Entretien biographique avec Jean-Marc Muller président fondateur de l’association Poésie en Liberté.

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Jean-Marc Muller

Nous nous sommes sommes rencontrés sur Facebook. Pour vous Jean-Marc qui avez été dans votre vie : artisan, père de famille, commerçant, enseignant, littérateur, proviseur d’établissement etc. la poésie est une sorte d’enjeu citoyen International. il est question, de fait, de l’association et de la création il y a 20 ans du concours de poésie  cf : https://www.poesie-en-liberte.fr . Si je vous convie pour une entretien ici, c’est parce que le signifiant : « Liberté » me semble nous réunir ! Réunir des êtres, sur des territoires, pourtant en apparence  différents. Mais au fond, au-delà de la liberté il y a comme aurait dit Roland Barthes : « l’érotique, celle de la langue ».  

-Serait-il que vous nous parliez de ce désir d’échanger à travers une certaine « poétisation du monde » propre au métier de pédagogue? Ainsi, pourriez-vous m’expliquer cet élan poétique dont vous êtes à l’origine ?

Je n’avais alors pas loin de dix ans. Ma mère, femme pieuse, me conduisait tous les matins à six heures servir la messe dans un couvent franciscain, petit bijou gothique à l’écart du village. La moitié de l’année il faisait nuit, pour moi toujours d’un noir profond pour que ma mère ne m’y envoie pas seul.

Nous longions le village. Ma petite main serrait celle de maman bien fort. Tous les sens aux aguets : pour moi, chaque aboiement au loin était un loup, chaque bruissement du vent dans les branches, des esprits !

Je connaissais le moindre détail du sentier. Les ombres silencieuses des maisons tassées formaient comme un amas étrange et plein de frissons.

J’entendais l’eau bondissante de mon ruisselet familier. Je savais que nous n’étions plus très loin. Le sentier n’allait pas tarder à déboucher sur une méchante route mal goudronnée, mais sans trous ni ornières inattendus.

Au croisement, d’immenses sapins sertissaient le calvaire qui, avec son crucifié, achevait de faire trembler mon enfance.

C’est pourtant là qu’arrivait la délivrance. Maman se penchait et d’une voix douce m’indiquait au loin la petite chapelle : «Tu vois la lumière là-bas ? Va, cours maintenant ! »

Et depuis je n’ai plus  cessé de courir vers la lumière !

Jean-Marc, dans le cadre de l’association tu agis de manière politique et citoyenne, penses-tu que la poésie peut sauver le Monde comme dirait notre collègue-de-lettres Jean-Pierre Siméon ?

La poésie va plus loin encore.

La poésie se distingue peu, par la forme, de la prose. La poésie a conquis de nouveaux territoires de l’écrit par sa vertu propre. Elle est d’abord une manière d’écrit qui dit l’indicible, traverse les frontières des sujets, des formes, des contenus aussi.

La poésie est rencontre. Fortuite et singulière. Elle est confrontée certes aux lois ordinaires, au « maître extérieur », au langage partagé et compris du grand nombre. C’est le maître d’école qui tente de définir la métrique, les caractères de la poésie, de définir l’indéfinissable. Le maître qui apprend la langue commune.

Mais elle est aussi rencontre singulière entre un auteur, son univers, et l’autre que l’on ne connaît pas. Dans cette rencontre, c’est le « maître intérieur », qui est aussi avertisseur, qui parle, ouvre des chemins de liberté. C’est à cet endroit précis où la liberté s’exerce que la rencontre s’offre des surprises, libère les champs du possible.

Le texte s’en va circuler de lui-même par le vaste monde, parler un langage propre à chaque oreille attentive. Les horizons se heurtent, se complètent, se découvrent. Poésie est avant tout liberté, comme tout geste de tout artiste. Elle est sous le marteau du maçon des cathédrales ou du sculpteur, dans le pinceau muet du peintre, dans la musique des instruments, dans la vocalise du baryton.

Elle porte un « je ne sais quoi » qui me convainc à la seconde que c’est elle, la poésie. En prose ou en vers. Peu importe au fond.

– Pour vous quelle furent les aventures de vie, si singulières (biographiques) qui vous ont mené à vous ouvrir à la diversité, aux jeunes et à l’enseignement ? 

Est-ce une sorte de mission Éthique ? (en partance)

Tu n’as pas choisi une gare ou un aéroport. Mais tu es en partance. Tu veux quitter ton monde aride et triste.

Tu te joins au flot immense des humains qui s’assied au bord de l’océan, sur l’immensité sableuse.

Tu es installée sur ta rudimentaire chaise, avec ta modeste valise, juste avec une robe pauvre et ta seule richesse : la vie.

Tu regardes l’horizon vaporeux qui ne laisse rien deviner de l’ailleurs, du monde qui se trouve de l’autre côté.

Tu sens à ce moment ta fragilité essentielle, ta vie exposée, l’incertitude du futur, la faiblesse qui te fait cortège depuis l’origine du monde jusqu’à la fin des temps.

Sur l’immense plage, tu es perdue dans ta solitude, livrée à l’incertitude, dépouillée de toutes les défenses ordinaires des nations ordinaires.

Il n’y a plus de société organisée, de loi respectée, de règles certaines, de familles unies, de solidarité de clan.

Le cauchemar a débuté : on n’en connaît pas la fin.

Ta valise est une trace de toi-même. D’autres l’ont perdue. Ils s’en souviennent. Des regards te suivent, te parlent en langues étrangères et avec des sourires familiers. Le voile de brume un jour se déchirera.

Des routes apparaîtront. Des villes grouilleront. Des mains se tendront. Tu pourras en saisir en marchant et trouver ta propre voie.

Il est toujours des âmes bienveillantes qui jurent fidélité et soutien et qui s’engagent.

Elles n’ont aucun autre intérêt à défendre que de conserver leur propre humanité.

Enjeu essentiel, combat décisif qui préservera leur propre voyage sur cette terre.

La loi première, la loi sacrée est d’accueillir sans poser de questions, de préparer une place à la table commune et de laisser un endroit où reposer les têtes fatiguées, blottir les petits, les plus fragiles.

Comme l’on traite l’inconnu qui supplie, l’on sera un jour traité soi-même.

Sans condition, sans exigence préalable. Sans loi autre que celle de la réciprocité de l’hospitalité.

L’hôte est à la fois celui qui accueille et celui qui est accueilli.

– Jean- Marc, quels sont les enjeux institutionnels de l’association ? Pensez-vous qu’il faudrait également intervenir de manière plus directement thérapeutique, à l’instar d’ateliers d’écriture en milieux hospitaliers ou judiciaires ?-Enfin, pensez-vous que nous soyons plus seuls que dans un collectif de gens qui écrivent,  milite pour l’Humanisme ? Que penser du concept « d’universel-singulier » (les mots comme partage universel  et comme pansement de l’âme pour tout enfant, adolescent, adulte, et veille personne ..) mot (et lot) de Jean-Paul Sartre, la seule liberté réelle que nous n’ayons jamais eu (…) ne relève t’elle pas du langage et de sa poétisation ? (l’enracinement)

Dans un monde globalisé, l’enracinement des sociétés et des cultures se construit à frais nouveaux. Il puise dans les trésors du passé et élabore ses pressentiments pour l’avenir. Chacun tient son rôle dans la transmission des langues et des cultures. La jeunesse en est l’élément pivot : à l’étude auprès de ses maîtres et en promesse du monde de demain.

Dans ce mouvement historique, le choix posé modestement ici est de rabattre la création poétique dans la culture littéraire commune, largement dominée par le roman. La poésie peut sortir de son cadre souvent confidentiel et reconquérir la faveur du grand public.

Elle exercera ainsi sa force prophétique d’antan et saura à nouveau inspirer la création artistique. Sa souplesse et sa facilité d’adaptation, par son format, aux nouveaux systèmes de publication, d’édition et de diffusion lui promettent une indiscutable jeunesse. Ces perspectives se vérifient par la vitalité de la poésie sur internet.

Le concours international « Poésie en liberté » tient chaque année sa place dans ce large mouvement avec ses cinq mille poèmes de quatre-vingt pays différents. Il est ouvert aux jeunes de 15 à 25 ans : il rassemble en une grande compétition les amoureux de la langue française et donne l’occasion d’une belle rencontre à Paris entre tous ces talents. En y rencontrant des écrivains reconnus, une toile de passion se tisse d’année en année formant une source abondante où chacun peut trouver de nouvelles ressources.

Propos recueillis par Sara-Aviva.

 

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Jean-Marc Muller

Auteur : Sara-Aviva Gerbaud

Né.e (Christophe, Jean, Patrick) le 5 juin 1979 à Montauban. Abandonné.e Adopté.e à six mois. Handicapé.E visuel.le. Enfance calme. Adolescence trés mélancolique. Premiers écrits à 18 ans. A 21 ans apprend qu'il /elle a une sœur et l'existence de sa mère biologique. Commence à se travestir. Recherches de famille biologique entamées s'avérant vaines. Etudes d'histoire de l'art (Deug), de philosophie (Master 2).A l'âge de 32 ans passe un second Master (sociologie) tout en enseignant la philosophie et la santé publique dans diverses institutions et en étudiant dans plusieurs associations (Paris VII, ALI APPS, Analyse Reichienne) la psychopathologie clinique. Après avoir été clinicien.e stagiaire pendant un an (2014/2015). A prés de 40 ans, l'écriture continue. Depuis 2017, reçoit en cabinet dans Paris, en musées ou par skype dans le cadre de séances de psychothérapie. Transition via hormonothérapie débutée en septembre 2018, à ce jour le changement d'identité juridique et de genre est en cours. Prénom féminin officialisé en mai 2019 : Sara-Aviva.   A présent 2019 : auteur.e de trois ouvrages publiés chez de petits éditeurs depuis 2017 et d'une vingtaine d'articles depuis 2003. Contact : 06 48 24 88 44 sara.aviva79@gmail.com

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