoi étais-je autant sidéré.e ? Mes cheveux longs à dix- neuf ans restaient un prétexte à ma vie punk-rock, adolescente. Je désirais, alors, juste conserver une amitié. Mais dés lors, les rubans, falbalas ou l’orientalisme intérieur (…) cette fantasmatique rustine post-coloniale m’habitaient. D’ailleurs, je l’avais appelé chez lui (son répondeur bilingue franco-britannique m’avait vraiment plu) et lui avait écrit une lettre amicale. Depuis 1989, je fais preuve d’un désir de fer et de feu. Déjà avoir résisté à l’absence de mère pendant mes six premiers mois fut la preuve d’une force extraordinaire ! Trente ans plus tard, je fais absolument mon nécessaire pour être accepté.e (inclus.e au-delà des peurs et des résistances psychologiques de tout un chaqun.e) : régime, sport, hygiène de vie faite rituels (médiation, détentes physiques, ablutions …) et, de ci-delà quelques bricolages imaginaires. J’ai tué le mort en moi. Maintenant, je suis vivant.e. Au bout de prés de quatre mois de traitement hormonal ; enfin je me sens mieux. La chose aurait pu être inattendue. PHC, le psychanalyste avec qui j’ai fait cinq ans d’analyse disait : « Après transition, vous êtes forcée d’être heureuse sinon, c’est le suicide ou on vous ramasse à la petite cuillère… ». Nous sommes fragiles … ! En quête de deux choses : l’amour (Amour « Éros », amour « Philia », et amour « Agapé ») et l’argent sommé d’une reconnaissance humaine. Nos existences sont sans nouvelles. Joyeusement dansantes, solitaires et embaumées de tristesses.
L’action est une méthode de survie. 
La vie est très simple ». Chris Gerbaud « Journal extime 2019 » – inédit.

 

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13 A propos des « paraphilies » la psychanalyste Sarah Chiche définit la chose comme suit : « On ne naît pas pervers. On le devient. Et on le devient pour se défendre d’une chose effroyable qui trouve souvent ses racines dans l’enfance. Il ne s’agit pas là d’excuser tous les comportements déviants, ni de les légitimer, mais de les remettre en perspective et de refuser cette pathologisation excessive de tout ce qui témoigne d’un écart à la norme. Aujourd’hui, on parle beaucoup de « paraphilie », davantage que de perversion. Or, ce mot désigne aussi bien les pratiques sexuelles qualifiées autrefois de perverses que les fantasmes pervers. En d’autres termes, on colle la même étiquette aux personnes à qui il est arrivé de fantasmer une relation sexuelle avec des enfants, qu’à celles qui regardent des vidéos d’actes sexuels avec des enfants mais ne passeront jamais à l’acte (et ils sont nombreux!)  ou à celles qui les violent. Je prends ici à dessein un exemple extrême. Mais ceci vaut aussi pour d’autres types de comportements, comme le fétichisme, par exemple : or, fantasmer de se faire humilier par une femme portant, par exemple, une combinaison en latex,  et ne jamais passer à l’acte, ça n’est évidemment pas la même chose que se faire humilier, une fois dans sa vie, par une femme portant une combinaison en latex. Ce qui n’est, également, pas la même chose, que de ne pouvoir jouir qu’en étant humilié par une femme portant une combinaison en latex. Avoir des fantasmes pervers, c’est, au risque de faire bondir les esprits chagrins, très banal. Ce qui caractérise en revanche la perversion, c’est la fixité et l’immuabilité du scénario pervers.Autre point : ces temps-ci, on a un peu tendance à voir des « pervers narcissiques » partout. Une expression utilisée pour parler aussi bien des violeurs d’enfants, des hommes politiques aux mœurs légères, des artistes dont les œuvres sont jugées non conformes aux valeurs cardinales de l’époque, que des supérieurs hiérarchiques manipulateurs ou des petits amis cruels (l’incontournable : « je suis tombée sur un pervers narcissique »). En réalité, la vraie perversion est une structure psychopathologique bien particulière. Un pervers n’est pas celui qui veut faire du mal à l’autre mais celui qui cherche à l’angoisser. Par exemple, la jouissance du criminel pervers advient quand il voit dans les yeux de sa proie qu’elle défaille d’angoisse et de terreur.  De même, un pervers masochiste n’est pas celui qui veut souffrir, mais celui qui cherche à souffrir à un point tel que cela finisse par éprouver l’autre dans ses capacités à pouvoir se maîtriser – c’est-à-dire non seulement à le tester dans ses capacités à dominer l’autre mais surtout à se dominer lui-même. » Cette approche des « perversions » est plus largement développée sur le site : https://christophegerbaud.com/2017/12/22/entretien-avec-sarah-chiche-sur-litterature-et-pratique-clinique/

Auteur : Sara-Aviva Gerbaud

Né.e (Christophe, Jean, Patrick) le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné.e Adopté.e à six mois. Handicapé.E visuel.le. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il /elle a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien.e stagiaire pendant un an (2014/2015). A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans Paris, en musées ou par skype dans le cadre de séances de psychothérapie. Transition via hormonothérapie débutée en septembre 2018, à ce jour le changement d'identité juridique et de genre est en cours. Prénom féminin officialisé en mai 2019 : Sara-Aviva.   A présent 2019 : auteur.e de trois ouvrages publiés chez de petits éditeurs depuis 2017 et d'une vingtaine d'articles depuis 2003. Contact : 06 48 24 88 44 sara.aviva79@gmail.com

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